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« À 40 ans, retraité de la banque depuis 3 ans, je n’aurais pas imaginé meilleure vie ! »

chaise longue

Un an de break avant de redémarrer une nouvelle carrière

Que faut-il faire pour réaliser la parfaite courbe de carrière en banque – commencer à 20 ans pour en sortir à 40 ? Et est-ce seulement encore possible ? Nous avons parlé à Adam Knight, qui a réussi ce petit exploit.

Après des études à Cambridge terminées en 1996, le jeune diplômé rejoint Goldman Sachs comme trader sur matières premières. Il passe, plus tard, six ans au poste de managing director (MD), toujours dans les commodities chez Goldman Sachs, avant de devenir responsable mondial de l’activité commodities au Credit Suisse, poste qu’il a occupé 4 ans. Il quitte La City en 2011 et est maintenant un business angel, qui travaille de la maison, fait les sorties d’école, et se construit une carrière sur-mesure faite d’investissements stimulants, bienfaiteurs, et intelligents. Histoire d’une reconversion professionnelle d’un ancien trader, réussie. Si vous voulez faire comme Adam, voilà ce que vous devez savoir …

Qu’est-ce qui vous a décidé à opter pour un changement de carrière en dehors de la banque ?

C’était surtout une question d’opportunité. La décision n’était pas préméditée. L’activité que j’avais développée reposait sur un partenariat entre Glencore et Credit Suisse, cette joint-venture a été dissoute pour être transférée au Credit Suisse. Ces circonstances m’ont donné la possibilité de quitter la banque, ce que j’ai fait.

Vous arrive-t-il encore d’investir sur les marchés ?

Non.

Est-ce que cela vous manque ?

Non.

Cela vous surprend-t-il ?

J’ai adoré le trading et j’ai eu la chance de travailler avec des personnes intéressantes dans des établissements reconnus. À cette époque, le trading correspondait à mon style de vie, mais je n’ai désormais aucune envie de me réveiller la nuit en pensant à mes positions et leurs évolutions sur les marchés. Par ailleurs, mon travail de business angel me permet de continuer à avoir des défis intellectuels, mais sans le rythme 24h/24h que vous impose le trading.

Avant de décider de quitter le secteur bancaire, j’avais de toute façon déjà commencé à évoluer progressivement à distance du trading. J’ai d’abord été trader, puis j’ai managé des traders avant de devenir un manager sans responsabilités directes avec le trading.

Après avoir quitté le secteur bancaire, vous avez créé Social and Sustainable Capital (SSC). Avez-vous ressenti le besoin de donner quelque chose en retour ?

J’ai été un professionnel très chanceux dans le secteur bancaire. J’ai eu une belle carrière et j’ai surfé sur la vague des marchés financiers à un moment où c’était lucratif pour les professionnels du trading. Mais j’ai aussi vu comment les mauvaises décisions prises sur les marchés par certains à la veille de la crise financière, et comment cela a nui à la réputation des services financiers et des marchés. Quand je suis parti, je voulais montrer que le capitalisme et les marchés pouvaient constituer une puissante force pour générer des retombées sociales bénéfiques s’ils étaient correctement utilisés.

Donc, SSC a été créé avec un but politique et intellectuel ?

Un but politique, non, mais avec un but intellectuel, certainement. Nous voulions montrer que les marchés peuvent aider à résoudre certains des problèmes auxquels sont confrontées actuellement les organisations caritatives. En les aidant sur cet aspect, ces organismes pouvaient alors à nouveau concentrer les ressources sur les problèmes les plus insolubles, c’est-à-dire ne pouvant pas relever du business model classique. Pour moi, cette aventure entrepreneuriale était aussi une manière de faire du business de manière pragmatique, de la manière la plus durable possible pour résoudre certains des grands problèmes sociaux de notre temps.

Aviez-vous clairement en tête l’investissement durable comme une option pour une reconversion professionnelle ?

Non, j’ai pris environ un an de break, ce qui m’a permis de passer du temps avec ma famille. J’ai fait pendant cette période du bénévolat pour des associations et j’ai réalisé que je ne pouvais pas les aider tant que ça. Après une carrière dans le trading, je n’avais pas vraiment les compétences recherchées par ces organisations. En même temps, je n’avais pas envie de reprendre tout à zéro mais plutôt d’utiliser de manière positive les compétences financières que j’avais pu développer au cours de ma carrière en banque. C’est ainsi que j’ai découvert l’Impact Investing. Cela m’a permis de garder la stimulation intellectuelle liée aux choix d’investissements, le tout en récoltant les bénéfices pas seulement pour moi et ma famille mais aussi pour les autres.

