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Family Officer : un métier souvent méconnu et pourtant en plein développement

François Mollat du Jourdin, figure incontournable du family office en France et en Europe

François Mollat du Jourdin, figure incontournable du family office en France et en Europe

Parce qu’il cultive à fond la discrétion, le monde du Family Office reste souvent méconnu des candidats en finance. Mono ou multi-clients,  ce secteur compte plusieurs dizaines de milliers de structures dans le monde, quelques milliers en Europe et quelques centaines en France. Preuve que les family offices ne sont pas seulement l’apanage de pays comme le Luxembourg ou la Suisse. Si l’on considère que les effectifs tournent autour de 1 à 15 personnes par structure, cela signifie que le secteur emploie plusieurs milliers de professionnels dans l’Hexagone.

Afin de mieux connaître le métier et ses besoins, nous avons interviewé François Mollat du Jourdin, fondateur de l’un des premiers family offices français (MJ&Cie basé à Paris et Genève et qui compte près de 15 personnes) mais aussi Président de l’European Network of Family Offices (ENFO) et Secrétaire général de l’Association Française du Family Office (AFFO), dont l’ouverture de l’antenne en Auvergne Rhône-Alpes début septembre, précédée il y a un an de l’implantation en PACA, témoigne de la progression de l’activité en France.

Comment êtes-vous tombé dans la potion du family office ?

« Diplômé d’Audencia, j’ai débuté ma carrière en Afrique pour le compte de l’Union Financière de France avant de rejoindre la banque de Neuflize, Schlumberger, Mallet (Groupe ABN AMRO), où j’ai développé pendant 10 ans la Gestion Privée, puis la direction de Merrill Lynch Private Banking France. La conclusion de ce parcours a donc logiquement consisté à lancer ce qui était en 2001, une offre totalement nouvelle dans le monde de la gestion de fortune : le multi family office !

Comment définiriez-vous un Family Officer ? Est-ce très différent d’un private banker ?

Le family office organise et produit, dans la durée, un ensemble de services – principalement financiers, juridiques et fiscaux – afin de préserver les intérêts économiques des familles dans une vision trans-générationnelle ». A la différence du private banker dont le métier est avant tout de gérer des actifs financiers, le family officer conseille globalement mais ne vend rien. Son panel d’intervention est beaucoup plus large en fonction des besoins des familles: investissements, financiers ou non, fiscalité et transmission, gouvernance, éducation, philanthropie, gestion administrative… A défaut de tout connaître, il lui faut poser les bonnes questions… au bon moment, aux bonnes personnes. Véritable chef d’orchestre, son rôle est avant de coordonner, de faire bien faire.

Quelles sont les types de structures les plus développées dans l’Hexagone ? 

Très clairement, ce sont les mono-family offices les plus répandus. On en compte plusieurs milliers rien qu’en Europe. Toutes les grandes dynasties industrielles ont leur propre family office, c’est souvent la holding familiale. Viennent ensuite, par ordre d’importance, les multi-family offices indépendants (dont le capital est détenu par les associés), probablement quelques centaines en Europe et quelques dizaines en France grand maximum, puis enfin les multi-family offices bancaires, adossés à des institutions financières. Les risques de conflits d’intérêts étant réels, peu de banques se lancent dans cette activité.

Note de la rédaction : quelques noms en vrac de mono family-offices (Dassault, Bettencourt…), multi-family offices (MJ & Cie, Intuitae, Family Partners…) et de muti-family offices bancaires (Meeschaert, Neuflize OBC…).

Le secteur recrute-t-il ? Est-il porteur ?

Même si c’est un secteur de niche et que l’on parle le plus souvent de “boutiques” pour désigner nos structures, le secteur recrute. Ainsi chez MJ&Cie, nous embauchons en moyenne un nouveau professionnel chaque année (si l’on considère que le rythme d’embauche est le même pour toutes les structures, cela fait tout de même un nombre significatif de recrutements par an en France). Difficile de faire une projection précise sur les 10 prochaines années, mais le secteur devrait fortement se développer sachant que seulement 20% environ de la clientèle potentielle est actuellement servie par les family offices.

A quoi ressemble le quotidien d’un family officer et quelles sont ses principales missions ?

Il n’y a pas à proprement parler de journée type. Par contre, il y a un travail de veille permanente sur ce qui se passe à l’extérieur (évolution de l’environnement juridique, financier..) et beaucoup de temps passé en relation avec le client. Nous conseillons, organisons et supervisons à travers quatre missions : accompagnement transgénérationnel, coordination globale des conseils (gérants, notaires, avocats, fiduciaires, banquiers, experts en philanthropie ou en gouvernance familiale, employés,…), stratégie d’investissement (financier, immobilier, non coté) et secrétariat privé. Nous sommes par ailleurs le garant d’un contrôle permanent des coûts et des risques pour nos clients.

Comment est rémunéré un Family Officer ?

Une structure de family office facture généralement un forfait proportionnel au patrimoine supervisé (le standard international est théoriquement de l’ordre de 0,5%). Le salaire d’un employé, selon le poste occupé, avoisine ceux que l’on peut trouver à des postes de front ou back-middle office en banque privée. Il y a une partie fixe et une partie variable (généralement 80/20) mais, dans une structure entrepreneuriale comme la nôtre, j’aurais tendance à minorer le fixe pour majorer le variable (par exemple 70/30, voire davantage pour des développeurs).

Quels sont les profils les plus recherchés par les family offices ?

Nous recherchons plutôt des candidats dotés d’une forte culture entrepreneuriale (autonomie, responsabilité et capacité de développement), alliée à une expérience et des expertises techniques (investissement, juridique,  administratif) de haut niveau, ainsi qu’une capacité à amener de la clientèle. Bref, un profil plutôt senior… et bilingue anglais étant donné le large panel culturel et géographique de nos clients (50% sont internationaux).

Sinon, la composante humaine (“soft skills”) est très importante. Il faut une certaine agilité intellectuelle pour être capable de tenir des discussions et mener des réflexions avec les clients, tout en restant “low profile”. J’ai croisé trop de professionnels qui se prennent pour le client ! L’environnement de travail très exigeant est soumis à un impératif absolu de confidentialité, lié notamment mais pas seulement aux différentes réglementations qui régissent notre activité ».


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