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Fracture sociale : l’étude qui dénonce les rémunérations des financiers

Les professionnels de la finance vont certainement prier secrètement pour que cette étude ne s’ébruite pas. Alors que les médias commencent à peine à relâcher leur garde sur le sujet hautement controversé des bonus, une étude réalisée par Olivier Godechot, chercheur au CNRS, montre que c’est la hausse des rémunérations des professionnels de la finance qui a le plus a contribué à la montée des inégalités en France, et non celles les PDG, des superstars du sport ou du divertissement.

En s’appuyant sur les données DADS (déclarations annuelles de données sociales) entre 1976 et 2007, autrement dit les données salariales de sécurité sociale pour le secteur privé, ce spécialiste des bonus et de la mobilité dans l’industrie financière, montre dans un premier temps que l’écart croissant entre les salaires est dû à la hausse des rémunérations les plus élevées (précisément, des 0,01% les plus hautes, soit 1692 personnes, gagnant en moyenne près de 1,7 millions d’euros par an) surtout depuis le milieu des années 90. En comparaison, le gros des salariés (les 90% les moins payés avec une moyenne de 22400€ par an) est lui resté comparativement stable.

Olivier Godechot introduit ensuite une approche sectorielle. Ainsi certains secteurs comme l’industrie, le commerce et les restaurants, les transports et la communication sont aujourd’hui beaucoup moins représentés au sommet de la hiérarchie des salaires qu’ils ne l’étaient il y a 30 ans. A l’inverse, le ratio des salariés de la finance augmente considérablement dans cette catégorie à partir de 96.

Enfin, le chercheur quantifie la contribution de ce secteur à l’accroissement des inégalités entre 1996 et 2007. Conclusion : sur la catégorie des 0,01% salariés les mieux rémunérés en France, nous constatons que la finance est responsable de 57% de la hausse. À la fin de la période, la finance constitue 37% de son effectif. Les financiers sont 19,4 fois plus représentés à ce niveau que dans les tranches inférieures.

Parallèlement, il est montré sur cette période que les rémunérations du top 100 des cadres de la finance ont augmenté 8,7 fois pour atteindre plus de 4,6 millions d’euros en moyenne en 2007. La hausse est de 1,5 pour le top 20 des salariés du secteur cinéma, télévision et vidéo ; 3,3 pour le top 25 des sportifs et le top 100 des chefs d’entreprise et de 3,6 pour le top 100 des cadres hors finance.

Et Olivier Godechot de conclure sur les implications politiques de son étude : Imposer plus lourdement ce fractile de salaire serait une autre façon (peut-être plus facile à réaliser qu’une taxe sectorielle) de redistribuer ces salaires, que de plus en plus citoyens considèrent comme des rentes.

commentaires (3)

Comments
  1. Sauf que ces fameux 0,01% constitue l’apanage des quinquas et des baby-boomers. Suffit de regarder la pyramide des âges en banque-finance…
    Alors taxer d’avantage la planète finance dans son ensemble sur ce seul constat, reviendrait, une fois de plus, à pénaliser les nouveaux entrants et les jeunes …

  2. Godechot est vraiment le meilleur expert sur ce sujet. Il a lu avec une clairvoyance chirurgicale les mécanismes d’attribution des bonus. Un jour il va se faire tuer…

    Je suis de la maison, et je me persuade qu’il faut une fiscalité confiscatoire forte, ultra progressive, visant les ultra hauts revenus, pour calmer le jeu (la baisse se propagera naturellement tout du long de l’échelle), sinon ça se fera de manière violente.

  3. tout à fait d”accord avec pauline

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