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Middle man : Pas d’argent cette année (épisode 7)

Nouvelle cérémonie, la review de mi-année : j’arrive à l’heure, coiffure des grands jours, j’ai maquillé mes derniers tableaux Excel d’un splendide et racoleur rouge PowerPoint. Pour un peu, je ramènerais des chocolats.

J’apprécie beaucoup mon boss. Jamais là, il me fait confiance, annule consciencieusement tous les lundis nos weekly team meetings. Il y aurait un meetic de l’entreprise, je crois que je l’aurais choisi, genre J. banq. Indep. aimant chiffres ch. boss réunion-proof, aimant voyager pour relat. de conf. Volubiles et managers manageant s’abst. !

Donc nous voilà dans une salle pour discuter de mon évolution sur 6 mois. J’ai préparé ma petite fiche, qui doit rappeler qui je suis (paraît-il que ce papier peut arriver aussi loin que dans les souliers des ressources humaines), ma ou mes missions, mes objectifs (écrits par mes soins à la dernière minute de l’époque), déclamant à la fois pompeusement et qualitativement en quoi j’ai encore été meilleur que l’année dernière, que j’ai rempli la moitié desdits objectifs, ou ces objectifs à moitié, c’est selon. La case pas pire n’est pas proposée.

Le problème lorsqu’on travaille dans un centre de coût , c’est que les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. Je ne fais pas directement gagner de l’argent à la banque. Je fournis à d’autres le moyen d’en gagner, ou à d’autres le moyen de fournir à d’autres encore le moyen d’en gagner. Performance analyst, je suis en charge de la production de l’opium du management : les reports. Et je ne vois toujours pas en quoi une augmentation de 32 % du nombre de reports hebdomadaires, comprenant en moyenne 8,3 graphs contre 6,2 l’année dernière, 3 nouvelles couleurs et 8 nouveaux indicateurs me vaut une médaille. Mais je l’écris, en gras, à la ligne, tiret.

Chaque semaine, j’essaye de fournir une nouvelle vue du business concerné, le camembert doit être une image saisissante, un générateur d’ eurêka en couleur. Je les teste d’abord sur mon équipe, ceux en charge du marketing interne de notre activité. En fonction de leur enthousiasme (ils adorent les pivots tables et les graphs qui bougent tout seuls par magie macro), je leur laisse fowarder ou je signe.

Sortie de review. L’introduction fut : pas d’argent cette année. La substance : s’il y en a, il faut tout faire pour maximiser l’enveloppe de l’équipe. À lui aussi je donne donc les moyens de gagner de l’argent, j’avais oublié. C’est donc parti pour une opération séduction de grande envergure. À moi de fournir du matériel de propagande de qualité. Au fait, je fais du bon boulot, ajoute-t-il. Il voudrait juste que je le crie un peu plus fort.

commentaires (6)

Comments
  1. A quoi donc s’attendait MiddleMan ?

    Par ailleurs, ça n’est jamais très bon d’apprécier immodérement son boss, surtout dans la finance : cela n’encourage pas à vouloir prendre sa place, limite les iniatives iconoclastes, et réduit finalement à un conformisme dont on croit pouvoir attendre une reconnaissance réelle quand cela ne peut que récolter une bienveillance satisfaite et mesurée.

  2. Et puis ton bosse n’est pas là pour t’aider, juste pour t’utiliser

  3. J’adore cette rubrique, à travers l’humour elle exprime bien les fonctionnements profonds non seulement de la finance mais de toute l’entreprise française (voir de la société).

    Le plus dramatique (ou comique selon) c’est que c’est toujours la même chose, rien ne change. En 10 ans de carrière rien ne s’est vraiment amélioré. Toujours les mêmes problèmes (mais en pire avec la taille croissante des entreprises), le manque de management, la dés-organisation matricielle où souvent les problèmes sont une conséquence d’un problème venant d’un autre service sur lequel on n’a aucune influence (en tout cas pour les services informatiques mais finalement ça impacte aussi l’opérationnel).

    Effectivement je rejoins middleman aussi dans la remarque sur les gens qui travaillent dans les départements “support” (ou centres de couts de l’entreprise). Les commerciaux ont pris le pouvoir dans l’entreprise (mais paradoxalement ce sont souvent des directeurs financiers qui deviennent PDG, ça montre la priorité de la direction…). Difficile effectivement d’appliquer le même type d’évaluation. Pour les commerciaux, c’est simple c’est en fonction de chiffres concrets tels que les ventes par exemple.

  4. middleman je pense que tu resumes la situation de maniere tres simpilste, je suis trader ds une banque d investissement je cotoye tous les jours des collegues du middle qui ont certes un travail difficille mais ce ne sont pas les seuls en meme tps tu resumes tout en terme de centre de cout pkoi ne verrais pas cela ds l optik d un centre de risk est ce ke le middle est centre de risk non le trading oui… qui plus est crois tu normal qu un trader ki fait plus de 40millioins d euros chak ne se voit recevoir ke 300k de bonus par anavec tous les risk kil prend???je pense ke le tps des golden boys est termine…

  5. Citation “…qui plus est crois tu normal qu un trader ki fait plus de 40millioins d euros chak ne se voit recevoir ke 300k de bonus par an avec tous les risk kil prend?…”

    lucas, peux-tu préciser quels risques financiers prends-tu pour toi-même…? (hormis le risque de se faire virer)

    Quand tu fais 40 millions d’€ c’est grâce à l’effet de levier j’imagine. Donc tu manies incontestablement le risque, mais tu ne prends “que” le risque de faire perdre de l’argent à ceux qui ont confié des fonds à ton employeur.
    Si tes performances sont négatives en fin d’année, tu restitues les précédents bonus …?

    Bien sûr que non, puisque c’est le système “Pile-je-gagne, face-tu-perds”…

    Bonne chance à toi tout de même, il en faut toujours plus en ce moment !

  6. “qui plus est crois tu normal qu un trader ki fait plus de 40millioins d euros chak ne se voit recevoir ke 300k de bonus par anavec tous les risk kil prend???je pense ke le tps des golden boys est termine…”

    Et bien oui totu simplement car quand il perd 40 Millions, on ne peut pas lui retirer. Il risque pas de perdre, la banque oui. Donc il gagne moins.
    S’il veut gagner plus il doti placer sont argent, et la il aura 100% (ou presque).
    La banque lui prete de l’argent, sans elle, il n’aura jamais les moyens necessaire, il est donc normal qu’il touche qu’une partie;

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