☰ Menu eFinancialCareers

OPINION : Génération sacrifiée sans doute, mais pas désespérée

Pas toujours facile de décrocher le job de ses rêves… Alors lorsque je termine mes études en 2009 pour m’orienter vers un secteur touché par sa plus forte crise depuis 1929, mon enthousiasme se fait vite doucher. Les rêves s’effondrent, je prends conscience que je ne réaliserai pas le parcours espéré, aveuglé par des perspectives que l’on m’avait vendues comme fantastique tout au long de mes études.

Depuis le lycée, je me passionne pour le monde de la bourse, en particulier les marchés actions, passant des centaines d’heures devant mon PC, ainsi qu’à éplucher les journaux spécialisés. Travailler dans ce secteur financier m’apparaissait alors comme une évidence.

Pourtant, comme les autres, je n’échappe évidemment aujourd’hui pas aux difficultés de la recherche d’emploi en sortant de mon Master 2 Finance d’une université parisienne… Peu importe mes études ou les établissements financiers par lesquels je suis passé : un gel quasi global des embauches que ce soit dans les BFI, sociétés de gestion et autres établissements financiers compromet l’avenir de bon nombre de jeunes diplômés, les offres sont devenues une denrée rare, et les quelques postes à briguer sont souvent peu séduisants ou requiert une certaine séniorité, le nombre de candidats restant à chaque fois néanmoins colossal.

Et si on créait nous-mêmes cette opportunité ? Pour faire ce qu’on aime au fond, dans un domaine que nous connaissons déjà sur divers plans. C’est ainsi que sitôt la fin de mes études, je décide avec deux ex-collègues stagiaires – des compagnons d’infortune en somme – de créer un site web sur les produits de bourse warrants turbos et certificats. Ce sont des produits que l’on connaît bien, à travers nos études, nos expériences, et grâce à notre passion pour la bourse bien sûr. Surtout nous pensons que notre concept est assez unique : il n’existe pas de site Internet d’information et de conseils, complètement gratuit et indépendant et spécialisé sur ces instruments, souvent décriés à tort comme de simples outils de spéculation.

Alors nous nous lançons, poussés par notre soif de création, que mon associé actuel connaît puisqu’il avait déjà lancé des petits sites Internet. Quelques mois après la création de notre site, nous nous retrouvons finalement à deux à travailler sur le projet (le troisième associé partant à l’étranger). Mon collègue assure notamment la partie développement et informatique tandis que je me charge principalement du contenu du site : la rédaction, la recherche et l’analyse, exercices qui m’ont toujours passionné surtout si cela concerne la finance.

Dans le même temps, nous démarrons dans la vie active, tant bien que mal et toujours dans ce contexte compliqué, avec des emplois temporaires, sans ce sésame qu’est le CDI. Mais cela a du bon d’une certaine manière, car nous nous échinons à faire progresser le site, le soir, après notre travail, avec une motivation très forte. Nous prenons un réel plaisir à le faire, même si le temps pour la vie personnelle est désormais très limité. Nous avons accumulé des centaines d’heures de la sorte en soirées et nuits, passées derrière l’écran à créer des pages, communiquer, travailler le référencement, mener un projet collectif, et tout cela à distance puisque nous habitons à des centaines de kilomètres l’un de l’autre.

Progressivement les émetteurs de produits de bourse nous contactent, nous sommes amenés à les rencontrer. Le nombre de visites sur le site connaît une bonne croissance, nous enrichissons notre contenu, essayons d’apporter plus d’informations aux investisseurs qui nous lisent. Pour nous, recevoir des critiques, des recommandations, des encouragements, parmi les acteurs du secteur, constater que des centaines de personnes se connectent chaque jour, ce sont des choses qui nous auraient paru incroyables au moment où on s’est lancé.

Ce projet demande certes une grande assiduité mais il nous apporte finalement en retour de multiples connaissances et contacts. Nous souhaitons, comme beaucoup de jeunes diplômés, prouver que l’on est capable de prendre notre avenir en main, et que l’on possède les capacités pour briguer des emplois en rapport avec nos compétences.

Pouvoir exprimer sa passion par le biais d’un site Internet, et pouvoir mener ce projet de A à Z avec pour l’instant une certaine réussite, constitue pour nous une réelle satisfaction. Mon associé, lui, a choisi de quitter son emploi pour se consacrer, entre autres, à notre projet commun.

Nous faisons partie de la génération dite sacrifiée des diplômés. Cependant, nous avons été capables de créer quelque chose par nous-mêmes, en s’appuyant sur l’arme incroyable qu’est Internet, un outil de communication surpuissant que nous maîtrisons, peut-être mieux que nos aînés. Au fond, nous n’avions pas vraiment le choix.

