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Vivre dangereusement : journal d’un spécialiste ABS (14e épisode)

L’épisode au cours duquel M. ABS* se voit tenté de partir travailler pour la Financial Services Authority (FSA).

La FSA a fait récemment parler d’elle. C’était plutôt choquant de voir que le patron de sa division Retail, par ailleurs responsable de la surveillance de la Northern Rock, aurait reçu en guise d’indemnités de départ un package de 300-400 k (370-500 k€). De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que vous êtes en difficulté si vous n’arrivez pas à rembourser un emprunt d’un million de livres mais que tout va très bien si vous ne remboursez pas un emprunt de 100 millions.

Une si grosse récompense (perte) pour une indemnité de rupture devrait être l’objet d’une vraie réflexion. Certes, Citigroup et Merrill Lynch ont déjà montré leur habilité à dilapider l’argent dans la nature avec les indemnités octroyées respectivement à Chuck Prince et Stan O’Neal, mais cela fait de la peine de voir que la pratique s’étend désormais aux services publics.

Les mecs ABS avec d’honorables P&L (Profit&Loss) ont été jetés à la rue avec des cacahuètes. Et à côté de ça, ce responsable inutile de la FSA part tranquillement avec un bonus équivalent à celui versé à un banquier middle-management après une bonne année.

Selon le Sunday Times, la FSA cherche à recruter environ 100 petits intellos pour découvrir d’éventuels problèmes financiers dans les banques, mais cela s’annonce être très difficile dans la mesure où l’institution rivalise avec les banques d’affaires qui paient bien plus. En tout cas, le package d’indemnités de la FSA me parle bien. Même très bien.

En entretien, il y a de meilleures entrées en matière que dire je veux travailler pour vous pour les indemnités de licenciement . Par contre, si la FSA recherche vraiment des analystes compétents sur les engagements hors bilan, alors les spécialistes ABS et CDO sont probablement les plus qualifiés et aussi les plus disponibles, vu l’offre abondante de ces profils sur le marché.

Si ma mission actuelle ne me plaisait pas autant, je serais prêt à courir travailler pour la FSA pour trois mois gratuitement dans la mesure où ils me nommeraient superviseur de mon ancienne banque. C’est toujours sympa de pouvoir solder de vieux comptes.

Pour dire vrai, je ne suis pas si ravi que ça de voir la FSA reconnaître que sa surveillance a été défaillante. Il est tentant de l’analyser comme l’une des causes de la crise de la Northern Rock, mais cela ne doit pas servir à dissimuler l’échec de la Bank of England quant à gérer la crise efficacement.

Si la FSA a le pouvoir de prévenir, la BoE reste celle qui est dotée de moyens pour résoudre les problèmes. Par conséquent, cela me fait plaisir de voir que Julius DeAnne, un ancien membre de la Commission de la politique monétaire, s’adonne désormais à ce qui est devenu mon principal passe-temps : casser du sucre sur le dos de Mervin King, le gouverneur de la BoE. Julius souligne qu’il est primordial pour une banque centrale de faire comprendre qu’elle est le garant de la stabilité du système. C’est précisément ce que Mervin King a échoué de nombreuses fois à faire.

Mon ami de chez Barclays Capital a suggéré que Mervyn soit ligoté à un lampadaire dans Soho et abandonné à son sort. Ce procédé peut paraître un peu radical, mais après tout il a largement contribué à ce que le marché britannique soit aujourd’hui dans un si piteux état.
Si les choses sont toujours apparemment si compliquées au Royaume-Uni, c’est parce que de grandes banques sont à même de bénéficier des actions positives des banques centrales étrangères. La machine à relations publiques de la BoE a tourné à plein régime, et quelle heureuse coïncidence que la FSA se mette à reconnaître ses erreurs à peu près au même moment ! C’est dommage pour nous et une honte que la BoE soit incapable de faire preuve d’humilité.

La semaine dernière, j’ai rencontré un banquier de chez Bear Stearns qui vient juste de finir de retaper un appartement qu’il a acheté quelques mois plus tôt. Plutôt que d’emménager avec sa famille, il doit maintenant le mettre en vente. Je compatis. Si j’avais encore un peu de bon sens, je ferais la même chose…

* Asset-Backed Security : dans le cadre d’opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d’acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.

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