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Les banquiers font la loi au Royaume-Uni

“Les banquiers d’affaires sont au centre d’une nouvelle classe supérieure. Il n’existe pas d’autre industrie où les gens gagnent régulièrement des bonus qui se chiffrent en millions de livres. Dans un petit pays comme la Grande Bretagne, où l’on manque de terrains et d’espace, les effets de ces bonus sont particulièrement manifestes” explique Anthony Sampson, auteur de “Qui gouverne le pays ?” qui analyse les structures du pouvoir de la société britannique.
Il fait remarquer que les prix des logements varient en fonction des profits des banques d’affaires et souligne que l’argent des bonus, qui alimente la consommation, profite à tout le monde. “Le Sud Ouest et le Sud Est du Royaume Uni sont de plus en plus dépendants de la City de Londres.”
Sampson avait écrit une étude similaire dans les années 60 Anatomie de la Grande Bretagne . Par rapport à cette époque, les banques et les banquiers jouissent d’un pouvoir politique bien plus important affirme-t-il. “L’Etat était un contrepoids puissant face aux milieux financiers mais aujourd’hui ses deux mondes se rapprochent. Les deux grands partis politiques se disputent le soutien de la City. En outre les hommes politiques et les ministres ont de plus en plus tendance à travailler dans la finance quand ils quittent leurs fonctions.”
Sampson cite l’exemple de Sir Howard Davies, l’ancien président de la Financial Services Authority et de Sir Edward George, l’ancien gouverneur de la Bank of England. Davies a rejoint le conseil d’administration de Morgan Stanley le mois dernier et Sir Edward est devenu le président du conseil consultatif de Rothschild en Octobre. L’ancien premier ministre John Major est aujourd’hui conseiller du Credit Suisse First Boston.
Au nombre des banquiers passés en politique, on compte le ministre des finances très influent du parti conservateur, Oliver Letwin, un ancien directeur de Rothschild. Figure aussi le porte parole du parti Libéral Démocrate délégué aux finances, David Laws, qui a été managing director chez Barclays de Zoete Wedde, le courtier britannique aujourd’hui intégré au groupe CSFB. Enfin Quentin Davies, porte parole du parti conservateur d’Irlande du Nord jusqu’à l’an dernier, est un ancien directeur de Morgan Grenfell.
Les liens entre la politique et la finance n’ont jamais été aussi forts dans la Grande Bretagne des années 60 explique Sampson. Lord Cromer, le gouverneur de la Bank of England entre 1961 et 1966, qui venait de Barings faisait figure d’exception.
En cette année d’élections, Sampson souligne les efforts déployés par le Gouvernement pour séduire la City. Le mois dernier, le premier ministre Tony Blair a fait un discours sur l’économie chez Goldman Sachs et le ministre des finances Gordon Brown a lui inauguré les nouveaux bureaux de Lehman à Canary Wharf. Tous deux ont reconnu le poids économique de leur hôte. Le secteur financier représente 5.1% du PIB britannique a indiqué Blair.
Le parti conservateur lui aussi s’est mis à courtiser la City en organisant en mars le lancement d’un nouveau club rassemblant des sympathisants du parti qui travaillent dans la finance. Il y avait parmi les 500 participants Alex Barrett, le patron du marketing mondial des dérivés de change d’ABN Amro, Sir Win Bischoff, le président de Citigroup Europe ou encore Jonathan Bowers, un des directeurs du leveraged finance de Deutsche Bank.
“Les membres de la City partagent traditionnellement les vues du parti conservateur mais, après les deux dernières élections, force est de constater que les liens entre le parti et la City se sont distendus a indiqué un porte parole du parti conservateur.
Les banquiers ayant des aspirations politiques ne voient rien de mal dans les relations entre l’administration et le secteur des services financiers. La directrice de la gestion devises de JP Morgan Fleming Asset Management, Harriet Richmond, figure sur la liste du parti conservateur aux élections législatives. “Le secteur financier est le premier employeur du Royaume Uni et devrait, à ce titre, être correctement représenté au parlement” affirme-t-elle.
La sensibilité économique des banquiers les rend apte à participer à la politique soutient Richmond. Après avoir entendu Brown annoncer les milliards de livres de dépenses supplémentaires du budget 2002, elle s’est précipitée au siège du parti conservateur pour proposer ses services et empêcher le retour des augmentations d’impôts et des dépenses publiques. Elle a décidé plus tard de se présenter aux législatives.
Susan Kramer s’est découvert une vocation similaire. Elle est représentante du parti libéral démocrate au conseil d’administration des transports à Londres.
Après avoir fait du corporate finance chez Citibank, Kramer a travaillé sur les infrastructures de transport en Europe de l’Est et en Europe Centrale en tant que directrice d’une entreprise de gestion de projet. “J’étais assise dans une rame du métro de Londres, complètement oppressée, et j’ai décidé que je pouvais changer les choses ”
“Je savais comment lever de l’argent en utilisant des techniques de marché, ce qui constituait une alternative au schéma de partenariat privé/publique retenu à l’époque.”
Kramer a offert des services aux libéraux démocrates et s’est présentée à l’élection de la mairie de Londres. Elle a perdu mais elle se présentera aux prochaines législatives sur la liste de Richmond.
“Les règles du jeu ont changé au profit des banquiers. Les politiques étaient avant d’anciens conseillers de la reine, aujourd’hui, ce sont d’anciens financiers. Et nous sommes des millions.” Conclut elle.

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