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Étudiants d’élite : pourquoi tant d’erreurs d’orientation ?

Graduation Hat

Vous êtes étudiant dans une université ou une école d’élite ? Et vous vous destinez le plus naturellement du monde à une carrière en banque d’investissement, dans le consulting ou un autre métier très élitiste. Si tel est votre cas, les observations de William Deresiewicz, ancien professeur à l’université de Yale, devraient vous intéresser…

Son nouveau livre, ‘Excellent Sheep’, revient en détail sur le thème de son premier ouvrage, publié en 2008 – à savoir qu’une éducation dans les plus grandes écoles ne fait pas tout. Plus précisément, Deresiewicz considère que le temps passé dans une brillante institution est susceptible de vous rendre réticent à la prise de risques et de vous pousser dans les bras, grands ouverts, des banques d’investissement et des cabinet de conseil en stratégie – peu importe qu’ils vous offrent ou non la meilleure carrière en terme d’accomplissement personnel.

« Le système fabrique des étudiants intelligents, pétris de talents et déterminés, certes, mais aussi inquiets, timides et déboussolés, en manque de curiosité intellectuelle », avance Deresiewicz. Ceux qui sortent de ce système d’éducation élitiste ont « un sens très limité de leur motivation, poursuit-il. Ils sont bons dans ce qu’ils font, mais ils n’ont aucune idée de pourquoi ils le font. »

Pour lui, le problème provient d’une aspiration erronée. Les étudiants d’élite sont passionnés, mais leur seule passion est celle de la réussite. Il ajoute : « Grandir au sein d’une élite signifie au premier chef apprendre à se valoriser en fonction des critères de réussite qui jalonnent leur progression au sein de l’élite et vers ses sommets. Les notes, les résultats, les récompenses, voilà ce que l’on salue et ce que l’on apprécie chez vous. Vos parents vous encensent, vos enseignants sont fiers de vous, vos concurrents rament ». Il en résulte une forme de « crédentialisme », c’est-à-dire une croyance selon laquelle les diplômes assurent que les meilleurs candidats seront affectés aux meilleures places. La finalité de la vie devient ainsi rien moins que l’accumulation de médailles ou autres récompenses.

La pression familiale ne fait qu’aggraver le problème. « L’entrée des enfants dans un établissement prestigieux équivaut à décerner aux parents une mention Très Bien. Une forme de positionnement marketing de la famille dans son ensemble en quelque sorte », en déduit Deresiewicz.

Un  « excellent mouton » entre dans la banque ou le conseil

Deresiewicz précise que les étudiants des meilleures formations sont tellement accros à la reconnaissance sociale qu’ils en deviennent réticents à la prise de risque et donc à tout ce qui pourrait fragiliser leur statut d’élite. Et pour perpétuer ce statut, quoi de mieux qu’une carrière en banque ou dans le consulting ?

« Wall Street l’a parfaitement compris : les grandes écoles produisent en nombre des diplômés aussi intelligents que désemparés. Les jeunes disposent de grandes capacités mentales et d’une incroyable éthique de travail, et mais n’ont pas la moindre idée de leur futur métier », observe-t-il. C’est pratique, les banques d’investissement recherchent exactement les mêmes dispositions que les grandes écoles – intelligence, application, énergie, aptitude – et les critères clés dans le monde du travail sont très similaires : « analyse rigoureuse, intégration de formes d’information disparates, communication claire et efficace ».

Néanmoins, les étudiants d’élite qui s’orientent tels des zombies dans ces professions élitistes ne prennent pas le chemin de leur accomplissement personnel. Ils ne font en réalité que différer leur crise d’identité.

Quelques conseils aux étudiants d’élite désireux de choisir la bonne carrière

Comment les plus performants qui refusent la prise de risque peuvent-ils éviter la routine des élites ?  Deresiewicz propose quelques conseils pratiques :

1.     Optez pour une année de césure qui ne contribuera pas à enjoliver votre CV et ne vous donnera aucune raison de fanfaronner sur Facebook…  « Pourquoi ne pas prendre une coloc pourrie avec quelques potes et gagner votre vie avec un job à mi-temps ? »

2.     Faites un break pendant vos études.

3.     Faites un break après vos études.

4.     Donnez-vous le temps de réfléchir (en évitant le piège de l’excès inverse).

5.     Rappelez-vous que l’école n’est qu’un début.

6.     Passez du temps avec des gens qui n’ont pas fréquenté les grandes écoles et qui pourtant sont heureux et satisfaits de leur vie. Deresiewicz cite en exemple « Eunice », une ancienne étudiante de Yale entrée chez Morgan Stanley, puis partie pour un job quelconque à Shanghai. Elle a trouvé là-bas « un méli-mélo de gens…Beaucoup n’avaient pas fréquenté les meilleures écoles, mais ceux-là étaient bien plus heureux que ses anciens camarades de promo », souligne-t-il.

Il est intéressant de constater que les conseils de William Deresiewicz aux étudiants d’élite d’une vingtaine d’années diffèrent radicalement de ceux du Dr. Meg Jay,la psychologue clinicienne spécialiste de la santé mentale de cette même tranche d’âge. Pour elle, cette troisième décennie constitue un passage essentiel de la vie – pas question de se laisser vivre dans un taudis avec une bande d’individus qui se cherchent, c’est le moment de poser les fondations pour le long terme. « Ne soyez pas de ceux qui constatent désabusé : ‘j’ai presque trente ans et je n’ai rien fait de ma vie – mon CV de jeune diplômé était bien plus vendeur qu’il ne l’est aujourd’hui », dit-elle. Rien d’étonnant donc à ce que Goldman Sachs ait fait appel à elle, et non Deresiewicz, pour motiver ses jeunes banquiers.

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commentaires (7)

Comments
  1. Bonjour, je suis absolument d’accord avec le constat suivant (pour certains des étudiants en université d’élite) : “Ils sont bons dans ce qu’ils font, mais ils n’ont aucune idée de pourquoi ils le font. ”
    En revanche, je ne suis absolument pas d’accord avec l’affirmation suivante : “Deresiewicz précise que les étudiants des meilleures formations sont tellement accros à la reconnaissance sociale qu’ils en deviennent réticents à la prise de risque et donc à tout ce qui pourrait fragiliser leur statut d’élite. ”

    ABSOLUMENT PAS !!!!! J’ai été une bonne élève tout au long de mon parcours, et la reconnaissance sociale m’a peu importée jusqu’à présent. Je suis dans une bonne école sans que celle-ci soit excellente. Cela m’importe d’ailleurs assez peu. Par ailleurs, je suis dotée d’une curiosité me permettant de m’intéresser à de nombreux sujets, y compris des domaines plus ou moins intellectuels, comme l’art, le cinéma, la photographie, la danse, le sport, l’oenologie, la mode, et bien d’autres…

    Pourquoi je ne fais pas carrière dans ces disciplines ? Une seule explication selon moi : le marché de l’emploi !!!!
    Eh oui, avec un crédit de plusieurs dizaines de milliers d’euros, et la volonté un peu folle de vouloir quitter le nid familial avant mes 30 ans, me voilà plus ou moins résignée à aborder une carrière “plus sage”, “plus rangée” et effectivement plus averse au risque. Mais elle me permettra de démarrer ma vie professionnelle et personnelle un peu plus vite et plus confortablement.

    Enfin, le taux d’émigration des jeunes issus des écoles d’élite est en augmenation : ceux ci ne sont peut être pas si désemparés que ça. De plus, si la reconnaissance sociale importait autant, pourquoi partiraient ils dans un pays étranger, où les diplômes ont souvent moins de valeur (en dehors de LA meilleure école de France) et où tout reste à prouver. Si ça c’est pas faire preuve d’un peu d’audace, je ne sais pas ce que c’est….

