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OPINION : Les banquiers en M&A ne méritent pas leur salaire !

William D. Cohan*, ancien managing director chez JPMorgan Chase & Co, aujourd’hui chez Lazard Frères, explique pourquoi les professionnels des fusions-acquisitions ne méritent pas de s’asseoir sur leur montagne de dollars…

Fin mars 2007, l’info tombe : le volume global des opérations de M&A annoncées sur les trois premiers mois de l’année a atteint 1,1 trillion de dollars, un record pour un premier trimestre. Les banquiers d’affaires qui ont travaillé sur ces opérations sont aux anges. Ils vont, avec leur établissement, ramasser et se partager quelques 5 milliards de dollars de commissions.

Mais alors que ces derniers s’apprêtent, une fois de plus, à essayer leur nouvelle Ferrari 612 Scagliettis ou encore Bentley Continental GTs, il est plus opportun que jamais de se demander pourquoi ces professionnels sont-ils aussi bien payés ? Que peuvent-ils donc bien faire qui justifie des salaires de plusieurs millions de dollars ?

Pas de sueur mais beaucoup d’argent

A la différence des investisseurs, des entrepreneurs et autres nababs du capital investissement et des fonds spéculatifs, les banquiers d’affaires ne prennent aucun risque financier – zéro ! – en échange de leur rémunération excessive.

Pour ceux qui l’ignorent, les banquiers en M&A fournissent des conseils spécialisés à leurs clients sur les fusions, les acquisitions et les désinvestissements. Ces missions peuvent être conclues avec succès en l’espace d’une semaine pour une fusion de deux sociétés cotées. Plus souvent, ces opérations prennent des mois, voire des années, avant d’aboutir.

Il existe une autre catégorie de banquiers d’affaires – le banquier coverage – qui possède des compétences moins pointues que les banquiers en M&A. Il est en charge des relations globales avec le client et, dans ce cadre, responsable de la mobilisation des ressources de la banque et de tous ses produits (dette et souscription d’actions, recherche, gestion de fortune, clearing). Le banquier coverage a également la lourde tâche d’accompagner ses clients au Super Bowl, Final Four et autres Master’s, ses commissions n’étant perçues qu’une fois l’opération terminée. Des tâches pas toujours épanouissantes…

Il est vrai que pour ces professionnels, les heures sont longues, les voyages éprouvants et ingrats, sans parler de la promotion interne qui est darwinienne et souvent insignifiante. Le vieil adage qui circule selon lequel Vous ne connaîtrez pas vos enfants, mais vous connaîtrez très bien vos petits-enfants est malheureusement proche de la réalité.

Les rémunérations excessives finissent toutefois par gommer tous ces désagréments : les managing directors des meilleures banques de Wall Street touchent chaque année plusieurs millions de dollars, les meilleurs d’entre eux pouvant facilement dépasser la barre des 10 millions, surtout lorsque les marchés sont porteurs. En guise de comparaison, les avocats de Wall Street sont payés 750 dollars de l’heure.

N’en déplaise à Adam Smith…

Une chose est sûre : ces énormes commissions ne sont pas basées sur les règles de libre concurrence, pas plus que le prix du litre d’essence ne repose sur la loi de l’offre et de la demande.

Tout comme l’OPEP, les prix des services en M&A sont fixés par un cartel regroupant les quinze premières banques de Wall Street, les mêmes d’une année sur l’autre. Celles-ci utilisent une grille uniforme d’honoraires , où chaque commission équivaut à un pourcentage qui fluctue en fonction de la taille de l’opération : plus celle-ci est importante, plus le pourcentage est faible. Pour les augmentations de capital, la fixation du montant des commissions est encore plus rigide : 7% pour une introduction en Bourse et 3% pour une émission d’obligations à haut rendement. Si les pourcentages sont faibles, les montants réels des commissions sont énormes.

Contrairement à l’OPEP, les banques de Wall Street ne se réunissent pas formellement pour s’entendre sur les prix. Elles sont bien trop rusées pour commettre un délit aussi flagrant. Par contre, il existe une forme plus subtile de connivence, pointés du doigt par leurs concurrents. C’est un secret de polichinelle : pour les plus grandes banques, le mot d’ordre est de ne pas faire de vagues. Exit, par exemple, les réductions de prix. Bien que cela se produise de temps en temps…

Néanmoins, il faut être deux pour danser le tango : les dirigeants d’entreprises sont les premiers à accepter de payer des commissions astronomiques aux banquiers d’affaires. En partie à cause du cartel mais également parce que les présidents de conseil d’administration considèrent que les conseils qu’ils obtiennent des banquiers sont pour eux la meilleure assurance, au cas où les choses tourneraient mal. Les commissions versées s’apparentent donc à une prime d’assurance.

L’heure du changement est arrivée

Les banquiers d’affaires enclins à plus de modération pourraient tenter de mettre un peu d’ordre dans la tarification. Mais il faut regarder choses en face : les banques de Wall Street n’ont jamais été très douées pour se remettre en cause.

