☰ Menu eFinancialCareers

Comment Wall Street chouchoute ses juniors

carrot-stick

Les banques américaines sont aux petits soins avec leurs juniors. Affaibli par la crise, les plans sociaux et les scandales, voilà un peu plus d’un an que Wall Street déploie toutes sortes de stratégies pour ne pas voir filer ses talents vers la Silicon Valley, les firmes de private equity ou encore les hedge funds.

Il y a eu d’abord la volonté affichée de lutter contre l’ « extreme hours culture » ou ses 90 heures de travail hebdomadaire (en moyenne). Le « no work on Saturday » lancé par Goldman Sachs il y a presque un an a fait des émules. Les mesures similaires adoptées par les autres grandes banques d’investissement anglo-saxonnes ne sont pas étrangères à la déflagration médiatique causée par la mort d’un stagiaire à Londres en août dernier. Et surprise – loin d’être de simples mesures d’affichage, ces politiques pourraient se révéler plus efficaces que l’on aurait pu l’imaginer, selon les premiers éléments d’une nouvelle étude du site américain Vault.com, à paraître le 3 septembre.

Des hausses de 20 à 25% des fixes

Cette prise de conscience voire ce début de changement de mentalité n’empêchent pas les juniors en M&A ou corporate finance d’enchaîner les 70 / 80 heures dans la semaine. Alors, les firmes de Wall Street sont passées cet été à la vitesse supérieure et ont décidé d’ouvrir leur tiroir-caisse. Cela a commencé avec Morgan Stanley. Fin juillet, Bloomberg évoquait une hausse jusqu’à 25% des salaires de ses associates et de ses vice presidents (mais pas de ses analystes) travaillant dans les activités de banque d’investissement et de marchés.

Goldman Sachs aurait fait de même, selon le New York Post. Une augmentation de plus de 20% des fixes aurait été accordée pour 2015 aux banquiers juniors, cette fois dans toutes les divisions de l’établissement. Les analystes en première année empocheront 85k dollars de fixe. Ce qui pourrait porter la rémunération globale de ces derniers à 140k$, selon les estimations du cabinet Johnson Associates. Pas mal pour un junior diplômé deux ans plus tôt. Bank of America, Citi et JP Morgan auraient également revalorisé de 20 à 25% les salaires de leurs employés juniors, selon la presse américaine.

Des banques européennes plus timides

Du côté des banques européennes, l’attentisme prévaut. Deutsche Bank et Credit Suisse sont en train d’évaluer la situation de leurs analystes et associates mais ne s’engagent à rien. UBS ne prendra probablement pas de décision en ce sens, ayant déjà revu sa grille de salaire pour ses juniors l’an passé. Barclays en revanche s’est montrée prête à payer ses juniors au « nouveau » prix du marché américain, le flou demeure encore sur l’application de cette mesure à ses employés européens. SocGen n’a pas souhaité commenter à ce stade, tandis que BNP Paribas n’était pas disponible à cette heure pour répondre à nos questions.

Les employés des banques américaines en Europe seront probablement les plus vite servis. Bank of America et Morgan Stanley se sont déjà engagées à appliquer la hausse des salaires fixes de leurs employés juniors à travers le monde. JP Morgan n’a pas encore confirmé, mais devrait suivre cette tendance. Les employés européens se seraient plaints de problème de « cash flow » en raison des contraintes de différés s’appliquant désormais à leur bonus en Europe. Aussi la hausse des fixes ne devrait pas se traduire par une augmentation de la rémunération globale, mais devrait être compensé par une baisse des bonus, selon le Wall Street Journal.

Des bonus en hausse, pour les plus méritants

Des sources du New York Post, s’exprimant au sujet des employés juniors aux Etats-Unis cette fois, évoquent plutôt un gel des bonus l’an prochain. En attendant, des analystes ont confié au New York Times que leur bonus perçu ce mois-ci était plus élevé que ce à quoi ils s’attendaient sur la base des montants distribués les années précédentes.

En réalité, en matière de fixe comme de bonus, les augmentations concernent avant tout les meilleurs éléments que les banques ne veulent pas voir partir à la concurrence. Selon le cabinet de chasse Glocap, seuls les « top performers » ont connu une hausse de leur bonus cette année de l’ordre de 10% pour atteindre 65-75k $, somme à ajouter au 70k $ de fixe (voir tableau ci-dessous). Reste que la concurrence est rude, notamment de la part des hedge funds qui payent leurs jeunes recrues fraîchement diplômées 100 à 125k $ de fixe, sans même parler du variable.

La carotte et… le bâton

Du coup, les banques n’hésitent plus désormais à accélérer la promotion des plus méritants, faisant passer en troisième année un analyste dès la fin de sa première année ou encore en proposant le grade d’associés en avance sur le timing habituel.

Mais la technique de la carotte n’interdit pas le recours au bâton. Selon Glocap, les grandes banques d’investissement usent de plus en plus la menace de renvoi auprès de leurs juniors si elles viennent à apprendre que ces derniers passent des entretiens avec des établissements rivaux, des fonds de private equity ou des hedge funds. Les chouchous de Wall Street n’ont qu’à bien se tenir…

Glocap figures

Source : Glocap.

Cet article a été réalisé avec la collaboration de Beecher Tuttle à New York et Paul Clarke à Londres.

LIRE AUSSI

Comment les banques ciblent les talents de la fintech

Rémunération : des écarts étonnants entre les établissements bancaires à Paris

À Londres, qui payent le mieux : les banques américaines, japonaises ou allemandes ?

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici