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Les banques européennes et le marché européen de l’emploi en finance peuvent (bientôt ?) dire merci à la nouvelle réglementation américaine

Kian Abouhossein, analyste chez JP Morgan, vient de produire une nouvelle note de recherche, dont la lecture n’est pas très plaisante, surtout si vous travaillez dans une banque d’investissement américaine, aux Etats-Unis.
Pour lui, la réforme réglementaire du secteur financier qui progresse au Congrès américain, après un vote positif du Sénat, pourrait déboucher sur des changements majeurs. Voici ses principales conclusions :

1) Le taux de rentabilité sur les capitaux propres pour les brokers américains passerait de 20 à 10%.

2) Les banques d’investissement de second rang doivent revoir leur business model, en pensant rapprochement ou scission d’activités.

3) Le trading sur les produits dérivés par les banques américaines aux Etats-Unis devient une activité incroyablement coûteuse, incitant les clients et les employés à favoriser les banques d’investissement européennes ou les banques d’investissement américaines basées en Europe.

4) De nouveaux emplois dans le secteur bancaire sont crées en Europe au détriment des Etats-Unis.

5) Les banquiers des établissements américains cherchent à se faire embaucher par des banques européennes.

Rappelons, en passant, que les banques européennes ne se tournent pas les pouces, et se placent actuellement sur le marché américain pour profiter notamment des changements en cours, à l’instar de BNP Paribas et SocGen ou encore d’UBS.

Ne pas mentionner l’article 176

Le catalyseur de ce chaos ? L’article 176 du projet de loi du Sénat, qui propose une interdiction de sauvetage par le gouvernement des banques qui commercialisent les “swaps”.

Si l’article est voté en l’état, Abouhossein explique que les exigences de fonds propres seront beaucoup plus strictes pour les grandes institutions financières qui ont besoin d’un simple A des agences de notation pour faire du trading sur les produits dérivés. Ces nouveaux requis en matière de capitaux propres imposent sur l’activité sur les dérivés un coût punitif.

Parallèlement, il part du principe que a) les pays européens n’imposeront pas une réglementation si stricte et b) les banques américaines opérant en Europe ne seront pas affectées par ces restrictions.

Par conséquent, il prédit que les banques européennes telles Barclays, Credit Suisse, et Deutsche Bank sortiront grands gagnants. Les contreparties préféreront utiliser les services de trading sur produits dérivés de ces dernières, et un nombre important d’emplois dans ce secteur, actuellement basés aux Etats-Unis, pourraient se voir transférés en Europe.

Au bout du compte, Abouhossein prédit que les banques sépareront l’ensemble des opérations de trading et de vente de façon à échapper à l’article 176. Les opérations cash et dérivés sont trop imbriqués pour isoler uniquement le business sur les dérivés.

Vous serez aussi payé beaucoup moins

Kian Abouhossein a déjà produit une série de notes de recherche déprimantes mettant en garde contre les effets pervers d’une réglementation du secteur sur l’emploi et les rémunérations. Sa dernière production n’est donc qu’une suite logique.

Gardons aussi en tête que cet analyste travaille pour JP Morgan, une banque qui souffrirait clairement de l’article 176. Il faut donc peut-être y voir un élément de propagande dans son raisonnement.

Article 176 mis à part, Abouhossein est également très affirmatif sur un autre point : les ratios de rémunération vont devoir être réduits, de manière significative. Suite à l’introduction de Bâle II et des nouvelles règles de transparences relatives au marché de gré à gré, il prédit que le retour sur fonds propres (ROE) dans l’industrie (y compris les banques européennes) va s’écrouler. Réduire les ratios de rémunération à hauteur de 35% des revenus est la seule manière d’offrir aux actionnaires un rendement décent. Les rémunérations devraient, par conséquent, chuter de 22% en moyenne par personne.

En plus de tout cela, si l’article 176 passe, les conséquences pourraient être particulièrement sévères pour n’importe qui travaillant dans une banque d’investissement américaine aux US. Si les banques américaines doivent se plier à l’article 176, l’ajustement des ratios de rémunération dans les banques d’investissement sera beaucoup plus significatif, prévient Abouhossein. Ce qui ne présage rien de bon…

commentaires (2)

Comments
  1. De toute façon, même avec 22% de réduction de la rémunération, les banquiers seront encore trop payés.
    Lorsque cette réduction atteindra 70%, on aura atteint des “salaires normaux” (c-a-d non déconnectés du réel).

    Les américains croyaient que la finance virtuelle leur permettrait de vivre comme des rois indéfiniment en faisant “le travail de Dieu”… ils ont été les acteurs majeurs de la crise économique actuelle.

    Les américains sont des pollueurs et les premiers défenseurs du pétrole à gogo. Ils se baignent aujourd’hui dans leur nappe de pétrole et vivent une nouvelle crise, celle de leurs activités cotières…

    Un juste retour de bâton !

  2. Blankfein disait effectivement effectuer le travail de Dieu.
    Rappelons que Dieu, lui, travaille gratuitement. Pas toujours très bien, mais gratuitement.

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