Aussi, je donnerais ce conseil à ceux qui se reconnaissent ici : si vous ne voyez pas d’issue à votre situation, que vous soyez en poste ou pas, posez-vous les bonnes questions, à commencer par celle-ci quels sont mes talents ? Que puis-je en faire ?

Vous avez une passion, une idée, un concept pouvant se décliner sous forme d’un projet ? Même s’il n’en est qu’au stade embryonnaire, parlez-en autour de vous, à vos amis, ex-collègues. On est souvent davantage porté quand le projet est mené en équipe. Oubliez que vous êtes seulement un jeune diplômé .

Après tout, les créateurs des Facebook, Tweeter et autres cartons du net n’étaient pas bien vieux et même pour certains encore étudiants ! Pas besoin de compter 10 ans d’expérience professionnelle quand on a une idée prometteuse. À notre niveau, nous travaillons avec ce site sur une niche et celui-ci ne générera pas des millions de visites par an ou des revenus mirobolants ! Mais c’est une expérience à vivre, enrichissante à tous points de vue.

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir trouvé un emploi stable dans le secteur financier. Mais je conserve la même motivation pour continuer à faire croître notre site. Génération sacrifiée, sans doute, mais pas désespérée !

L’auteur, âgé de 24 ans, est diplômé depuis 2009 d’un Master 2 Finance.

commentaires (10)

Comments
  1. J’aime a croire que je suis le meme chemin… Une toute autre idee germe en moi, m’enfin… Felicitations, en tout cas. Et bonne chance. Et courage !

  2. Moi même diplômé en 2009 d’une pauvre université lyonnaise j’aspire toujours à trouver un job à la hauteur de mes compétences. Le responsable de ce master recherche en finance m’a fait croire que je pouvais facilement occuper des postes de chargé d’études éco dans de grosses structures, comme les banques d’invest ou les cabinets spécialisés. Finalement rien, si ce n’est des mini cdd. En tout cas bravo pour ta persévérance

  3. Merci pour cette belle leçon d’optimisme!

  4. Bastien 69800 : un Master 2 Recherche a l’issu d’une licence a Lyon 3, c’est ca ?

  5. c’est vrai, rares sont les témoignages intéressants sur ce site, pour une fois il y en a un

  6. Dans le même cas.
    De mon côté j’en veux aux universités (ou écoles de commerce en tout genre) qui vendent des métiers à la sortie que personne n’a plus obtenu depuis 20 ans. Car les diplômes ne doivent pas changer beaucoup tandis les profils recherchés ont dû pas mal évolués depuis…
    Sur la plaquette des Masters 2, on peut lire Trader, Gérant, Assistant gérant…
    De plus, les professeurs des universités sont parfois tellement déconnectés de la réalité des entreprises (contacts, réseaux quasi-inexistants…) que je suis sûre qu’ils sont incapables de dresser une cartographie des métiers qui existent en finance et des besoins réels selon les années…
    Sans compter la difficulté à trouver les bons stages en Finance (ce qui n’aide pas…)
    Pour travailler en Finance, soit vous avez un profil matheux, soit papa peut vous aider… soit il faut très vite redescendre sur terre à la sortie des études.
    Moralité, ou bien les facs arrêtent leurs Masters en Finance qui ne servent pas à grand chose, ou bien elles sont transparentes dès le début.
    C’est à dire qu’il faut qu’elles se renseignent sur l’existence des métiers connexes, et arrêtent de mentir chaque année aux étudiants dans le

  7. parao le master en question se trouve à lyon 2

  8. Belle leçon d’optimisme!

    Je ne sais pas qui est ce mystérieux diplômé mais si tu me lis tu as illuminé ma journée! Je perdais un peu espoir mais tu m’as redonné l’envie de me battre et d’enfin décrocher le poste de mes rêves.

    Il ne faut pas passer sa vie à rêver. Il faut croire en ces rêves…

    Le passage: quels sont mes talents ? Que puis-je en faire ? est vraiment admirable et ce sera le point de départ de ma quête vers l’excellence…enfin je l’espère…

  9. Pff je trouve ce site complètement orienté finance de marché. Pas de place pour les contrôleur de gestion, les auditeurs… Il faut se rendre à l’évidence que la bulle finance est crevée. Trop de candidats pour très peu d’élus (comme partout ailleurs mais un peu plus en finance). Alors chers modérateurs, songez plutôt à nous vanter d’autres métiers liés à la gestion au lieu de vous employer à faire (re)gonfler une bulle qui a déjà éclaté depuis longtemps

  10. Comme beaucoup ici, je me retrouve aussi dans ce commentaire. Les universités vantent des master finance ou gestion, certains étudiants sont obligés de faire des stages par défaut faute de trouver de bons stages. Les entreprises discriminent et in fine diplômé en master finance ou gestion sans possibilité d’insertion dans le domaine, c’est pitoyable ce système. Je leur en veux farouchement …

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici