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« Le CFA n’est rien de plus qu’une forme de bizutage pour les jeunes professionnels de la finance »

CFA

Est-ce vraiment la peine de vous attaquer au CFA ?

Lewis Krell est un ancien analyste en placements, reconverti dans l’informatique puis dans le journalisme. Lorsque son ancien employeur lui a demandé de passer le niveau I du CFA, il a obtempéré – du moins au premier abord. Puis il a arrêté sa préparation et a fini par laisser complètement tomber. Aujourd’hui, il commence à jouir d’une certaine notoriété par ses prises de position détonantes sur le CFA, qu’il considère comme une perte de temps.

Nous l’avons rencontré début juin, juste avant son départ de Seattle pour New York. Confidences…

Donc maintenant, vous êtes journaliste ?…

Pas exactement. En fait, j’ai quitté la finance pour un poste de directeur du développement chez Utrip, une start-up spécialisée dans l’aide virtuelle au voyage. Ce qui correspond peu ou prou au strict opposé de mon ancien poste… et en toute franchise, je n’aurais pas plus être plus heureux.

Quand à l’écriture, c’est une activité que j’ai toujours appréciée. J’écris aujourd’hui comme indépendant sur une multitude de sujets, sur lesquels je suis en général tout sauf un expert. J’ai d’abord écrit pour le Huffington Post, puis sur le basket étudiant pour Arizona AZ Desert Swarm sur les sites SB Nation.

Que faisiez-vous à l’époque où vous prépariez le CFA ?

J’étais analyste en placements dans l’équipe de recherche de notre responsable international : un job certainement bien moins prestigieux qu’il n’y paraît. J’ai vraiment adoré les années passées chez mon ancien employeur ; c’était – et c’est d’ailleurs toujours, une super entreprise, qui savait s’entourer de collaborateurs brillants, motivés, juste excellents… je ne le dirai jamais assez. J’ai un problème avec le CFA Institute – mais aucun avec mes collègues eux-mêmes et surtout pas avec mon ancienne entreprise pour laquelle j’ai beaucoup de respect.

Pourquoi, à votre avis, votre ancien employeur a-t-il insisté pour que vous passiez le CFA ?

Franchement, je pense que c’est en grande partie comparable à la situation des internes en médecine, que l’on fait travailler 24 heures d’affilée même si toutes les études s’accordent pour trouver l’idée déplorable : c’est tout simplement une forme de bizutage.

Et le raisonnement va de pair : « si moi je l’ai fait, alors que ça ne m’a pas apporté grand-chose, pas de raison que tu y coupes. »

Bien sûr, il y a le côté rassurant de pouvoir mentionner un diplôme de plus sur une carte de visite. Sans compter que c’est un bon outil marketing lorsque vous cherchez de nouveaux clients. Mais en fin de compte, le fait d’avoir décroché le CFA ne prouve en rien votre engagement, votre persévérance ou vos capacités.

Jusqu’où êtes-vous allé dans la préparation du CFA I ?

Assez loin en fait, puisque j’avais tous les livres et que j’avais déjà commencé à travailler dans ce sens. Mais je me suis très vite rendu compte que je ne voulais pas aller au bout de la démarche car je n’avais pas la foi : je ne voyais pas l’utilité de gaspiller mon énergie pour un diplôme qui n’aurait aucune valeur pour moi personnellement. Pas besoin d’être extra-lucide pour voir que la valeur de la certification décroît d’année en année, et je n’avais aucune envie de travailler autant, de passer autant de temps et dépenser autant d’argent pour un diplôme dont la valeur sur le marché ne cesse de se déprécier.

Je pense que le CFA Institute s’est enfermé dans une impasse en autorisant la terre entière à passer cet examen, de surcroît autant de fois que nécessaire. Et ce qui devait arriver arriva : il va y avoir pléthore de certifiés.

Chaque année, le nombre de candidats bat tous les records, et même si le CFA Institute a toujours la possibilité de peser sur le taux de réussite, le nombre de diplômés en valeur absolue n’évolue que peu. Le taux de réussite, justement, est si faible qu’il risque de décourager les candidats de passer l’examen. D’où ma question : comment faire pour à la fois ouvrir cet examen au plus grand nombre et en préserver le prestige sans augmenter le taux d’échec au point de démotiver les candidats ? Pour moi, c’est impossible.

Vous travaillez plus, pour réussir un examen difficile qui vous donnera certes une qualification supplémentaire, mais tellement moins prestigieuse que pour ceux qui vous ont précédé il y 10 ou 20 ans. Eux en ont récolté les fruits, mais je ne suis pas sûr qu’il en aille de même pour la génération à venir.

C’est facile à dire… Au vu de votre changement de carrière, le fait d’avoir renoncé au CFA n’a pas vraiment eu d’incidence pour vous…

J’ai abandonné l’idée de réussir un jour le CFA bien avant de changer de carrière. Continuer à se former et à apprendre au maximum autour de la finance durant une carrière est bien évidemment une bonne chose – mais je n’ai pas pu m’empêcher de constater que le CFA proposait un cursus destiné d’abord à renforcer les certitudes des marchés et de la gestion d’actifs. Je suis convaincu qu’une chose est avérée : le pronostic en finance est une pure absurdité. La meilleure chose à faire pour un responsable de portefeuille est d’admettre que vous ne savez probablement pas autant de choses que vous ne le pensez. Le CFA vous oblige à maîtriser un tel volume de connaissances qu’il est difficile ne pas croire en votre propre intelligence. Si vous êtes capable de réussir le CFA, vous êtes forcément brillant, voire impressionnant, mais je ne suis pas certain que le manque d’humilité qui en découle soit une bonne chose pour qui brasse l’argent des autres dans un monde sans règle absolue.

La plupart de vos anciens collègues ont-ils réussi l’examen du CFA?

La plupart non, mais un grand nombre tout de même. Ce qui m’a choqué, c’est d’ailleurs le nombre de titulaires du CFA qui sont pour tout ou partie d’accord avec mon article. Beaucoup de gens pensent qu’ils n’ont rien retiré du programme car les effets en termes de réseaux sont vraiment minimes ; et bien que tous aient été capables de mémoriser de grandes quantités d’information en vue de l’examen, peu ont réellement appris ou retenu quelque chose.

A quoi devraient penser les candidats s’ils sont recalés à l’examen ?

Se dire qu’ils travaillent pour une belle entreprise. 50.000 personnes dans le monde échoueront comme eux, ils ne seront donc pas seuls dans ce cas.

Ils devraient aussi se demander très sérieusement si l’obtention de cette qualification répond vraiment à leurs attentes car l’investissement – de temps comme d’argent, pourrait servir à autre chose de bien plus utile …

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