Comment voyez-vous CSC à long terme ?

En fin de compte, nous aimerions offrir des rendements à deux niveaux – un retour financier et des retombées sociales. L’objectif est d’attirer plus d’investisseurs vers ce secteur et aider l’investissement social à devenir une classe d’actifs plus établie et ainsi permettre aux entreprises sociales de gagner en puissance et d’offrir tout leur potentiel. Pour le moment nous sommes en train de réaliser notre premier investissement et une première banque nous a suivis pour fournir de la dette aux fonds (cela sera bientôt officiellement annoncé).

J’imagine que beaucoup d’autres banquiers voudraient faire ce que vous faites aujourd’hui. Que leur conseilleriez-vous ?

J’ai été très chanceux. J’ai touché le jackpot très jeune – j’avais 37 ans quand j’ai quitté l’industrie en 2011 et maintenant j’en ai 40. Il est beaucoup plus difficile de faire de l’argent dans le secteur bancaire aujourd’hui que ce ne l’a été à mon époque. C’est devenu une industrie presque comme les autres – et c’est probablement une bonne chose. Les gens qui ont travaillé dans le secteur bancaire avant la crise se plaignent que les choses ne sont pas faciles, mais si vous arrivez aujourd’hui dans le secteur, les opportunités de carrière sont encore énormes – en particulier en comparaison avec beaucoup d’autres secteurs. Vous êtes à la pointe de l’économie mondiale et vous travaillez avec des personnes et des entreprises intéressantes et talentueuses.

Vous avez aussi investi dans Coinfloor, pouvez-vous nous en dire un mot ?

Coinfloor est un lieu d’échange Bitcoin. Je pense que les monnaies numériques et les crypto-monnaies offrent de fascinantes opportunités. Je ne voulais pas simplement acheter des Bitcoins mais être impliqué dans le développement de la monnaie. Coinfloor présente un très bon modèle, avec un accent fort porté à la sécurité et à la conformité, ce qui est important si vous essayez de construire une nouvelle méthode de paiement de masse, utilisé en particulier aujourd’hui par les startups.

Où vous voyez-vous dans 5 ans ?

J’essaye de construire une “carrière portfolio” avec une entreprise active, de l’investissement social et des responsabilités dans des organisations de bienfaisance. En plus de Social and Sustainable Capital, je suis administrateur chez Roundhouse et je siège aux conseils d’administration de quelques sociétés dans lesquelles j’ai investi. Tout cela me donne un bon équilibre entre l’utilisation de mes compétences existantes et le fait d’apprendre sur de nouveaux secteurs et de nouveaux business modèles.

C’est très enrichissant. Je ne m’ennuie pas, mais je réussis tout de même à garder de la flexibilité dans mon emploi du temps. J’emmène mes enfants à l’école la plupart du temps, puis je me remets à travailler à la maison et j’essaye de les récupérer à nouveau à la sortie de l’école aussi souvent que possible. Si j’avais pu concevoir ma vie idéale, c’est comme ça que je l’aurais imaginée. En cela, je me sens très privilégié.

Quels conseils donneriez-vous aux banquiers qui s’intéressent aux business angels ?

Il existe de très bons réseaux de business angels, notamment à Londres. Il faut également savoir que les compétences requises sont très différentes de celles que l’on utilise lorsque l’on investit sur les marchés. D’ailleurs, je ne me lance pas dans des investissements à moins de connaître quelqu’un qui y est déjà impliqué. Je préfère m’appuyer sur des personnes qui sont meilleures que moi pour juger de la pertinence d’un investissement, autrement dit des spécialistes du venture capital comme Passion Capital et Dawn Capital par exemple.

Tenir le rôle de business angel n’est pas un moyen à court terme de compléter vos revenus – c’est une stratégie d’investissement et un accompagnement à long terme. Je n’ai pas encore bénéficié de sorties de participation. Tout semble pour le moment bien se passer, mais seul le temps nous dira si j’ai raison…


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