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INTERVIEW : les conseils d’un coach en trading aux traders trentenaires

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Si quelqu’un s’y connaît en trading, c’est bien Steven Goldstein. Habitué des marchés alors que la plupart de ses condisciples étaient encore à l’âge des culottes courtes, il a décroché son premier poste en trading à Londres en 1986. Une première étape avant de devenir trader senior en taux d’intérêt et devises chez Credit Suisse, directeur associé à la Commerzbank puis trader senior en compte propre dans le groupe taux d’American Express. Vingt-neuf ans plus tard, Steven Goldstein est toujours trader et coach en performance pour traders et fund managers chez Chrysalis Performance Coaching.

A la lumière des préoccupations d’Andrea Orcel quant aux traders trentenaires d’UBS qui n’ont jamais été confrontés à une hausse des taux, nous avons interrogé Steven Goldstein sur la meilleure façon pour les ‘jeunes’ traders d’aujourd’hui de se préparer à cette décision de la Réserve fédérale, et sur les carrières en trading en général. Voici ce qu’il nous a confié…

Pourquoi avoir quitté le trading pour devenir coach ?

C’était en 2009 et je venais de perdre mon job. Pas à cause de la crise, mais tout simplement parce que la banque qui m’employait venait d’être rachetée par une autre banque, qui elle n’avait plus besoin de gens comme moi. J’étais à l’un de ces moments décisifs dans une carrière – sachant que le trading n’est pas la carrière idéale pour quelqu’un qui approche de la cinquantaine. J’en ai parlé avec quelqu’un qui avait été mon propre coach, et qui m’a suggéré de réfléchir à cette option. Tout est parti de là.

Vous avez eu une longue carrière dans le trading – de 1986 à 2009. Impressionnant ! Comment y êtes-vous parvenu ?

J’imagine que c’est un ensemble : j’ai réussi à survivre et j’étais bon dans ce que je faisais !

Plus vous restez dans le trading, plus vous prenez conscience que c’est une carrière très darwinienne, soumise en quelque sorte à la sélection naturelle. Les gens disparaissent sans arrêt.

Durant les premières années, il y a d’abord ceux qui se rendent compte que le trading n’est pas la carrière à laquelle ils aspiraient, et qui échouent. Le problème vient souvent d’une question de maîtrise. Un trader doit composer avec un grand nombre d’éléments qu’il ne peut contrôler, et c’est qui en fait l’une des difficultés. Vous êtes là tous les jours, et parfois les marchés sont avec vous et d’autres pas. Les gens finissent par se demander si c’est vraiment le job qu’ils veulent.

Avec le temps, survivre dans le trading est en partie une question de chance. Le trading, c’est comme le sport : vous y trouvez beaucoup de gens hautement qualifiés, qui présentent les compétences idéales, mais qui parfois n’ont pas la chance de rejoindre l’équipe la plus performante. C’est aussi une question de capacité d’adaptation, à la fois aux conditions du marché et à la régulation. Le trading est en constante évolution et ceux qui ne s’adaptent pas échouent quand l’environnement de marché change. A la fin des années 80 et au début des années 90, l’arrivée du PC a conduit au départ des traders les plus âgés. Nous avons aussi connu les changements dans les modes de comptabilité, et là aussi beaucoup de traders ont disparu.

De nos jours, il s’agit de s’adapter aux algorithmes et au marché à haute fréquence. Les traders qui survivront à cette nouvelle évolution seront ceux qui savent coder. Ce seront aussi ceux qui ont la volonté de rester sous les nouvelles règles. Les traders les plus âgés se plaignent de ne plus s’éclater dans leur job.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes traders d’aujourd’hui qui n’ont jamais connu de hausse des taux ?

Soyez prêts à apprendre vite et à vous adapter. En 1994, nous avons connu une forte tendance à la hausse. Nombreux étaient les jeunes traders arrivés fin des années 80 ou début des années 90 qui n’avaient jamais connu un marché haussier. Ils ont vraiment galéré, mais ceux qui sont sortis de la tourmente n’étaient autres que les plus aptes à s’adapter et les plus prompts à apprendre. N’oubliez jamais qu’en termes de marché, personne ne sait jamais ce qui va se passer, et personne ne sait jamais non plus quelle forme il prendra. Les marchés peuvent bouger bien plus vite que vous ne le pensez, et ils peuvent rester totalement irrationnels pendant des mois voire des années. Toute nouvelle tendance, à la hausse comme à la baisse, sera forcément différente des précédentes et certains seront mis en difficulté.

La meilleure chose à faire pour s’y préparer est d’avoir pleinement conscience de sa propre attitude en trading. Essayez d’être plus ‘à votre écoute’ : prenez le temps de vous comprendre vous-même, et de comprendre les comportements qui induisent votre réussite et vos limites. Qu’est-ce qui pèse sur votre réussite ?

Les traders les plus âgés sont-ils forcément meilleurs que les jeunes ?

Non. Vous seriez surpris de voir que nombre d’entre eux commettent les mêmes erreurs tout au long de leur carrière, et ce sont souvent les mêmes erreurs que celles qu’ils faisaient plus jeunes. D’autant que les plus âgés sont souvent les plus réfractaires à apprendre de leurs erreurs. En général, ils sont cependant mieux armés face au risque et plus équilibrés émotionnellement. Les jeunes traders sont parfois un peu trop sûrs d’eux. »

La déclaration de Paul Tudor Jones, selon laquelle les traders qui divorcent voient leur P&L chuter de 10 à 20 %, est restée dans les annales. Est-ce vrai d’après votre expérience ?

A vrai dire, l’un des fonds spéculatifs avec lequel nous avions l’habitude de travailler, a effectivement refusé d’embaucher un trader de haut vol en apprenant qu’il était en instance de divorce.

Mais le divorce n’est pas le seul problème. Il y a bien d’autres facteurs susceptibles d’impacter de manière négative la carrière des traders, comme leurs échéances, le montant de leur crédit immobilier ou leurs dettes (un gros crédit immobilier peut les rendre réticents à la prise de risque), les dettes de jeu, les pertes liées à leurs investissements boursiers personnels, des revenus insuffisants pour couvrir leurs dépenses, la pression pour payer l’école, et bien sûr la capacité à rester au niveau de leurs pairs, sans oublier les autres traders du même groupe.

On annonce des marchés particulièrement volatiles pour l’année à venir. Les traders ont-ils intérêt à se mettre à la méditation et à pratiquer la ‘pleine conscience’ ?

Je suis un grand fan de tout ce qui permet d’être ‘bien dans sa tête’. La pleine conscience et la méditation sont des pratiques de plus en plus suivies par les traders – je connais certains traders de premier plan en hedge funds qui les utilisent pour rester vigilants. Pour nombre d’entre eux en revanche, cela évoque d’un peu trop près le temps des hippies. Si cela vous met mal à l’aise, essayez plutôt le jogging, les longues marches, ou la salle de sport. Tous répondent peu ou prou au même besoin.

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