Travailler dans la finance : les résultats du match entre Paris et Genève

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Si les raisons pour lesquelles vous devriez travailler dans la finance à Luxembourg plutôt qu’à Paris ne manquent pas, qu'en est-il de la place financière de Genève ?

Pour tenter de répondre à cette question, nous avons passé au crible une quinzaine d’éléments de différenciation allant de la rémunération à la qualité de vie en passant par le nombre d’acteurs ou bien encore les perspectives d’évolution professionnelle et le processus de recrutement. Voici, dans le détail, les résultats de ce 'match amical' :

Marché de l’emploi : léger avantage Genève

« Je dirais que le marché de l’emploi reste globalement plus attrayant à Genève même si l’écart avec Paris tend à se réduire depuis plusieurs années. L’eldorado suisse, une expression jadis en vogue, c’est terminé ! », indique Jérôme Jouanneau-Courville, CEO et associé du cabinet de chasse Norman Alex à Genève, qui travaille également sur le marché parisien. La fin du secret bancaire suisse en 2018 et le durcissement de la réglementation bancaire internationale n’y sont évidemment pas étrangers.

C’est pourquoi les banques suisses, qui ont besoin de compétences nouvelles pour éviter que les fortunes rapatrient leur argent vers d’autres pays, cherchent à recruter des spécialistes à l’international pour la banque privée et la gestion d’actifs. Si des opportunités sont à saisir dans les grandes banques suisses , ce n’est peut-être pas le moment le plus opportun d’aller frapper à la porte des petites banques privées suisses, dont un quart sont menacées à terme de disparaître.

« La Suisse reste un hub de gestion de fortune, toutes les grandes banques internationales y étant implantées », explique Nick Dunnett, managing director Allemagne et Suisse chez Robert Walters. « Malgré cela, la migration de talents financiers en provenance de l’étranger a toujours été relativement faible et, par conséquent, les entreprises ont dû faire face à une pénurie aiguë de spécialistes dans le secteur fiduciaire, notamment les gestionnaires d'actifs ».

Salaire : net avantage Genève

Un rapide coup d’œil sur les différentes études de rémunération des grands cabinets de recrutement suffit pour se rendre compte qu’à profession égale, le différentiel peut être élevé. L’étude mondiale de Robert Walters montre ainsi qu’en banque d’investissement et de financement, un risk manager avec 5 à 7 ans d’expérience peut espérer toucher jusqu’à 95 k€ à Paris, et jusqu’à 140 k€ en Suisse.

L’écart est encore plus grand pour un analyste sell-side qui, avec la même ancienneté, pourra prétendre jusqu’à 90 k€ à Paris et 160 k€ côté suisse. Les meilleures chances de progressions de salaires concernent toujours les métiers tels que la conformité, MiFID II et les experts informatiques comme les spécialistes du Big Data, Intelligence Artificielle et Cybersécurité.

Coût de la vie : net avantage Paris

L’avance de la Suisse en matière de salaire est très vite contre balancée par le coût de la vie, l’un des plus élevés au monde. Qui plus est, c’est un leurre de croire que l’on paie moins d’impôts en Suisse qu’en France (surtout dans le canton de Genève). Sans oublier qu’en Suisse, Enfin, l’assurance maladie est une charge sociale intégralement payée par les employés.

« Lors de la phase de négociation de salaire, négociez une rémunération supérieure au minimum de 40% de plus que celle que vous touchiez à Paris », conseille Jérôme Jouanneau-Courville. Il vous faudra également prendre en compte votre situation personnelle : si vous déménagez avec votre famille, vous devrez vous pencher sur les différents coûts que cela représente en termes de dépenses en termes de logement, d’éducation, de transport…

Evolution professionnelle : léger avantage Genève

« L’un des premiers critères à prendre en compte est de savoir quel est l’intérêt du poste et votre évolution professionnelle possible », poursuit Jérôme Jouanneau-Courville. Si votre départ se fait dans le cadre d’une mutation intra-groupe, le fait d’avoir une expérience à l’international dans un autre pays peut être apprécié pour la suite de votre carrière dans l’entreprise.

Un financier sous couvert d’anonymat indique « qu’il est plus facile de gravir les échelons dans les banques suisses qu’en France, où la culture est plus ‘pragmatique’ que ‘politique’ ». Ce n’est en tout cas pas le franco-ivoirien Tidjane Thiam, CEO du Crédit Suisse, qui dira le contraire. Par contre, depuis l’affaire Hervé Falciani, l’ex-informaticien de HSBC qui a permis au fisc français de récupérer des milliards cachés en Suisse et qui a été condamné à cinq ans de prison par la justice helvète, certains informaticiens bancaires français craignent de voir leur évolution professionnelle quelque peu freinée dans la Cité de Calvin.

Classement des places financières : léger avantage Paris

Dans le dernier Global Financial Center Index publié en septembre 2018 par Z/Yen Group, Paris se classe au 23 ème rang mondial Genève au... 27ème rang. Même si la méthodologie retenue pour ce genre de classement n’est pas exempte de critiques, Paris semble avoir depuis plusieurs années pris le lead par rapport à Genève. Faut-il y voir le résultat des nombreuses initiatives prises par la place de Paris dans le contexte du Brexit? 

