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Le pouvoir des assistantes de direction

Les banquiers engagent eux mêmes leurs assistantes, généralement des employées lambda qui travaillent dans l’ombre de leur chef. Joyti De-Laurey, déclarée coupable la semaine dernière d’avoir détourné plus de 6.1M€ des comptes personnels de son patron, banquier chez Goldman Sachs, a mis la profession, bien malgré elle, sous les feux de la rampes.

“Cette affaire rend tout le monde inquiet. C’est triste : les gens commencent à se demander s’ils peuvent toujours nous faire confiance” rapporte une assistante chez Merrill Lynch.

De-Laurey a été reconnue coupable de 20 chefs d’accusation relatifs à des virements frauduleux et chèques falsifiés. Des assistantes affirment qu’il leur serait facile de siphonner les comptes de leur patron si elles le voulaient. “Elle aurait pu s’en tirer. Elle avait déjà démissionné quand elle s’est laissée tenter une dernière fois et s’est faite attraper. Elle a été trop gourmande” commente une ancienne assistante de Goldman Sachs qui a connu De-Laurey.”

“Ces banquiers ont 10 ou 15 comptes bancaires auxquels on a généralement accès en tant qu’assistante.”

En banque d’affaires une assistante passe généralement la moitié de son temps à s’occuper des affaires personnelles de son patron explique Claire Ashley, la directrice du bureau de Michael Page dans la City. “Elle peut par exemple organiser ses vacances, rechercher son logement ou acheter ses cadeaux d’anniversaire. Une assistante est un véritable bras droit avec qui un patron passe souvent beaucoup plus de temps qu’avec son épouse.” Il faut vraiment être en confiance pour donner accès à un compte garni de plusieurs centaines de milliers de livres voire même de millions.

Ça ne laisse aucune place à la faiblesse humaine. “Quand vous travaillez depuis longtemps avec quelqu’un, il est naturel de baisser la garde. Mais ce n’est pas malin : on oublie le pouvoir de l’argent. Quand on a le nez dans un tas d’or, la tentation de se servir est grande” explique un banquier haut placé dans une banque européenne.

Il n’est pas difficile de comprendre q’une assistante peu scrupuleuse puisse s’égarer : son salaire est modeste. Très peu d’assistantes gagnent plus de 63 000€ par an, soit grosso modo le salaire d’un analyste fraîchement diplômé.

Et il leur est difficile de changer d’activité explique Nicky Foulds, manager du cabinet de recrutement Morgan McKinley, qui place des assistantes dans les banques d’affaires. “Une fois que vous êtes au sommet en tant qu’assistante, il est très difficile de changer de métier et de gagner plus d’argent”.

Une femme qui a été pendant plus de trois ans l’assistante de direction d’une grosse pointure dans une grande banque a trouvé choquant l’écart de salaire entre elle et son patron. “Une fois, j’ai reçu un fax qui annonçait que mon patron allait recevoir un bonus de plusieurs centaines de milliers de livres en plus de son salaire exorbitant. Je ne pouvais pas le croire : Je gérais toute sa vie et on m’a dit qu’on ne pouvait pas se permettre de m’accorder une augmentation de salaire ou un bonus.”

Le nombre de secrétaires dans la City a chuté et celles qui restent travaillent souvent bien plus dur qu’avant rapporte Angela Chapman, consultante dans le cabinet de recrutement Joslin Rowe. On a ainsi demandé à une assistante de direction de travailler beaucoup plus pour le même salaire : “La banque a réduit son budget de secrétariat et je me suis retrouvée à travailler pour 12 personnes, toutes aussi exigeantes les unes que les autres, au lieu d’une.”

De moins en moins de femmes deviennent assistantes de direction souligne Judith Kark, la principale de l’école St James’s & Lucie Clayton College, qui propose des cours de secrétariat à 15 000€. Ses étudiantes réfléchissent aussi à deux fois avant de travailler pour une banque d’affaires “Les jobs de secrétariat sont devenus très fonctionnels à un niveau junior dans la City. L’accent est mis sur l’informatique et on attend des assistantes qu’elles s’occupent d’une équipe entière et non d’une ou deux personnes comme par le passé. Les postes les plus intéressants sont maintenant dans le West End.”

Si c’est la dimension relationnelle qui vous importe le plus, il y a toujours moyen de travailler pour des seniors bankers dans un cadre privé.

C’est de plus en plus courant indique Foulds “Les grands banquiers d’affaires paient de leur poche leur assistante. Généralement elle travaille dans un bureau à domicile et s’occupe de tout depuis les frais de scolarité à régler jusqu à la résidence secondaire à gérer.” Ces postes privés peuvent être plus lucratifs. Ainsi De-Laurey gagnait elle 79 000€ au titre d’un contrat personnel a appris la cour d’assises. Un salaire de 76 000€ est courant pour une femme qui travaille comme secrétaire privée pour deux banquiers.

Mais ce genre de travail a ses propres inconvénients “Les gens fortunés peuvent être très exigeants. Il faut savoir leur parler. Ils sont généralement tatillons et veulent que les choses soient faites pour hier. Et comme vous travaillez chez eux, personne ne les entend vous crier dessus.”

Et les tentations sont plus nombreuses quand on travaille pour un banquier et non pour sa banque. “On est exposé à leur mode de vie luxueux. Ils vivent comme des rock stars. Si on ne fait pas attention, on se prend vite au jeu et on veut vivre de la même façon” témoigne une assistante.

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