  2. Est-ce mal? Je suis fière de mes amis qui viennent parfois de milieux “défavorisés” et travaillent maintenant en finance ou dans le conseil. En stage, ils gagnent parfois déjà plus que leurs parents et à la sortie d’école déjà 5x fois plus. Cela a un prix: l’équilibre personnel n’est pas souvent au RDV. Mais tout le monde sait que l’ont reste dans ces carrières quelques années seulement, le temps de gagner de l’argent (car c’est là l’intérêt principal) avant de se reconvertir dans d’autres entreprises à des postes qui recherchent le profil audit/conseil (profil bosse-dur). J’ai choisi le milieu des start-ups et du marketing qui me plaisait plus d’un point de vue équilibre intellectuel et équilibre personnel mais il n’y a pas de mal à vouloir faire un job élitiste/extrêmement bien payé/épuisant/abrutissant/qui permet de voir plein d’entreprises différentes/qui permet de se donner du temps pour savoir ce qu’on veut faire ou ne pas faire. Il y a également une forte demande dans ces secteurs où le turnover d’employés est très haut Contrairement aux universités, les écoles s’adaptent au marché de l’emploi pour crée des jeunes employés et non des chômeurs. Dans cette optique, elles influencent les carrières vers ce type de postes (mais il ne faut pas tout peindre en noir: les options alternatives existent: options “métiers de la culture”, option “innovation”, échange avec d’autres cursus (école d’igné, écoles de design, etc.; mais c’est vrai que ce n’est pas l’option ‘mainstream’). Ce qui est triste c’est que le job épanouissant (le job de rêve) est rare sur le marché de l’emploi…

  3. Article intéressant. Je ne l’aurais pas écrit comme ça – certains propos sont plutôt catégoriques, et des généralisations (ceci “Le système fabrique des étudiants intelligents, pétris de talents et déterminés, certes, mais aussi inquiets, timides et déboussolés, en manque de curiosité intellectuelle” me paraît incorrect pour la plupart des ‘étudiants d’élite’ que je connais, par exemple) – mais il y a de la vérité dans ces propos.
    Une fois sorti d’une ‘école d’élite’, les attentes de l’entourage et de l’environnement sont tellement fortes, qu’on ressent une pression de ‘réussite’, et cette réussite passe par faire un métier qui dans les standards, est également un métier élitiste. On ne veut pas laisser ‘tomber’ les autres, et on ne veut pas se laisser tomber soi-même. Mais les jeunes se rebellent de plus en plus, et réalisent peu à peu leur potentiel, qui va bien au delà des feuilles Excel et des présentations Power Point.

  4. @etudiante : “Je suis dans une bonne école sans que celle-ci soit excellente” : c’est tout simplement que cet article ne s’adresse pas à toi ;)

  5. @étudiante – c’est beau la jeunesse :) soyons clair, il y a remarquablement plus de jeunes “accros à la reconnaissance sociale” dans les grandes écoles qu’ailleurs (fac, IUT, BTS, …). C’est un phénomène observé depuis de nombreuses années. Le monde du travail s’y est acclimaté plus ou moins de bon gré. Il serait faux de croire que les banques d’investissement et les boîtes de conseil ont œuvré pour, toutefois ils vivent effectivement très bien avec. Tu n’es pas accro à la reconnaissance sociale et c’est heureux. Connais-tu assez profondément tes camarades pour répondre pour eux? Cela m’étonnerait car même eux ne s’en rendent peut-être (souvent) pas compte. D’autre part je (et l’article) parle bien de psyco pas de Facebook. Tout cela est souvent assez compliqué à décrypter et il est heureux que des chercheurs publient des résultats sur ces sujets .

    Pour ma part je suis passé par plusieurs écoles “d’élite” et j’ai eu l’occasion de vérifier ce dont parle cet article. La plupart (pour ne pas dire tous) de mes camarades avaient des objectifs très conventionnels axés sur la réussite sociale, ce qui ne les a jamais empêche d’aimer la vie bien au contraire. Tout le monde aspire plus ou moins à la réussite sociale, avoir un bon travail, beaucoup d’amis, de la reconnaissance. Le fait est que ces sentiments sont relativement exacerbés chez les étudiants de ces écoles. J’en profite pour lancer une interrogation qui me taraude depuis un moment : un certain nombre de polytechniciens (X) sont issus de grandes familles françaises où faire l’X est une tradition familliale. La pression sociale dans ces familles est souvent élevée. Où est le lien de causalité? Ils sont plus intelligent? Stimulés (harassés?) jusqu’à leur sur-performance? Ils sont tuyautés? :)

