☰ Menu eFinancialCareers

Réduction des indemnités pour les expatriés

Mary Kingsley, une exploratrice britannique du 19ème siècle, est surtout restée célèbre pour avoir parcouru les jungles fumantes de l’actuel Gabon, avec plusieurs épaisseurs de jupons et en portant un parasol. L’épisode où elle repoussa un hippopotame avec son parasol est resté mémorable, mais tout ce qu’elle a pu accomplir avec succès en Afrique est en grande partie oublié.

Plus récemment, des générations d’hommes et de femmes d’affaires occidentaux ont suivi sans le savoir l’exemple de Kingsley au cours de leurs affectations à l’étranger. La plupart ont généré peu de valeur pour leurs entreprises, mais sont réputés pour avoir recréé leur confort domestique à grands frais. Selon leur nationalité, ils ont mangé des haricots blancs à la tomate, des croissants ou des pancakes, et parfois joué au cricket, quel que soit le pays où ils avaient été envoyés avec leurs familles.

Cet état d’esprit est l’une des justifications traditionnelles des conditions d’expatriation – les indemnités d’expatriation qui sont si jalousement protégées par leurs bénéficiaires, si coûteux pour les employeurs et si mal perçus par le personnel local. Pour le personnel des banques d’investissement, elles se montent souvent à des dizaines de milliers de livres par an, et incluent d’ordinaire le logement, le paiement des impôts et les frais de scolarité.

Ces indemnités sont aujourd’hui la cible d’attaques des deux camps. Les banques et autres employeurs réduisent d’urgence les coûts dans le contexte économique actuel, et dans le même temps, les attitudes envers l’expatriation changent fondamentalement. Les indemnités des expatriés ne disparaissent pas totalement, mais les employeurs les distribuent de façon plus sélective.

Le responsable européen des ressources humaines d’une banque américaine indique que des employeurs de premier plan réduisent les avantages des expatriés au profit des effectifs établis à Londres, Francfort et Paris. Certains éléments sont renvoyés à la maison. D’autres sont rappelés à l’ordre et informés que s’ils veulent rester, ils devront se contenter d’un package local. Il souligne que Citigroup et Goldman Sachs font partie des plus fermes.

Denis Marcadet, chasseur de têtes chez Vendômes Associés à Paris, évoque le cas d’un américain en Corporate Finance ayant perdu son emploi après quatre ans avec des indemnités d’expatriation. Sa banque lui a demandé de passer à un contrat local, ce qui aurait réduit son salaire de plus de la moitié. Il a décidé de partir. Aujourd’hui, aucune autre banque ne pourra rivaliser avec ses anciennes indemnités.

Denis Marcadet n’est pas surpris. Il précise: Quand je recrute pour des banques d’investissement aujourd’hui, la nationalité n’est souvent pas un problème. On offre rarement des indemnités d’expatriation.

Art Siksna, à la tête des ressources humaines de la Royal Bank of Canada (RBC) à Londres, indique : De nos jours, les jeunes gens d’Amérique du Nord sont souvent attirés par la perspective de venir en Europe sur la base d’un package local. Les banques prennent conscience de cela.

Comme d’autres banques, RBC continue à offrir des allocations de logement, des contributions aux frais de scolarité, et des vols retour payés au personnel apprécié, mais sur une base plus ad hoc qu’il y a cinq ans.

Art Siksna indique que même avant le repli, la banque avait abandonné le principe d’égalisation automatique des salaires, selon lequel le personnel canadien établi en Europe, par exemple était soumis au taux d’imposition sur le revenu canadien.

D’autres employeurs font de même. Les consultants en ressources humaines notent que la raison est en partie psychologique. La mondialisation rend les styles de vie dans le monde de plus en plus uniformes et fait disparaître le sentiment que la vie à l’étranger est fondamentalement différente de celle dans son propre pays.

Il y a aussi des facteurs purement économiques. Ceux-ci comprennent un nombre grandissant de locaux très qualifiés, notamment en Asie, et une meilleure technologie. Les vidéos conférences, Internet, et les tarifs aériens bon marché rendent moins nécessaire de conserver un employé à l’étranger.

Vic Daniels, du cabinet de conseil mondial DBM, indique: Comme les distances dans le monde se réduisent, le besoin d’expatriés est de plus en plus remis en question. A moins qu’un expatrié ait des compétences spécifiques requises pour un marché particulier, la dépense est difficilement justifiable.

Un chasseur de têtes à Francfort souligne que Lehman Brothers a été l’une des banques qui a réduit le plus brusquement les indemnités d’expatriation au cours des cinq dernières années. Certains éléments onéreux du personnel à l’étranger ne connaissaient même pas les clients et les marchés. Ils étaient des demi-touristes. La banque a eu raison de se débarrasser d’eux.

L’envoi d’un banquier américain en Europe avec un salaire de 85 000 € peut largement coûter à l’employeur 90 000€ supplémentaires ou beaucoup plus si les modalités d’expatriation sont généreuses, selon les dires du cabinet de conseil Watson Wyatt. En plus du logement, des frais de consommation courante, des frais de scolarité et d’égalisation des impôts, d’autres indemnités peuvent inclure des adhésions à des clubs, une allocation pour la voiture et des billets d’avion retour pour la famille entière.

La saignée opérée sur les indemnités ne s’est pas limitée à l’Europe. ABN Amro est l’une des nombreuses banques qui a réduit les indemnités au Japon. Duncan Reed, un ancien PDG d’ABN Amro à Tokyo, précise: Il y avait une situation de surpaiement qui était insoutenable avec la chute des revenus. Aujourd’hui, les banques embauchent plus de personnel japonais, ou bien des banquiers occidentaux sur la base d’un contrat local.

Aujourd’hui de retour à Londres avec la société Mizuho, Reed indique qu’il se sentait bien payé à Tokyo, avec une allocation logement et une contribution à une caisse de retraite à l’étranger généreuses ainsi qu’un ensemble de bonus.

Peter Jackson est lui aussi un banquier qui a quitté le Royaume-Uni pour la vie confortable d’expatrié au Bahreïn. Les indemnités d’expatriation ont fait augmenter son salaire de 50%. Il souligne que le personnel doit soigneusement négocier ses indemnités. Les vols retour en classe business peuvent être remplacés par trois fois plus de vols en classe économique pour le même prix – mais uniquement pour ceux qui en font la demande auprès de leurs employeurs.

Les banques devront continuer à payer de généreuses indemnités d’expatriation pour les affectations difficiles comme l’Arabie Saoudite, d’après les responsables des ressources humaines. Le personnel important, où que ce soit, pourra également exiger beaucoup, surtout avec une famille. On ne peut pas demander à un conjoint de déménager, sauf s’il ou elle est satisfait(e) de l’arrangement.

Les indemnités sont souvent liées aux indices du coût de la vie pour chaque ville. Dans la liste 2003 de Mercer, Tokyo est la ville la plus chère, suivie par Moscou. Londres est la septième et New York la dixième.

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici