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Proposition de loi contre les abus sur les stages : quel impact pour les étudiants en finance ?

©istockphoto/shulz

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Une proposition de loi visant à limiter le recours abusif aux stages et à améliorer le statut des stagiaires a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 24 février dernier. Elle a depuis été renvoyée à la commission des affaires sociales pour faire l’objet d’une discussion (et donc d’éventuels amendements) au cours d’une séance publique qui se tiendra le 29 avril 2014.

Sachant que le gouvernement souhaite que ce texte puisse rentrer en application dès la rentrée prochaine, voici donc, en l’état, les principales propositions et leur impact supposé (ou pas) sur les stagiaires en finance, notamment en banque de financement et d’investissement, classé du plus fort au plus faible….

Temps de présence, absences et congés : impact fort (du moins en théorie…)

La proposition de loi entend améliorer les droits des stagiaires en prévoyant des autorisations d’absence et en étendant aux stagiaires les protections relatives aux durées maximales de présence et aux périodes de repos. Par ailleurs, le temps de présence des stagiaires ne pourra plus être supérieur à celui des salariés.

Les stagiaires en finance risquent d’être impactés par cette mesure, particulièrement ceux travaillant dans les M&A. Tout le monde a encore en mémoire le décès de Moritz Erhardt, ce jeune allemand de 21 ans qui achevait son summer internship de 8 semaines dans les équipes M&A de Merrill Lynch à Londres. Un drame qui pourrait très bien pu se produire à Paris puisque dans certains départements M&A de grandes banques d’affaires, des stagiaires font le travail des analystes financiers à part entière, travaillant 18 heures par jours week-end inclus ! “Le gros problème de ces stages, ce sont les horaires et l’investissement demandé, bien au-delà de ce qu’autorise le code du travail en France“, confirme un ancien stagiaire puis apprenti en fusion-acquisition chez HSBC et à la BNP. Encore faudra-t-il que dans le sillage de la loi il y ait des contrôles et des sanctions car on imagine mal les banques se passer des services de ces stagiaires et dont certaines n’hésitent pas à outrepasser le cadre formel du stage et leur confier les mêmes responsabilités qu’un junior en CDI.

La durée de présence des stagiaires ne changera pas dans la finance. C’est une industrie où les durées légales de temps de travail n’ont jamais été suivies et ça n’est une surprise pour personne : lors des entretiens, les recruteurs s’assurent que les stagiaires savent quelles sont les attentes en termes de rythme de travail. Cela fait partie des règles du jeu pour les nouveaux entrants“, explique Michael Ohana, fondateur d’AlumnEye, spécialiste de la préparation aux entretiens en banque d’affaires, finance de marché et conseil en stratégie. Et d’ajouter : “Dans le secteur de la banque d’affaires, les salariés ont un statut de cadre. Leurs horaires dépassent largement toutes les limites légales de temps de travail, sans parler du travail le week-end. Même si les stagiaires restent souvent après leurs analystes au bureau jusqu’à des heures très avancées dans la nuit, on trouvera toujours un salarié qui fait davantage d’horaires que le stagiaire. En ce sens, le stagiaire n’a pas une durée de présence supérieure à celle des salariés...”

Contenu du stage : impact moyen

Le texte prévoit que le stage soit pensé en amont et évalué en aval en fonction d’objectifs pédagogiques clairement définis. Il doit également bénéficier d’un double suivi, par un enseignant et par un tuteur au sein de l’organisme d’accueil, afin d’accompagner l’acquisition de véritables compétences. “Les abus de stages ont fait l’objet de nombreux redressements en BFI depuis 5/6 ans et les quelques établissements qui acceptaient des conventions douteuses remises par des établissements peu scrupuleux ou liés à des formations révélant un intérêt soudain pour des langues rares… ne s’y risquent plus en France“, explique l’un des responsables du Club des Jeunes Financiers.

Une mesure qui devrait également signer la fin des stages photocopies-café… car aussi étonnant que cela puisse paraître, on trouve en BFI des stagiaires à qui l’on ne confie strictement rien ou presque. “Nous recherchons une attitude volontariste. Ce qui peut se manifester par la volonté de ramener le déjeuner au bureau, servir le café l’après-midi, ou prendre des notes lors d’une conférence importante (…).  Si vous êtes incapable de ramener le café, je ne vais pas être rassurée pour vous confier des choses plus importantes“, rappelle une banquière travaillant en finance de marché. Question de point de vue…

Quota de stagiaires : impact nul ou moyen (selon les structures)

C’est la mesure phare de la proposition de loi : il s’agit de limiter le nombre de stagiaires dans une entreprise chaque année civile. Un seuil maximum sera fixé par décret du Conseil d’Etat. Le plafond pour les grandes entreprises pourrait être de l’ordre de 10% des effectifs. Le quota devrait être plus bas pour les structures de plus petite taille.

