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Vivre dangereusement : journal d’un spécialiste ABS (15e épisode)

L’épisode au cours duquel M. ABS* réfléchit sur ce qui a fait dérailler UBS et s’imagine une nouvelle carrière de spécialiste du redressement financier.

UBS est une victime inattendue du marché des financements structurés. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler à leurs clients, ils me répondaient que c’était quasiment impossible de sécuriser un prêt auprès de cette banque d’investissement tant son équipe dédiée aux financements structurés était précautionneuse. Et pourtant, UBS doit aujourd’hui gérer des pertes colossales de 38milliards de dollars.

Que s’est-il donc passé ? J’ai entendu par un ami travaillant chez UBS que cela avait quelque chose à voir avec le rachat des expositions CDO de Goldman Sachs lorsque celle-ci a décidé de se retirer du marché des subprimes. Si cela est vrai (ce qui n’est pas sûr), alors au risque de passer pour un simpliste, il y a deux leçons à tirer : 1) être très prudent chaque fois qu’un banquier de chez Goldman veut vous vendre un morceau de papier ; 2) ne pas écouter un banquier de chez UBS quand il vous informe d’une bonne opération.

Rétrospectivement, la stratégie de recrutement d’UBS peut également être remise en cause. Mon ami m’a dit que sous Wilson Lee, l’ancien responsable de la division Real Estate, l’équipe CMBS était restée réduite car ce dernier pensait apparemment (correctement pourrait-on dire aujourd’hui) que le marché était devenu trop compétitif et que les marges ne reflétaient plus le montant du risque. Cela n’a pas empêché la direction de racheter au prix fort une équipe de Credit Suisse en plein été et de virer Lee avant les fêtes de Noël.

Cependant, il y a un point sur lequel UBS semble avoir excellé, c’est de ne pas avoir révélé au marché l’étendue de ses pertes sèches avant d’être parvenue à se recapitaliser. Cela a certes permis d’éviter le risque d’un rachat de la banque, mais je doute que les nouveaux actionnaires soient très satisfaits de leur investissement. Mon ami de chez UBS est de mauvaise humeur : son bonus de l’an dernier est maigre et a été payé en actions. À présent, il est surtout préoccupé pour son job.

Luqman Arnold, lui, a rejoint ma liste des héros de l’année 2008 (juste derrière Jérôme Kerviel). Viré il y a quelques années de chez UBS, Arnold a récemment pris une participation dans la banque et semble content de solder de vieux comptes avec son ancien employeur, même si cela signifie qu’il doive critiquer une stratégie qu’il a aidé à mettre en place quand il faisait partie de l’équipe de direction. Je ne peux pas vous dire s’il a risqué son propre argent dans cet investissement – si tel n’est pas le cas, c’est ce que j’appelle avoir du panache !

Retour à la maison. L’avenir est devenu incertain chez mon nouvel employeur. Des équipes pourraient être réduites. Toutefois des discussions sont en cours sur un fonds distressed, pour lequel je pourrais potentiellement créer de la valeur ajoutée . Une fois, il y a bien longtemps, j’ai travaillé sur des opérations NPL**, mais ce ne sont que de vagues souvenirs. Même si j’étais novice à cette époque, je devrai bientôt proclamer haut et fort que c’est moi l’inventeur de ce truc si je veux éviter un autre jeu de chaises musicales.

* Asset-Backed Security : dans le cadre d’opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d’acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.

** NPL : Non-Performing Loan, prêt que le débiteur cesse de rembourser jusqu’au terme en accord avec le prêteur.

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