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Les banques françaises dopent leur présence en Asie. Est-ce le bon timing ?

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Assiste-t-on au retour en force des établissements financiers français dans la gestion d’actifs et la banque d’investissement en Asie ? « Amundi a l’intention de faire de l’Asie son deuxième marché domestique », a indiqué au Financial Times Yves Perrier, directeur général de la filiale commune de gestion d’actifs du Crédit Agricole et de la Société Générale, à l’occasion de l’annonce de la cotation en Bourse d’Amundi.

Quelques jours plus tôt, c’était Natixis, la filiale de banque d’investissement de BPCE, qui annonçait l’inauguration de sa succursale à Pékin. Objectif : offrir à sa clientèle corporate chinoise une palette plus large de produits et services, notamment dans les activités de financement aéronautique, de financement de matières premières et de conseil. « Cette ouverture démontre notre engagement en Chine et nous permet d’accompagner plus étroitement nos clients chinois dans leur croissance et mettre à leur service toutes nos expertises déjà développées en Europe et à l’international », s’est félicité François Riahi, responsable de la plate-forme Asie-Pacifique qui compte plus de 600 collaborateurs répartis dans 12 pays. Sur les 52 collaborateurs actuellement en Chine, 13 seront affectés à la nouvelle succursale de Pékin, nous fait savoir Natixis.

Et la banque d’ajouter : « Nous avons plus d’une vingtaine de recrutements en cours sur l’Asie, majoritairement sur Hong Kong. Deux tiers des recrutements sont sur des postes du Front Office, majoritairement au sein de Global Markets.Dans les Fonctions Supports, nous avons également quelques postes à pourvoir notamment en IT et en Finance ». Et Natixis de présiser que près de la moitié des postes à pourvoir sont des postes seniors.

De son côté, BNP Paribas, avec 9.500 collaborateurs présents dans ses divisions Corporate & Institutional Banking (CIB) et International Financial Services (IFS) sur 14 marchés (dont 12 avec une licence bancaire complète) et deux centres principaux à Hong-Kong et Singapour, est l’une des banques internationales les mieux positionnées en Asie-Pacifique. Son plan de développement pour cette zone vise à atteindre plus de 3 milliards d’euros de revenus d’ici 2016. « BNP Paribas est en avance sur son objectif en Asie », a récemment déclaré à ce sujet Lars Machenil, le directeur financier de la banque, lors d’une conférence téléphonique.

Un mouvement à contre-courant…

Autant d’annonces qui interviennent au moment même où de nombreuses banques américaines et européennes ont décidé de réduire leur développement en Asie et de geler leurs plans de recrutement. En effet, après un bon premier trimestre 2015 dopé par le trading et les deals chinois, le troisième trimestre a été calamiteux du fait de la volatilité du marché chinois et de nouvelles contraintes réglementaires. La banque britannique Standard Chartered fortement implantée en Asie en sait quelque chose : victime de l’essoufflement économique chinois, elle a annoncé ce mardi la suppression de 15.000 emplois. Deutsche Bank Asia devrait également être amenée à réduire la voilure en Asie.

Afin de réduire les coûts, certaines banques n’hésitent plus à remplacer leurs banquiers seniors par du personnel bon marché. Matt Pecheur, directeur exécutif du cabinet de recrutement Options Group basée à Hong Kong, fait même mention d’une banque qui a récemment remplacé un vendeur senior FX par un junior qui suivait un training programme.

Dans ce contexte, quelles sont donc les motivations des banques françaises qui semblent être à rebours de leurs consoeurs européennes, exception faite de Credit Suisse ? Réponse : présentes historiquement dans la zone Asie-Pacifique (Crédit Agricole CIB a fêté l’an dernier ses 120 ans de présence à Hong Kong), les banques françaises semblent davantage miser sur une stratégie de long-terme.

… dans une région à fort potentiel

« L’Asie reste le principal moteur de l’économie mondiale et représentera (hors Japon) plus de la moitié de la croissance mondiale en 2015. Malgré les défis à court terme, les tendances observées – dynamisme, développement et prospérité grandissante – ne peuvent que se poursuivre dans les années à venir», affirme Alicia Garcia Herrero, économiste en chef Asie-Pacifique de Natixis.

C’est donc un pari gagnant que font les banques françaises présentes sur place. Ce qui ne les empêche pas bien sûr de s’adapter à la conjoncture quand cela est nécessaire. Société Générale, qui compte dans la zone Asie-Pacifique 6.600 employés répartis dans 11 pays, a ainsi cédé l’an dernier son activité de banque privée en Asie à la banque singapourienne DBS pour 220 millions de dollars, et a dans le même temps redéployé ses activités de prêt aux entreprises en Asie-Pacifique, essentiellement sur le marché de la dette (debt capital market).

De fortes disparités selon le pays…

« La zone Asie-Pacifique n’offre pas d’unité réglementaire, culturelle, linguistique ou monétaire et présente un niveau de maturité économique très inégal. Les stratégies de développement de diffèrent donc selon les marchés pour s’adapter aux réalités locales », rappelle Natixis. Ainsi, dans les pays à fort développement comme la Chine, l’Indonésie et la Malaisie, les opportunités de financement sont naturellement plus fortes que dans les pays matures (en particulier au Japon, en Corée et à Taïwan), où les banques proposent des solutions d’investissement sur mesure.

On observe par ailleurs de fortes disparités entre les différentes activités. Depuis la crise de la zone euro, les banques européennes ont connu un fort recul dans la région, contraintes de réduire drastiquement leurs activités de crédit. Sans même parler de la concurrence des établissements asiatiques en forte progression ces dernières années, en particulier les banques japonaises qui bénéficient d’une forte solidité financière en raison du soutien par le gouvernement.

… et selon l’activité

A contrario, la banque privée est un marché en très forte croissance. C’est en effet en Asie-Pacifique que la progression du nombre de personnes disposant d’actifs financiers de plus de 1 million de dollars est la plus rapide au monde (+ 88 % sur les 8 dernières années), la région comptant déjà 40 % de la population mondiale des High Net Worth Individual (HNWI). Pour Pierre Servant, directeur général de Natixis Global AM, « l’Asie-Pacifique est une région dans laquelle nous avons fortement accru notre présence ces dernières années et qui restera une zone clé de développement pour Natixis Global AM dans les années à venir ».

« L’Asie est l’un de nos plus importants relais de croissance », confirme Vincent Lecomte, co-CEO de BNP Paribas Wealth Management qui a reçu pour la première fois le prix “Meilleure banque privée en Asie du Nord” lors de la 25ème édition de la cérémonie des PBI Awards à Singapour le mois dernier. Et la banque qui l’an dernier a inauguré son premier établissement de formation et de développement des talents en Asie-Pacifique, entend bien y rester encore longtemps. Du pain béni pour celles et ceux qui veulent faire durablement carrière dans cette partie du monde…

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