En conséquence, le temps est venu pour les dirigeants d’entreprise, de conseil d’administration et autres actionnaires de démanteler le cartel des commissions des banquiers d’affaires. D’arrêter de dépenser des millions pour des services qui valent bien moins. Et cela n’est pas utopique : il suffit de constater combien les commissions bancaires peuvent chuter quand les banques de Wall Street doivent elles-mêmes mettre la main au portefeuille. Prenez donc modèle sur Lazard qui, pour sa propre introduction en Bourse en mai 2005, a payé des commissions bien en dessous du marché : 5% au lieu de 7%, ce qui lui a permis d’économiser quelques 17 millions de dollars. Autre exemple : les commissions que Blackstone s’apprête à payer aux banques de Wall Street pour son introduction en Bourse anticipée sont si faibles qu’un banquier impliqué dans l’opération n’hésite pas à parler de charité . Tout ce dont il faut, c’est donc un peu de courage…

* William D. Cohan est l’auteur de The Last Tycoons: The Secret History of Lazard Frères & Co.

commentaires (12)

Comments
  1. Merci Monsieur Cohan pour votre apport si pertinent.
    Si vos déclarations sont tout à fait fondées, je déplore vraiment qu’elles soient faites après que votre propre personne se soit elle-même enrichie allègrement. Il aurait été beaucoup plus honnête de votre part de la faire lorsque vous êtiez encore concerné. Je pense d’ailleurs que vos rapports avec vos anciens collègues de chez JP ne doivent pas être au beau fixe.
    Ayant fait mes premiers pas en M&A, et m’étant orienté par la suite vers le Fixed Income, j’ai encore beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi les banquiers en conseil arrivent à décrocher des bonus aussi importants, mais surtout qu’est ce qui justifie une telle différence de salaire avec leurs collègues de Marché (DCM, ECM, Sales, Trading, etc.) ?<p<
    Dans tous les cas, ce débat n'est pas nouveau, et il fera couler encore beaucoup d'encre. Mais soyez honnête au moins une fois, évoquez aussi les points noirs au sein des banques mêmes… Je pense que la pression, les risques, l'hypocrisie, l'agressivité morale, etc. ne sont plus des tabous, et ont droit à la même place dans le débat que les salaires.

  2. On n’est jamais payé assez pour ne pas connaître ses enfants. Il est normal qu’au-delà d’horaires normaux, les rémunérations augmentent en exponentielle car chaque heure passée en plus représente un sacrifice d’autant plus important.

  3. Tous les métiers financiers sont trop payés par rapport à l’apport réel qui est fait dans la société. Les seuls qui devraient être les mieux payés, ce sont les entrepreneurs, les chefs d’entreprise, ceux qui gèrent au quotidien, qui tentent d’innover…

    Comme l’a dit Mr Cohan, les banquiers d’affaire ne font que du conseil: 0 risque, ils n’ont que faire si après la fusion/cession ou je ne sais quoi donne un résultat positif. Et les traders, ils n’ont pas la belle vie..à jouer sur la tête des sociétés!

    Aujourd’hui, bcp d’HEC veulent faire du M&A, bcp d’X être trader ou quant. Or au aurait bien besoin d’avoir nos meilleurs cerveaux au sein des sociétés…

    Maintenant c’est mon point de vue, j’espere avoir des réactions, des gens qui me prouvent que je me trompe..@ dopu

  4. Nul besoin de travailler en M&A pour faire des horaires à plus de 60h par semaine et sans avoir le salaire d’un banquier M&A. Alain réveillez vous…..

  5. Je partage tellement votre avis concernant l’entrepreunariat.
    De mon point de vue, si beaucoup de métiers de la finance sont stimulants et enrichissants, dans une certaine mesure, ils ne laissent que l’ambition financière s’imposer.

    L’épanouissement personnel ne compte que très peu. Et je peux pourtant vous assurer que ce ne sont pas les talents qui manquent en Banque d’Investissement ou sur les Trading Floors. Et les banques l’ont très bien compris en y mettant le paquet.

    Quant-à l’entrepreunariat, je suis toujours choqué de voir qu’il ne représente qu’une part minime à la sortie des grandes écoles telles que HEC/ESSEC/ESCP/EM LYON/EDHEC ou d’ingénieurs.
    Je crois aussi que le contexte en France y a joué pour beaucoup.

