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Vivre dangereusement : journal d’un spécialiste ABS (3e épisode)

Les banquiers sont avant tout des êtres humains qui ne demandent qu’à être respectés, explique sous couvert d’anonymat un professionnel ABS*, basé à Londres.

Le big boss de notre activité nous a rendu une visite que je n’oublierai pas de sitôt. Mon supérieur hiérarchique a reçu une vraie claque : on lui a annoncé qu’il devait emballer ses affaires et partir le jour même !

Quelques jours plus tard s’est tenue une réunion où deux types, à qui je n’avais jamais eu à faire, ont été rétrogradés dans leur fonction, en public. Je ne reviens toujours pas d’y avoir été invité. D’un point de vue managérial, je n’avais aucune raison d’y être. La direction voulait simplement humilier ces deux types devant le plus de monde possible en invitant toutes les personnes qui étaient présentes ce jour-là.

J’ai toujours pensé qu’une carrière réussie dépendait d’une combinaison de plusieurs facteurs comme l’intelligence, l’ardeur au travail, la ponctualité et la chance. Mais je n’imaginais pas que c’était ce dernier facteur qui comptait le plus dans l’évolution de carrière des hauts dirigeants de banque.

La plupart des établissements bancaires considèrent le bonus comme le seul outil de management à leur disposition. Ainsi, pour motiver leurs troupes, il leur suffit de distribuer de l’argent. Il n’y a encore pas si longtemps, ce système me satisfaisait pleinement. Mais sans bonus, je ne pense pas que je pourrais faire de vieux os dans un milieu où certains ont tendance à croire que s’ils gagnent plus d’argent que les autres, c’est parce qu’ils sont meilleurs et peuvent donc tout se permettre, y compris se comporter comme des rustres.
À présent que les bonus ont de fortes chances de fondre comme neige au soleil – voire de disparaître complètement -, la piètre qualité des compétences managériales dans notre industrie ne m’est jamais parue aussi frappante.

J’ai de l’empathie pour mon patron. Je n’ai pas eu l’occasion de lui dire au revoir comme il aurait fallu. Cela fait un certain nombre d’années qu’il travaille dans la banque mais il était encore trop tôt pour qu’il prenne sa retraite, surtout qu’il débourse des sommes très importantes (30 000 € par an) pour financer les frais de scolarité de ses enfants dans des grandes écoles.

Maintenant que mon mentor est parti, je me retrouve à la merci de banquiers seniors, qui veulent récupérer une grosse partie de son business. Leur préoccupation est avant tout de se protéger, et ensuite de protéger leurs gars. Mais je ne suis pas l’un d’eux. Et pour enfoncer le clou, l’un de mes collègues, qui se trouve sous la responsabilité d’un autre manager, n’a pas trouvé mieux que de lorgner sur mes clients et sur le peu d’opérations en cours que j’ai initiées !

* Asset-Backed Security : dans le cadre d’opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d’acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.

commentaires (13)

Comments
  1. Ce thread n’a ni queue ni tête, il n’apprend rien..
    Il n’est qu’un témoignage de crise de recession dû au subprimes et la chutte des crédits à la consommation.

  2. Au contraire, il exprime bien la tendance de ces 15 dernieres annees ou le respect au travail se fait rare. En temps de vaches grasses cela ne se voit pas trop mais avec la recession, les coups bas pleuvent et la nature instinctives des gens au travail est de se bouffer…

  3. Bienvenue Juliette dans le monde réelle.

    De la même manière, qu’en étant pas assez compétitif par exemple à 15h, t’es informé que t’as rdv chez le DRH, à 15H30, t’as préparé ton carton, et t’es à la rue.

    Le cumul de ses 2 crises accentue les tensions, cela ne m’étonne pas du tout, il suffit de passez voir son banquier pour le constater, alors je répète ce que j’ai dit, ce thread n’a ni queue ni tête.

  4. Ce thread à peut-être ni queue ni tête pour vous Barnabé, qui connaissez probablement deja tout sur tout et avez connu toutes les situations.
    Mais étant étudiant, je trouve intéressant d’avoir un point de vue sur le monde de la finance différent de celui que nous ponde les journaux qui n’ont d’yeux que pour les bonus exorbitant de certains traders.

  5. ah bon? Se faire jeter pour x raison en l’occurence une dépréciation, est “un point sur le monde de la finance” que tu trouves “intéressant”
    Soyons sérieux s’il vous plaît, je suis d’accord avec Barnabé.

