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La banque d’investissement parisienne veut surmonter ses complexes

Si l’on en juge au nombre de sièges sociaux de groupes du classement Fortune 500, Paris Ile de France est avec 34 groupes le second pôle industriel du monde, après Tokyo et devant Londres. Pourtant, la banque d’investissement ne rayonne pas sur la capitale.

En dépit de la présence de ces sociétés de premier plan, d’une formation scientifique d’une qualité reconnue et d’un taux d’épargne élevé, la banque d’investissement reste considérée comme sous-dimensionnée en France.

Avec pour conséquence, un déficit en terme d’emplois que des acteurs institutionnels tels que la Fédération bancaire française (FBF) et l’Association française des entreprises d’investissement (AFEI) entendent combler en se mobilisant.

Pour Baudoin Prot, président de la FBF, ces faiblesses de la Place de Paris sont liées à un environnement fiscal et réglementaire défavorable mais aussi à une culture collective “mal orientée”, insuffisamment tournée vers l’innovation, la prise de risque et la valorisation des activités de marché .

Combien d’emplois la Place financière de Paris pourrait-elle créer ? En 2004, la comparaison des ratios Capitalisation Boursière en pourcentage du PIB indique un ratio de 1 à 2,5 entre la France et le Royaume-Uni. La traduction en emplois est exponentielle.

En effet, selon une étude menée par le cabinet de conseil Accenture, la comparaison du nombre d’emplois aux front-office, back-office et informatique liés aux activités de banques d’investissement indiquerait un ratio de 1 à 8 entre Paris et Londres. 25 000 emplois directs dans la banque d’investissement à Paris (soit moins de la moitié des effectifs totaux de Morgan Stanley dans le monde), et 196 000 à Londres. Si on ajoute les emplois connexes (conseils, avocats, etc.), on retrouve un rapport similaire, soit 7 000 contre 56 000.

Fiscalité et droit du travail

Les raisons d’un tel déséquilibre sont relativement connues : la fiscalité, encore la fiscalité et toujours la fiscalité. Ainsi, il est très difficile pour un établissement bancaire d’offrir à un jeune banquier parisien une rémunération équivalente à celle d’un alter ego résidant à Londres.

Mais ce n’est pas tout. A ses considérations valables quel que soit le secteur considéré, s’en ajoute une autre, cruciale pour la banque d’investissement. Le manque de fluidité du marché de l’emploi créé un obstacle lourd à l’embauche et à la débauche dans une activité éminemment cyclique comme la banque d’investissement. Un patron de recrutement d’une grande banque française le confirme : La profondeur et la flexibilité du bassin d’emploi, la possibilité de mieux payer des ressources, la possibilité de staffer des profils internationaux…autant de raisons qui nous poussent à délocaliser nos activités à Londres .

En outre, selon un sondage réalisé par CSA pour Accenture, le régulateur a une part de responsabilité. 56% des entreprises interrogées considèrent que l’environnement réglementaire et l’attitude du régulateur sont des points qui défavorisent la Place de Paris par rapport aux places concurrentes.

Dérivés actions, l’exemple

Cette situation est frustrante pour les défenseurs de la Place de Paris, car en dépit de ses handicaps, elle a su imposer son excellence dans certains domaines.
Ainsi, la Place de Paris a obtenu des succès réels tels que :
– une place de leader au niveau mondial sur les dérivés actions ;
– une analyse financière reconnue sur les valeurs françaises ;
– une présence significative des acteurs français dans la conservation.

Le seul exemple des dérivés actions, décrypté par Accenture met en avant la caractère fragile des succès obtenus. Certes, Paris a démontré l’excellence du capital humain (formation scientifique) ainsi que la possibilité d’essaimage entre les acteurs de la Place de Paris , estime-t-on au cabinet. Par ailleurs, ce succès illustre la capacité des acteurs français à travailler efficacement avec l’industrie de la gestion – 7% d’OPCVM français investis sur des fonds garantis, à formules et alternatifs contre 4% pour la moyenne européenne – et avec le régulateur au travers de son attribution du passeport européen pour faciliter la distribution de ces produits.

Succès fragile et réversible toutefois car l’activité dérivés actions peut se délocaliser facilement, et l’évolution de l’environnement réglementaire qui peut remettre en cause les choix d’implantation. Par exemple : la déclinaison locale de la réglementation sur la lutte contre le blanchiment (Pays GAFI et non-GAFI) semble porteuse de fortes contraintes .

Le rôle des clients

Ce sont également les clients qui décideront de l’avenir des places financières. En la matière, la tendance à la délocalisation des centres de décisions des entreprises françaises n’est pas très favorable. 4% des émetteurs interrogés ont déplacé leur centre de décision de leurs activités financières au cours des 5 dernières années. Cette tendance pourrait s’intensifier au cours des 5 prochaines années : 12% des émetteurs envisagent de réaliser ce déplacement de leur centre de décision financier, déplacement qui se fera majoritairement vers Londres.

Dernière série de statistiques qui vaut mise en garde, la langue. Toujours selon le sondage CSA, 58% des entreprises interrogées seulement accordent une réelle importance au fait d’avoir affaire avec des équipes francophones. De la même manière, 48% seulement considèrent la nationalité de l’intermédiaire comme importante.

Au final, dans un univers où le caractère culturel cède le pas à la dimension fiscale, la Place de Paris a de quoi se sentir menacée. Dans ce contexte, l’initiative de la FBF et de l’AFEI pour amorcer une réaction collective est la bienvenue. A ce titre, elle vient renforcer le lobbying au long cours de l’association Paris-Europlace.

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