    Bref, après la lecture de ton post j’ai presque envie de dire que l’éclectisme de tes centres d’intérêt pourrait bien se révéler finalement une preuve de ton besoin de reconnaissance sociale haha. Sans rire les étudiants sortant de grandes écoles, s’ils ont cette tendance +/- consciente au besoin de reconnaissance social, n’en vivent pas nécessairement moins bien pour autant. Ils ont souvent des vies belles et bien remplies avec des passions artistiques, sportives, intellectuelles et charnelles multiples. L’inconscient ne contrôle pas ta vie, en tant que mélange d’inné et d’acquis il t’aiguille un peu sur ce que tu aimes ou pas, ce qui te fait peur etc. Il fait partie de toi et c’est un truc assez cool en fait, ça me fait penser à un super bouquin que j’ai lu il y a peu de temps “Blink, the power of thinking without thinking”.

    Bon je digresse un peu là mais tout ça pour dire que c’est un super article, un peu caricatural parfois mais très intéressant.

  6. Article juste sur la partie “ils ne savent pas pourquoi ils font ce qu’ils font”.

    Mais à mon sens cet article échoue à comprendre le sens plus large des choses. Quand on sort des études, la concurrence est rude pour les quelques places en entreprise qui assurent un revenu annuel correct. Le choix est donc vite fait : ou bien s’arroger une place en banque/conseil/etc, ou bien ne jamais se sortir d’une classe moyenne qui meurt petit à petit de surcroît. En gros, nous avons soit le choix de nous payer nos rêves et nos ambitions, soit celui d’un petit boulot minable.

    La passion c’est important, mais ce qu’il faut apprendre c’est d’arriver à la créer au sein de son travail, pas de chercher l’Eldorado qui nous récompensera professionnellement ET personnellement. Et il n’y a pas que le travail qui rend heureux.

    A titre personnel, avec 30K d’emprunt pour payer mes études, je n’ai pas le loisir de ne pas me trouver un métier décent qui me permettra dans m’installer dans la vie pour les 5 à 10 à venir. Les “connards” qui t’expliquent qu’il faut voyager/flaner/réfléchir après les études sont ceux dont les parents sont déjà suffisamment riches (c-a-d : qui font des métiers en banque/conseil) et qui peuvent se payer le luxe de perdre du temps.

    La vie passe vite, et ceux qui ne saisissent pas les opportunités d’aujourd’hui se dévaluent pour demain.
    Au lieu de prôner une recherche enfantine d’un lieu de travail paradisiaque, pourquoi ne pas plaider pour une meilleure éthique pendant les études, où une vraie recherche de soi serait mise en avant ?

  7. Je ne suis pas du tout d’accord avec la phrase suivante, laissee dans un commentaire precedent:

    “Les ‘connards’ qui t’expliquent qu’il faut voyager/flaner/réfléchir après les études sont ceux dont les parents sont déjà suffisamment riches (c-a-d : qui font des métiers en banque/conseil) et qui peuvent se payer le luxe de perdre du temps.”

    –> Perso mes parents ne sont pas en banque/finance ni aucun metier d’elite et pourtant je n’ai pas fait d’emprunt (je/nous nous sommes debrouilles autrement), et j’ai voyage, mais pas pour flaner, loin de la. Pour acquerir des competences et m’ouvrir a de nouvelles opportunites/possibilites. Pour apprendre a etre capable d’avoir de grandes capacites d’adaptation egalement, ainsi que pour developper mon niveau en anglais (first goal)…

    –> D’autre part, une amie a moi a fait un emprunt de 30K pour se payer integralement ses etudes en ecole superieure, et elle a voyage en Inde ainsi qu’en Chine, ou elle a ete etudiante dans un campus a Hong Kong.

    Donc veritablement, il faut simplement se donner les moyens de reussir. Et si on veut obtenir qq chose, il faut le vouloir. Ensuite, un peu de chance entre en jeu mais ce qui fait la difference est la motivation.

    Cdt,
    P.L.

    Ps: pas besoin d’insulter les personnes qui travaillent dans le monde de l’economie. (cf. “les connards”)…

    Bonne continuation and good luck…! :)

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