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Le crowdfunding ouvre grand les bras aux financiers

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« Mort du crowdfunding » ! « Et Fleur Pellerin décida de tuer le crowdfunding dans l’œuf » ! Au lendemain des assises de la finance participative, réunies fin septembre pour consulter tous les acteurs du secteur en vue d’une régulation dont les principaux traits ont été révélés à la fin des consultations, des tribunes s’attaquaient avec une violence rare au projet gouvernemental et la presse se faisait l’écho de débats houleux.

La polémique provient sans doute de certains défauts de jeunesse de la réglementation, mais sa brutalité et l’alarmisme de ses opposants ne peuvent s’expliquer sans un jeu de rôle et de comm’ de ceux qui seraient lésés par les évolutions du secteur inhérentes à cette régulation.

Le « côté révolté du web »

« Il y a deux catégories de gens dans le secteur, explique Arnaud Poissonnier, CEO et fondateur de Babyloan.org. Certains ont une approche disruptive, disent qu’ils n’en ont rien à foutre des règles de la finance, c’est le côté révolté du web ; et d’autres ont une approche plus pragmatique, comprennent que la finance n’est pas réglementée par hasard, à cause des problématiques de risque, de transparence, d’information, d’anti-blanchiment, etc. » Pas besoin d’être un génie (du web) pour supposer que ceux qui poussent des cris d’orfraies aujourd’hui sont les premiers, toute forme de régulation allant contre leurs principes et leurs stratégies « disruptives ».

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La reprise en main du secteur profitera à l’évidence d’abord aux professionnels de la finance ou dotés d’une formation financière. Arnaud Poissonnier est justement un éclaireur venu s’implanter dans cette terra incognita cinq ans avant tout le monde. Après une fac de droit à Lille et un diplôme de notaire, il s’est engagé en 1993 dans la gestion d’actifs, travaillant successivement pour banque de Baecque Beau, Merrill Lynch et OBC/ABN Amro, au service de clients dotés d’un patrimoine de 1 à 100 millions d’euros.

En 2005, dans le cadre d’un partenariat entre OBC et Acted, une ONG française, il réalise un audit du microcrédit au Tadjikistan. Il découvre Kiva, le pionnier du secteur fondé en 2005, décide de rejoindre Acted en 2006, lève des fonds pour l’ONG, puis prépare son propre projet en 2007, qu’il lance en février 2008 : Babyloan.org est né.

La vendeuse de bonbon cambodgienne, la coiffeuse angevine et l’agent de l’ACPR

Babyloan.org est aujourd’hui le plus gros site de microfinance européen. Le monde du crowdfunding a connu entretemps un essor phénoménal, avec 800 plateformes dans le monde et déjà plusieurs branches : le don, l’investissement avec des contreparties non financières, l’equity, le microcrédit non rémunéré, et bientôt le prêt rémunéré. Sur les 15.000 projets financés grâce à Babyloan, deux ont particulièrement marqué Arnaud Poissonnier : le premier projet dans un pays en développement (au Cambodge, 200 euros pour permettre à une marchande de bonbons de racheter un chariot) et le premier projet en France (à Angers, 1.900 euros pour aider une coiffeuse à domicile à s’équiper).

Au-delà de la motivation que fournit cette satisfaction symbolique, le succès de l’ancien banquier s’explique par sa formation juridique et son souci de ne pas faire d’entorse aux règles de la finance traditionnelle. « On n’a jamais bougé le petit doigt sans demander l’accord de la Banque de France et de l’ACPR. Si vous discutez, ça peut très bien se passer. Par exemple, en jouant sur une faille et en négociant avec l’ACPR, Unilend va lancer la première plateforme de prêts rémunérés. » Plus que la connaissance du droit et des pratiques du secteur, ce qui compte, c’est donc la maîtrise de la relation avec le régulateur.

Le « vieillard » et les jeunes start-upers

« Je suis un vieillard dans l’univers du Crowdfunding, à 47 ans. La plupart des créateurs de plateforme ont un ou deux ans en audit ou en banque, voire sortent directement de l’école. » On peut ainsi citer François Carbonne, ancien de Dauphine et de CACIB, et Maxime Houssin, ancien de Dauphine, de Commerzbank et d’HSBC, fondateurs d’Anaxago, plateforme dédiée aux start-ups. L’université Paris Dauphine avait justement innové en 2011 en ouvrant le premier master de microfinance.

Dès 2008, Crédit Agricole avait pour sa part lancé, en intrapreneur, le fonds Grameen spécialisé dans le microcrédit. Au-delà des jeunes diplômés, toujours friands de secteurs alternatifs pour faire leurs armes, et des quelques vétérans aventuriers comme Arnaud Poissonnier, des professionnels traditionnels de la finance vont probablement se porter en nombre sur le secteur, dès lors que les prêts rémunérés en ligne seront autorisés. Ainsi, échaudés par la perspective d’une réglementation plus claire en 2014, les conseillers en gestion de patrimoine sont dans les starting-blocks. En somme, grâce à la loi, la France pourrait être à l’avant-garde du secteur. « Mort du crowdfunding », vraiment ?

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