Concernant les stages étudiants dans les banques, l’Observatoire des métiers de la banque évoque une moyenne 8,5% de stagiaires pour les groupes et établissements de plus de 1.000 salariés. Le taux descend même à 6 % pour les établissements à effectifs intermédiaires (de 100 à 1.000 salariés), mais remonte à 15 % pour les plus petits établissements. Un rapide coup d’œil sur les bilans sociaux et documents de référence 2013-2014 des principales banques françaises montre en effet que celles-ci ne seront pas concernées : chez SocGen, les stagiaires représentent 6,4% des effectifs en France tandis que chez groupe Crédit Agricole, ils représentent à peine plus de 5% des effectifs. Bref, on est loin des 10% annoncés…

Indéniablement, ce sont donc les “boutiques” qui risquent le plus de pâtir de cette loi. Là aussi, on voit mal comment sans contraintes elles limiteraient le nombre de stagiaires. Surtout que ce ne sont pas ces derniers qui risquent de se plaindre. “Se rebeller, serait se faire “griller” sur la place de la finance, car c’est un monde microcosme ou tout se sait et apprendre qu’un stagiaire s’est rebellé lors de son stage pour une histoire d’heure serait se fermer définitivement les portes de son métier “, confie le proche d’un étudiant ayant effectué son stage chez Lazard Frères.

Durée des stages : impact faible

Ladurée des stages sera limitée à 6 mois.”A l’heure actuelle, la plupart des banques limitent déjà à 6 mois le stage maximal pour leurs stagiaires. Ceci est dû principalement au processus de recrutement“, nous explique Sylvain Maleon, président du Club Finance Paris, l’inter-associations des grandes écoles parisiennes de la finance. “En effet, les candidatures se font sous 3 formes principales qui se complètent, à savoir un “spring” internship, un “off-cycle” ou un “summer”. Ainsi par construction même des stages, peu de stages durent plus de 6 mois. Les seuls expériences durant plus de 6 mois sont les VIE ou Graduate (2 ans)”.

Si jadis il y a pu avoir des abus comme cela a pu être le cas chez cet ancien diplômé d’école de commerce qui s’est fait licencier après 14 mois de stage suivis de 6 mois en période d’essai chez la banque LCL, les établissements bancaires se montrent aujourd’hui prudents. “Si la loi était peu appliquée auparavant, il est de plus en plus fréquent que des juges requalifient un stage en CDI. Ce sont majoritairement les diplômés de grandes écoles de commerce ou d’ingénieur qui attaquent aux prud’hommes dans ce genre de cas“, explique Ophélie Latil, porte-parole du collectif de défense des stagiaires Génération Précaire.

Rémunération : impact nul

La gratification des stages (436,05 euros minimum par mois obligatoire que pour les stages de plus de deux mois) sera due “à compter du premier jour du premier mois” de présence, certaines entreprises n’indemnisant les stages de longue durée qu’à partir du troisième mois…

Cette proposition vise surtout certains secteurs (ex : métiers du social) réputés mal indemniser leurs stagiaires. Rien de tel en banque d’investissement où un stagiaire en M&A à Paris perçoit entre 1.800 et 3.000 euros par mois selon les établissements, sans compter les repas et les frais de taxis pris en charge. Bref, il n’y a guère que les stagiaires de sociétés high-tech basées aux Etats-Unis qui peuvent targuer d’être mieux payés que les stagiaires en finance…

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commentaires (1)

Comments
  1. ” (…) les banques se passer des services de ces stagiaires et dont certaines n’hésitent pas à outrepasser le cadre formel du stage et leur confier les mêmes responsabilités qu’un junior en CDI”.

    Oh oui c’est vraiment n’importe quoi ces entreprises qui donne les mêmes responsabilités qu’un employé !

    Le stage est fait pour apprendre un métier, quoi de mieux que d’avoir les mêmes responsabilités qu’un junior en CDI ? C’est comme ça qu’on apprend !

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