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Rémunération : des écarts étonnants entre les établissements bancaires à Paris

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Malgré l’impact de la crise et les nouvelles contraintes réglementaires, les rémunérations en banque d’investissement demeurent attractives et compétitives par rapport à l’industrie, le conseil et dans une moindre mesure les entreprises stars de l’Internet. Enfin, tout dépend de quelle banque vous emploie.

Au-delà de la « big picture », d’énormes écarts de rémunération existent à poste équivalent. On connaît les différences entre le marché parisien et celui de La City. En revanche, le flou règne souvent sur les variations de rémunération au sein même de la place parisienne. Or celles-ci se révèlent particulièrement impressionnantes en banque d’affaires et en finance de marchés. C’est en tout cas le constat d’une recherche comparative* menée en exclusivité pour eFinancialCareers.fr par le site Internet Emolument.com, spécialiste des rémunérations dans l’industrie financière.

Selon cette étude, les banquiers en front-office employés à Paris par des banques de Tier 1 (BofA ML, Citi, CS, DB, GS, JP, MS, UBS) sont en moyenne rémunérés 70% de plus que leurs confrères des autres banques de la place, au premier rang desquels les établissements français. Les écarts de traitement les plus marqués s’observent au niveau du middle management (respectivement 79% et 77 d’écart pour les VP et les directeurs selon la catégorie d’établissement), alors que les différences sont moins importantes chez les juniors (66% pour les associates) et surtout chez les plus seniors (59% chez les MD).

RÉMUNÉRATION DES BANQUIERS FRONT OFFICE À PARIS :

RÉMUNÉRATION DES BANQUIERS FRONT OFFICE À PARIS

C’est en matière de bonus que les variations sont les plus prégnantes – quasiment du simple au double – alors que le différentiel salarial, tout niveau de séniorité confondu, est de 50% en moyenne entre d’une part les grandes banques américaines et les leaders européens (CS, DB, UBS) et d’autre part les banques de Tier 2 et Tier 3 (incluant les BFI françaises et les autres établissements étrangers).

Naturellement, ce « gap » salarial existe ailleurs sur d’autres places financières, mais peut-être pas de manière aussi marquée. La City, par exemple, s’illustre par un petit différentiel salarial de 6% seulement sur les fixes entre les institutions de premier rang et les autres, et de 37% sur les bonus.

Les données d’Emolument montrent que les écarts de rémunération sont au final moins importants entre Paris et Londres qu’entre les leaders bancaires étrangers installés à Paris et les employeurs français.

RÉMUNÉRATION DES BANQUIERS FRONT OFFICE À LONDRES :

emolument-Londres

Pourquoi la place parisienne est-elle plus inégalitaire en matière de rémunération qu’un marché de l’emploi comme La City ? Il faut certes prendre avec précaution les données françaises qui reposent sur un échantillon plus petit que celles collectées par Emolument à Londres, et qui intègrent des profils de postes différents potentiellement à moins forte valeur ajoutée qu’à La City du fait de la nature des emplois parisiens. Néanmoins, quelques explications s’imposent.

Les banques internationales leaders adoptent en règle générale une grille de salaires relativement universel, et prennent peu en considération les différences du coût de la vie des employés qu’ils soient à New York, Londres ou Paris, explique-t-on chez Emolument. A contrario, les établissements de Tier 2 et de Tier 3, avec un focus souvent plus régional, vont davantage indexer les salaires sur le niveau de vie, plus élevé à Londres qu’à Paris.

Towers Watson à Paris confirme qu’il peut y avoir « une forme de lissage des rémunérations au sein des grandes banques étrangères, en l’occurrence au profit des collaborateurs de Paris, même si – en net – ces derniers sont perdants en raison de la fiscalité ».

À Paris, le nivellement par le bas

Ces écarts de rémunération ne sont pas propres au secteur bancaire, rappelle Philippe Perriot, consultant en rémunération chez Towers Watson. « Un employé d’une filiale étrangère à Paris, quel que soit le secteur, est souvent mieux rémunéré qu’un confrère employé d’une entreprise française. Et puis, historiquement, les banques anglo-saxonnes se sont montrés généralement plus “agressives” que leurs concurrentes françaises pour attirer les talents », explique ce spécialiste du secteur financier.

Alice Leguay, chargée du développement commercial chez Emolument, et ancienne vendeuse chez Morgan Stanley, va plus loin dans l’explication historique et culturelle : « à Paris, s’exerce une sorte de nivellement par le bas car la vaste majorité des banques sont des établissements Tier 2 et Tier 3. Le petit peloton de têtes formé par les quelques banques étrangères vit à part, avec d’autres règles. Ces deux mondes sont clairement segmentés, peu poreux. À l’inverse, à Londres, le nivellement se fait davantage vers le haut du fait notamment que nombre d’institutions étrangères ont leur siège européen à Londres ».

D’ailleurs, une autre étude d’Emolument avait récemment montré que Londres s’affichait clairement comme un marché de hauts revenus (avec une rémunération moyenne bien plus élevée que la médiane) alors qu’à New York et à Paris les plus hautes rémunérations ne sont le lot que de seulement quelques chanceux (schéma statistique inverse).

Les établissements français ont d’autres arguments

Faut-il pour autant délaisser les établissements français dans ses choix de carrière ? Pas forcément. D’un point de vue strictement financier, plus on gagne en seniorité, plus il est intéressant de rejoindre un établissement français car les écarts avec leurs rivaux étrangers tendent à s’estomper.

La « prime » à la rémunération dans les établissements étrangers peut en outre venir compenser des perspectives de carrière au sein d’une structure parisienne plus limitées que dans un grand groupe français à Paris dans lequel les mobilités peuvent être plus aisées et nombreuses, suggère Philippe Perriot.

Un regard que ne partage pas Alice Leguay, convaincue que les établissements français à Paris comme à Londres ont d’autres arguments différenciants à faire valoir. « Le différentiel de rémunération peut s’expliquer pour les Françaises par d’autres avantages perçus ou réels : atmosphère de travail plus relax, sécurité de l’emploi, congés… », avance l’ex-banquière installée à Londres.

*L’étude a été réalisée sur la base de données entrées par 464 banquiers en front office (M&A, Sales, Trading, Structuring, Equity/debt capital markets) dans les établissements employés à Paris par des établissements de Tier1 (Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Morgan Stanley and UBS) et des établissement de Tier 2 et 3. Les données londoniennes s’appuient sur un échantillon de 719 banquiers employés par les établissements de Tier1.

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