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Deux millions de dollars et puis plus rien : réflexions d’un ex-commercial de Morgan Stanley à la veille des fêtes

Du "sales" confirmé à l’alcoolique patenté

Du "sales" confirmé à l’alcoolique patenté

« Voilà, j’ai maintenant 44 ans. Je vis au premier étage d’une maison à Long Island, et je suis écrivain. Chaque jour, je me lève tôt, je passe d’abord un peu de temps sur les réseaux sociaux, puis je me mets à écrire pour tenter de sortir quelques pages. À 15 heures, je vais chercher ma fille à l’arrêt de bus, à son retour de l’école. Et le soir, j’essaie généralement d’aller à un groupe de paroles pour me débarrasser de ma dépendance à l’alcool. Mes priorités sont simples : rester sobre, être le meilleur père possible, et continuer à écrire – et curieusement, je suis plus heureux aujourd’hui que je ne l’ai jamais été.

Si j’avais une machine à remonter le temps qui me permettait de parler à celui que j’étais à 24 ans, juste après mes débuts chez Morgan Stanley, je lui dirais – même si je doute qu’il m’écouterait – que les apparences ne le rendront pas heureux. Que quoi qu’il ait, ce ne serait jamais assez – s’il gagnait 2 millions de dollars une année, il voudrait en gagner forcément 3 l’année suivante.

J’ai atteint des sommets. J’avais un appartement, une femme, je gagnais 2 millions de dollars par an. Je vivais la vie new-yorkaise dans tous ses excès : j’étais invité partout, et pourtant, ça ne me suffisait pas. Je persistais à croire qu’en faire toujours plus me permettrait de résoudre mes problèmes.

Je pense que les choses ont vraiment commencé à se dégrader vers mes 30 ans, je venais de rejoindre le hedge funds Galleon Group. Disons que leur culture d’entreprise m’a conduit sur une autre voie. J’ai commencé à accorder plus d’importance au pouvoir et à l’argent qu’aux valeurs que mes parents m’avaient inculquées – comme l’intégrité, l’honneur et le courage. L’idée était de me faire le plus d’argent possible, de m’amuser le plus possible et de vivre mon rêve. C’est ce qui m’a perdu. Il y a des tas de gens à Wall Street qui résistent. Moi, je n’ai pas su.

Aujourd’hui, j’en suis sorti et il ne me reste pas grand-chose de cette période. Même si je gagnais très bien ma vie à cette époque, je suis tombé dans le même piège que beaucoup d’autres Américains – j’ai acheté une maison bien trop grande pour moi – avec des charges mensuelles bien supérieures à ce qu’elles auraient dû être, et j’ai fini par ne plus pouvoir rembourser mon prêt.

Quelques-unes des personnes les plus intéressantes, drôles et intelligentes qu’il m’ait été donné de rencontrer travaillent à Wall Street, et beaucoup de gens au sein de mon réseau y travaillent toujours. Je parle beaucoup avec des professionnels de 35 à 50 ans. Ils ont su gérer leurs attentes, et ont fait une croix sur une retraite dorée. Ils se sont aussi rendu compte que même si leur rémunération a diminué de moitié, il leur serait difficile de quitter le secteur et gagner autant ailleurs. C’est toute une population qui en a pris son parti, à défaut de mieux.

La culture de Wall Street est en pleine évolution. La nouvelle génération compte apparemment de nombreux professionnels passionnés, sincèrement plus intéressés par la finance que par le mode de vie qui lui est associé. Personnellement, j’ai toujours eu envie de vomir en entendant des gens parler des marchés le dimanche soir.

Les caractéristiques du métier aussi ont l’air d’avoir évolué. J’étais commercial, et les dîners bien arrosés étaient un élément essentiel de mon job. Les meilleurs à ce jeu là pouvaient espérer des carrières fabuleuses à Wall Street. De nos jours, cet aspect du métier semble être devenu secondaire par rapport à l’exigence première de maîtriser le B.A.BA de la finance, faute de quoi vous n’irez nulle part.

Qu’est-ce que je souhaite pour ma fille ? J’aimerais qu’elle suive sa passion. Bien sûr que l’on peut être passionné par la finance. Beaucoup de gens le sont. Ce doit d’ailleurs être la motivation numéro 1 pour entrer dans ce secteur. Car à long terme, si ce choix de carrière est principalement dicté par le style de vie, cela ne les rendra pas heureux – croyez-moi. »

Turney Duff est l’auteur de ‘The Buy Side: A Wall Street Trader’s Tale of Spectacular Excess.’  Il a effectué sa carrière chez Morgan Stanley et Galleon, un hedge fund américain qui a fait faillite en 2009.

commentaires (1)

Comments
  1. En effet, je partage cet avis. La finance a bien changée mais pas forcément en mieux. Les mêmes travers ont toujours court même si la finance est bien plus professionnelle que dans les années 80. Pourtant les erreurs de même nature demeurent… il faut se poser la bonne question. Est-ce que la professionnalisation à outrance ne fait pas naître des apprentis sorciers plus redoutables encore ? Les anciens gourous donnent des cours à l’université, donc l’état d’esprit reste le même. Où est la révolution ?

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