    Mais si plus de jeunes talents s’investissaient dans des sociétés françaises, je pense que notre paysage économique serait tout autre…

    Quant à ton commentaire, Alain, je ne peux que te conseiller de passer quelques années en M&A pour comprendre que rien ni l’argent ne remplace le temps perdu et une vie sociale épanouissante! Finis tes études…

  6. J’aimerais répondre en 2 temps à toutes ces attaques et suggestions :
    – La finance comme tout le monde le sait est un milieu très cyclique, notamment les fusions-acquisitions qui ont connu une chute vertigineuse dans les années 2000. C’est donc un domaine risqué de s’y aventurer vu que les cycles sont de courtes durées. D’autre part, en finance seul le risque est rémunérateur, il faut donc inciter les personnes à se lancer dans ces domaines cycliques.
    – Je suis un jeune diplomé d’une grande université et non d’une de ces écoles de commerce qui ne sont à mon sens que de l’assistanat pour des pseudo-talents aux parents fortunés. Se lancer dans l’entrepreunariat en étant jeune diplomé serait de l’inconscience. Je m’explique :
    – L’entrepreneur est visionnaire et possède un savoir-faire
    – L’entrepreneur dispose d’un réseau de contacts de confiance
    – L’entrepreneur dispose d’un patrimoine minimum pour apporter des garanties aux créanciers concernant son projet
    D’autre part il ne faut pas vouer corps et âmes aux entrepreneurs, qui réussissent à gérer leur société que grâce à une main invisible et un marché qui leur est ponctuellement favorable …

  7. L’entreprenariat n’est sans doute pas très présent à la sortie des grandes écoles, mais il ne faut pas généraliser! De nombreux étudiants de la majeure Entrepreneur (HEC) par exemple se lancent dès la sortie, et ils sont encore plus nombreux à avoir fait ce choix si on les retrouve 5 ans après leur diplome, quand ils ont (enfin!!!) pu rembourser leur prêt étudiant après quelques années dans une fonction jeune cadre…

    Et alors là je t’arrête tout de suite, les grandes écoles d’ingé, et de commerce, ont leur lots de “fils de” mais la majorité des étudiants qui y sont rentrés ont sué pendant deux ans en prépa, et n’ont pas un rond de patrimoine…
    A bon entendeur !

  8. Messieurs,
    Quel est vraiment le problème ? En effet, si ces entreprises en errements de fusion/acquisition sont prêtes à s’acquitter de commissions de cette portée, c’est fondamentalement qu’elles y trouvent leurs satisfactions.
    Quant au personnel rémunéré gracieusement, il me semble que tout travail se paie à sa juste valeur et qu’en conséquence les salaires correspondent aux services et sacrifices rendus… Quel est le salaire d’un père ne voyant pas grandir ses enfants ? Donc comment pouvez vous affirmer que ces personnes sont surpayées??

  9. Le M and A devient interessant a partir du haut niveau, lorque l’on devient associate ou VP. Avant , on n’est que l’esclave d une structure ultrapyramidale, et ce pendant 17h par jour 7 jours sur 7. On perd amis et famille pendant 6 ans, et quand on entend que l’on est largement mieux payés qu’en marche, je souris doucement…
    Car un bon sales ou un bon trader n’a absolument rien a envier a un associate de M and A…Si ce n est peut etre de ne pas avoir passe tous ses week ends au bureau…

  10. avocat a wall street payé 750 $/heure ???

    on peut savoir de quels cabinets il s’agit, parce que j’ai beau réfléchir , tous les grands cabinets que je connaisse, ne sont pas sur wall street

    lwrk ,cleary, clifford, skadden…. aucun n’est sur wall street, mais c’est étrange mais dire 750$/heure, ça me semble énorme quand on sait que la légende vivante du M&a, marty liption facture 550 $ /heure, je pense pas que les avocats de wall street factureraient plus….

    wis M&A-hostil takeovers lawyer Répondre
     
  11. And so what??

    Mr Cohan parle habilement en comparant un salaire horaire avec un salaire annuel… mais avec un calcul sommaire à 60h/sem. (assez peu pour un avocat d’affaire), ca laisse quand entre 2.5 et 3m$ aux pauvres avocats de Wall Street., alors que les banquiers à 10m$ sont légions (tout au plus une trentaine de banquiers sur terre dépasse ces rému.)

    De deux, les banquiers font un métier d’argent…si Mr Cohan avait travaillé dans une vraie Banque d’Affaires, il se serait aperçu que les “juniors” en ECM ou en M&A triment pour des salaires bien inférieur à ceux leurs collegues de salle de marché (qui travaille de 8hà 19h pour “juste” vendre des titres…) alors que l’avocat de WS à 750$ obtient ces salaires dés le début de sa carrière…le junior ECM ou M&A attend souvent des années des salaires à la mesure de ces compétences en finance, strat., droit, fisca…

    Qu’en est-il réellement… Vive la finance et son indécence… c’est ce qui motive tout le monde n’est-ce pas…

    De plus, il vaut mieux éviter de faire l’amalgame entre Bill Cohan (dont on ne comprend pas toujours l’argumentaire) et William Cohan (auteur du livre) qui avait des raisons personnels pour écrire son li

  12. À mon avis travailler dans ce genre de métiers, résulte d’un choix personel. On a donc peser le POUR et le CONTRE de la situation.
    Donc ceux qui travaille dans le domaine de la fusion et acquisition, ou autre métiers de la finance, font peut etre ça pour de l’argent ou parce qu’ils aiment.
    À entendre parler on a l’impression que c’est une obligation et un fardeau. Laissez moi vous rappeller que c’est un choix

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