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Banquier au 21è siècle : les perspectives du dernier livre polémique de Thomas Piketty

Les revenus du capital ont dépassé ceux du travail

Les revenus du capital ont dépassé ceux du travail

C’est un livre qui fait sensation. « Le Capital au XXIè siècle » de Thomas Piketty, l’économiste français spécialiste de l’étude des inégalités, suscite les louanges de toutes parts aux Etats-Unis : salué comme « une remarquable réussite » par le Financial Times, encensé pour « la richesse de ses données » par le Wall Street Journal, il induirait même, selon Forbes, un phénomène similaire à la Beatlemania auprès des quinquas.

Proche des socialistes, Piketty n’apparaît pas de prime abord comme un allié naturel de la finance. Son livre tire cependant des conclusions dignes d’intérêt sur la nature de la réussite financière au 21ème siècle, et sur la signification réelle d’un job dans la finance en 2014.

En voici un résumé en quelques paragraphes :

1.  Vous avez les compétences d’un vice-président ou plus, et vous êtes banquier en front office ? Bienvenue dans le monde des « super cadres » !

Selon Piketty, la fin des années 1980 a marqué l’avènement des « super cadres » dans les économies « hyper méritocratiques » du monde anglo-saxon. Comprenez ceux qui trustent les sommets de la hiérarchie en termes de revenus. Si vous travaillez en finance, vous avez de la chance : d’après les recherches de Piketty, les professionnels de ce secteur représentent un cinquième des 0,1% de la population drainant les plus hauts revenus, alors même qu’ils correspondent à 10% de la population active totale.

2. Mais … ne comptez pas sur un poste de « super cadre » pour accéder au sommet de l’échelle des revenus au 21è siècle

Le principe fondamental du livre de Piketty est clair : nous semblons nous éloigner de l’hyper méritocratie pour revenir à une répartition des revenus proche de celle du 18è siècle. Force est de constater que les revenus des plus riches proviennent de plus en plus souvent de rentes de capitaux privés plutôt que du travail. Les plus riches sont des « rentiers », et non des banquiers travaillant au moins 80 heures par semaine.

Piketty suggère que cette « rente » du capital pourrait prendre une part croissante à mesure que nous progressons dans le 21è siècle, passant de 500% à 700% du revenu mondial total à l’horizon 2100. « Autrement dit, la planète entière pourrait, d’ici à 2100, ressembler à l’Europe au début du vingtième siècle, au moins en termes d’intensité du capital » précise-t-il.

Il précise que la suprématie du revenu rentier est déjà avérée jusqu’à un certain point. Parmi les 10% de revenus les plus élevés à ce jour, 9% tirent le gros de leurs revenus de postes de “super cadres” ; seul le centile supérieur le tire de rentes. D’après Piketty, plus vous vous approchez de ce centile  supérieur, plus vos revenus proviennent de rentes et moins vous vous tuez à la tâche devant votre/vos écran(s).

3. Historiquement, travail et talent n’ont jamais suffi pour accéder au top des revenus

Travailler en banque d’investissement – et tout particulièrement en M&A – dénote une volonté de se donner à fond, à la fois pour décrocher le job mais aussi pour y réussir. L’histoire démontre cependant que des études irréprochables, puis un travail acharné durant toute une carrière, constituent rarement une garantie de revenus élevés.

Piketty illustre son raisonnement par un passage du Père Goriot, publié par Balzac en 1835 : Rastignac – devenu depuis synonyme de réussite à tout prix – découvre que le talent et le travail ne lui suffiront probablement pas pour faire fortune, contrairement à l’accès au capital. « Le niveau de vie des Français les plus riches était alors très largement supérieur à celui accessible par les seuls revenus du travail », précise Piketty.

Ceci vaut sans doute toujours pour certains professionnels du secteur bancaire, aujourd’hui bien moins rémunérateur que par le passé. C’est le cas, entre autres, des analystes actions, déterminés à en finir avec les journées de 12 heures pour 180K€ par an, au motif que… le jeu n’en vaut pas la chandelle !

4. Ne dépensez pas votre salaire, investissez !

Le message de Piketty est limpide : si vous avez la chance d’être aujourd’hui un « super cadre », ne gaspillez pas votre revenu du travail en biens de consommation, en d’autres termes oubliez la Ferrari et autres dépenses pour épater la galerie. Investissez-le avec discernement et prenez les bonnes décisions qui feront de vous un rentier.

C’est d’autant plus important que, selon Piketty, payer un « super cadre » ne présente pas le moindre intérêt économique. Selon lui, le gain de productivité marginale entre un salaire de 10 millions plutôt qu’1 million est totalement négligeable. Il n’est en rien nécessaire de payer 100 ou 200 fois le salaire moyen pour un job qui trouvera preneur même pour 10 ou 20 fois la moyenne.

C’est ce que les banques semblent commencer à comprendre. Comme nous l’avons évoqué le 17 avril, Goldman Sachs a baissé le salaire moyen par tête au premier trimestre 2014, retombé ainsi à son niveau le plus bas depuis cinq ans. Dans la même veine, Morgan Stanley a réduit les salaires de ses banquiers d’investissement, malgré une forte hausse des bénéfices pour la banque d’investissement ce même premier trimestre. Si vous êtes banquier et que vous dépensez une large part de votre salaire en biens de consommation, vous êtes un sombre idiot. Pour ce socialiste assumé, vous n’atteindrez jamais le sommet de l’échelle des revenus dans les décennies à venir. Les banquiers sont sur la pente descendante, les rentiers à l’inverse en pleine ascension.

 

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