Processus de recrutement : léger avantage Paris

Les Suisses sont connus pour avoir le sens aigu de la ponctualité (arriver en retard en entretien n’est tout simplement pas envisageable) et celui du détail. « Un CV français par exemple tiendra quasi obligatoirement sur une seule page, ce qui n’est pas le cas d’un CV suisse, ou on trouvera souvent 2 pages, parfois 3, voire 4 », note David Talerman, spécialiste de l'expatriation et de l'emploi en Suisse, sur son blog Travailler en Suisse.

En outre, les délais de recrutement sont un peu plus longs en Suisse qu’en France. Selon une étude de Robert Half, un tiers des managers en France réussit à pourvoir un poste en 2 à 3 semaines, un autre tiers en 4 à 5 semaines. En Suisse, ils sont 43% à pourvoir un poste en 4 à 5 semaines. Par contre, le nombre moyen de 2 à 3 entretiens prévaut en France comme en Suisse.

Taux de chômage : net avantage Genève

Selon les estimations du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), la Suisse affiche un taux de chômage de 2,6% en moyenne pour l’année écoulée, son plus bas niveau en dix ans. Soit un taux plus de trois fois moins élevé qu’en France où selon le Bureau international du travail (BIT), il atteint 8,9% (la moyenne étant de 6,7% dans l'UE). 

Temps de travail : net avantage Paris

Les 35 heures n’ont pas cours en Suisse, où la durée légale hebdomadaire de travail est de 42 heures et où les salariés bénéficient de quatre semaines de congés payés, même si de nombreux employeurs en accordent cinq, comme en France.

Qualité de vie : net avantage Genève

Vous en avez marre des embouteillages parisiens, des grèves à répétition, et plus encore du climat général d’insécurité suite aux récentes attaques terroristes ? Quitter Paris pour Genève peut alors faire sens si vous êtes à la recherche d’un environnement plus calme, moins pollué, plus sécurisant pour vous (et vos enfants si vous décidez de partir en famille).

D'après l'enquête internationale Mercer sur les villes ayant la meilleure qualité de vie en 2018,  Genève se classe au 8ème rang mondial, loin devant Paris, reléguée à la 39ème place.

Sécurité de l’emploi : léger avantage Paris

Le droit du travail suisse est beaucoup plus souple et libéral que le droit du travail français. Si vous perdez votre job en Suisse, ne comptez pas sur des indemnités de départ élevées. Mais la Suisse n’est pas pour autant un no man’s land : la protection sociale y reste très encadrée et vous pourrez toucher des indemnités chômage s’élevant à 70% du salaire de référence pour une durée d’indemnisation variant de 9 à 24 mois.

Ouverture à l’international : léger avantage Genève

Du fait de son multilinguisme et des nombreux acteurs internationaux qui y sont présents, la Suisse est naturellement plus orientée vers l’international que la place financière parisienne. « A compétence égale, je préfèrerais embaucher un financier qui vient de Genève plutôt que de Paris », confie sous couvert d’anonymat un recruteur basé à Londres.

Un constat pas partagé par tout le monde, et notamment ce recruteur parisien qui rétorque que « quel que soit l’endroit d’où vous venez, c’est surtout votre track-record et votre capacité à générer des revenus et des nouveaux clients qui fera au final la différence ».

Nombre d’établissements financiers : léger avantage Paris

D’après la Fédération bancaire française (FBF), la France comptait en 2017 (derniers chiffres disponibles) 347 banques embauchant 366.200 salariés et qui ont recruté 42.200 personnes. Mais la volonté de grandes banques de réduire leur nombre d’agences pourrait peser sur l’emploi dans les années à venir. La Suisse, elle, comptait sur la même période 253 établissements bancaires, soit 8 de moins que l'année précédente, pour 35.600 emplois localisés à Genève. 

Actifs sous gestion : net avantage Genève

Vous souhaitez travailler dans la gestion d’actifs ? Sachez que les actifs sous gestion dans les banques en Suisse se montaient fin 2017 à 7 292 milliards de francs suisses, selon les chffres de l’ASB.

A la même période, la France de son côté enregistrait 4.000 milliards d’euros sous gestion, ce qui situe la France derrière la Suisse mais « aux premiers rangs européens, tant pour la gestion que la domiciliation de fonds », précise l’association française de la gestion financière (AFG).

Fintechs : net avantage Paris

Paris semble avoir pris une sérieuse longueur d’avance en matière de fintechs, grâce à des événements internationaux comme le Forum Paris Fintech, une grand-messe annuelle des startups de la finance et de la technologie rassemblant des banquiers, des assureurs, des régulateurs et des fintechs, venus d'une soixantaine de pays.

Mais Genève n’a pas dit son dernier mot. Après avoir lancé Fusion, premier incubateur fintech qui a pour partenaires le leader mondial des logiciels bancaires Temenos, le gestionnaire d’actifs Notz Stucki et le leader suisse des cartes bancaires Swisscard, Genève fait désormais partie depuis le début 2019 d'un nouveau réseau de "Centres d'excellence interconnectés sur la blockchain.

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