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Affaire BNP Paribas : quelles implications pour les employés du groupe ?

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« No way ». Voilà la réponse de Barack Obama à la demande de François Hollande d’intervenir dans l’affaire BNP Paribas en faveur d’une réduction de l’amende record qui pourrait être infligée à la banque par la justice américaine au groupe français. Pris en tenaille entre l’affaire judiciaire qui suit son cours et les tensions diplomatiques, les employés de la banque se retrouvent en première ligne. Voilà les 6 principaux motifs d’inquiétude.

1 – Menaces de licenciements : des têtes sont déjà tombées

En plus d’une potentielle sanction de 10 mds de dollars, les autorités américaines exigent également le licenciement une dizaine de dirigeants de la banque, avait indiqué le Wall Street Journal en fin de semaine dernière, selon qui BNP « n’a pas accepté ces demandes ». Au sein du management de la banque, les débats iraient cependant bon train, selon le quotidien américain qui indiquait hier soir qu’un départ de Baudouin Prot, président du groupe bancaire, n’était pas exclu. Depuis deux ans, la banque aurait essayé de contenir la crise annoncée en réduisant les effectifs de ses activités de trade finance à Paris et à Genève, cibles des investigations américaines.

En Suisse, l’entité genevoise aurait vu une trentaine d’employés « sanctionnés » ces derniers mois, selon Le Temps. Des sanctions allant du simple blâme au licenciement. Dominique Remy, qui dirigeait l’activité de financement de matières premières au moment des faits, aurait récemment quitté le groupe. « L’affaire ébranle la place genevoise de commerce international, dont la filiale suisse de BNP est un acteur dominant depuis quarante ans », indique Le Temps.

2 – Des embauches et un développement aux Etats-Unis remis en question

Si le spectre d’une suspension de la licence bancaire de BNP aux Etats-Unis, où elle est présente depuis 1919, semble s’éloigner, il n’est pas exclu que la justice américaine demande une interdiction temporaire des transactions en dollars, avec pour risque une fuite de ses grands clients internationaux. Cette hypothèse fait craindre une déstabilisation des activités de financement et d’investissement en Amérique du Nord, où l’établissement compte environ 3.000 professionnels et réalise 18% de ses revenus.

En outre BNP pourrait remettre en cause son plan de développement dans la région auprès des corporates et des investisseurs institutionnels. Seulement une douzaine d’offres d’emploi aux Etats-Unis sont visibles à ce jour sur son site carrières, soit cinq fois moins que le nombre de postes ouverts en Grande-Bretagne.

3 – La menace d’un nouveau tour de vis et de restructurations

Elève prudent du secteur bancaire, BNP Paribas avait annoncé en février dans son nouveau plan stratégique vouloir renforcer et prolonger d’un an son plan d’économies « Simple & Efficient » en portant à 2,8 milliards d’euros en année pleine son objectif d’économies récurrentes à partir de 2016 (contre un objectif initial de 2 mds à partir de 2015). La menace d’une amende de 10Mds de dollars fait craindre un tour-de-vis supplémentaire sur les coûts. « La crainte d’une restructuration d’ampleur circule en interne », reconnaît un cadre du bureau de Genève interrogé par Le Temps à propos du sort qui sera réservé aux activités de trade finance au sein du groupe.

« Comment BNP, en devant payer une telle amende, va-t-elle faire pour tenir sa promesse d’une rentabilité des fonds propres d’au moins 10%, et une croissance annuelle moyenne à deux chiffres de son bénéfice par action, sans aller plus loin dans l’optimisation des coûts », s’interroge un observateur parisien averti de la banque. Ce dernier craint notamment que le plan « Préférence Client » pour la banque de détail en France annoncée il y a à peine un mois ne créé encore plus de pression sur les salariés, qui souffrent déjà des effets de l’industrialisation sur l’organisation du travail.

4 – Les banquiers d’investissement de BNP mis à contribution pour gérer la crise

Dans cette crise, les banquiers d’investissement de la banque se retrouvent en première ligne face aux clients. Selon Bloomberg, un mémo daté du 2 juin a été diffusé en interne aux banquiers afin qu’ils réassurent les clients. Au total 3 pages « d’éléments de communication orale », sous forme de 9 questions-réponses pour convaincre leurs interlocuteurs sur le fait que les Etats-Unis est un marché stratégique pour la banque et que l’établissement fait tout pour que les clients et les contreparties ainsi que leurs activités ne soient pas impactées par l’affaire. Il est également rappelé aux employés de ne pas commenter les « rumeurs qui sont publiées ».

5 – Les bonus sous la menace de la baisse du titre en bourse

BNP Paribas a été plutôt sévère, par rapport à ses concurrentes, dans l’attribution des derniers bonus puisque le bonus moyen est en baisse de 16% sur un an. De plus, les salariés de la banque s’inquiètent de la baisse du cours de bourse du titre, environ -13% en 3 mois, car c’est une partie de leur participation et/ou de leur bonus qui est en train de partir en fumée.

Déjà, dans le dernier document de la banque relatif à ses politiques et pratiques de rémunération au titre de 2013, on peut observer un décalage entre la valeur d’attribution de la rémunération variable versée en 2013 (constituée des bonus différés des dernières années) et la valeur de paiement : 303 millions d’euros ont été attribués aux professionnels de la BFI mais seulement 285 millions leur ont été versés, une différence d’environ 6% qui s’explique par l’évolution du cours de l’action BNP Paribas, et des conditions de performance.

6 – Des embauches de compliance officers et de contrôleurs ?

Les compliance officers et autres spécialistes des risques juridiques sont, dans le secteur bancaire, les profils que tous les établissements se disputent à travers le monde. Les lacunes en matière de respect des règles d’embargos – pourtant connues de la banque – pourraient amener BNP à renforcer davantage ses départements juridiques et de gestion des risques. Rappelons que l’affaire Kerviel, qui n’avait fait perdre « que » 5 mds d’euros à la SocGen, avait conduit à la mise en place du plan « Fighting Back » et le recrutement de plus de 200 professionnels dans les services de gestion des risques, d’inspection et d’audit. Sur son site carrière, la banque a aujourd’hui 5 pages d’offres d’emploi qui répondent au mot clé « compliance » (124 postes dans le monde) et 7 pages d’offres qui contiennent le mot clé « risk » (169 postes).

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