  6. Bonjour anonyme, puisque ton message est tres “philosophique”, permets moi de t’adresser celui ci :
    “il existe deux categories de personnes, celle qui trouve des excuses, et les autres des solutions”…prions ensemble !!!

  7. Barnabe,

    Celle qui ne travaille pas dans le monde reel est dans une boite et se fait harceler et on la pousse a partir depuis 5 ans, il y a peu de solutions proposees contre ca et elle n’est pas la seule. Evidemment on ne peut comprendre que quand on l’a vecu…dans le monde reel avec des salaires de misere (bien avant la recession quand les autres s’en mettaient plein les poches).
    Precisons que nous n’en sommes pas moins competitifs, intelligents et diplomes avec des CV atypiques mais beaucoup de creativite dont les entreprises auraient grandement besoin.

    Bien a vous et je suis contente que ce thread profite aux etudiants car on leur revele rarement ce qui les attend …dans le monde reel.

  8. Sourires…
    Je manage plus de 100 personnes WW dans notre monde si particulier de la finance de marché…
    On a eu 2000 et quelques années pour s’en remettre, on a 2007 et on aura quelques années pour s’en remettre…
    Comme toujours dans ces moments, le people picking est la règle absolue dans le cycle classique de nos métiers où tant pensent que nous gagnons des dizaines de SMICs à l’heure. Or, il y a peu d’élus et la majorité, lissée et si bien diplômée s’est faite dévorée bien avant d’avoir compris la cruauté de notre si joli monde qui fait la pluie et le beau temps sur l’économie mondiale.

    Bref…Deux qualités comptent et il faut l’accepter lorsqu’on met un pied dans une salle de marché : Le talent et la stratégie. Les autres sont voués à se faire bouffer à plus ou moins court terme. Rapidement et surement…

    Regardez les swing depuis quelques mois et comptez le nombre de desks qui savent où ils vont : quelques traders qui n’ont plus grand chose à espérer et qui étaient encore Long div sur le Nikkei il y a quelques jours pourraient témoigner pour prendre de l’actu récente, non ? Sourires…et sinon, regardez GS et leur gestion exemplaire de la crise du subprime…Le talent et la stratégie, je vous disais…

  9. On récolte ce que l’on a semé…serait la leçon qu’on doit en tirer sur la crise du subprime…
    Ces banques vénérables qui se sont comportées en voyous…comment peut-on imaginer un système aussi corrompu où des grandes banques par l’intermédiaire de CDO, ABS, titrisation qui soit disant permettait de diluer le risque
    permettaient au contraire d’augmenter la rentabilité, tout cela au détriment du pauvre
    américain lambda, ayant contracté un crédit qui dès le départ le condamné d’avance…
    Quand les racines sont pourries dès le départ. Ces soi disants spécialistes de la Haute Finance qui se sont outrageusement goinfrés de Bonus indignes.
    On devrait avoir pitié d’eux???? Ces banques n’ont ce qu’elles méritent.
    Malheureusement leur cupidité a des conséquences grave sur l’économie.
    Il est peut-être temps d’introduire la notion de responsabilité et de déontologie dans la Finance…ou même de responsabilité sociale de la Finance.

  10. oui responsabilité sociale, je pense que c’est un projet a l’etude. On voit bien que deconnecter la HF du reste de l’industrie (c’est a dire croissance quasi nulle et bulle financiere) n’est pas une strategie payante a l’echelle d’un pays.

  11. Je trouve moi aussi ce journal très “intéressant”. Ne serait-ce que parce qu’il donne une bonne idée du comportement de “rustre” et j’ajouterai même de “brute” que l’on peut avoir lorsque c’est la peur qui domine : peur de perdre son bonus, son poste, l’estime de ses collègues etc…
    Le pouvoir et la chute, voilà le thème central de cette crise. C’est du Shakespeare !
    Assister à un tel spectacle est tout simplement fascinant. Il est d’ailleurs assez amusant de voir que vous, Barnabe, qui avez complètement intégré ce monde et faites ainsi étalage de votre cynisme, êtes en revanche complètement nul en orthographe. Avidité et inculture : voilà une belle métaphore du capitalisme débridé!

  12. Soyons serieux, il y a bien plus grave sur notre bonne vieille terre…
    Prenez du recul. C’est la règle numéro un, by far.

  13. coment goldman consulting peut être aussi cynique ? donc en gros : rapporte de l’argent, ou suicide toi ???

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