☰ Menu eFinancialCareers

480k€ : c’est le maximum que pourraient bientôt toucher les banquiers en Suisse

Le siège d'UBS à Zurich (Photo: Martin Abegglen)

Le siège d'UBS à Zurich (Photo: Martin Abegglen)

Les banquiers étrangers installés en Suisse vont-ils finir par prendre leurs jambes à leur cou et quitter le pays ? Après le référendum contre les rémunérations abusives, la fameuse initiative Minder adoptée à 68% de oui en mars dernier, la Suisse remet le couvert sur le sujet polémique des hauts salaires. Sans surprise, les banquiers sont une nouvelle fois pointés du doigt.

En novembre, les Suisses devront répondre cette fois à la question de limiter (ou non) au sein d’une même entreprise le plus haut salaire à 12 fois le montant du salaire le plus bas. Organisée sur une proposition des Jeunes Socialistes, l’initiative 1:12 est partie en mars avec une légère avance dans les sondages (49,5 % de oui, contre 40 % seulement de non).

Les banques, championnes des écarts salariaux

Avec l’industrie pharmaceutique, la finance est au cœur des débats. D’après l’enquête d’Unia, les écarts constatés dans les grandes banques helvétiques sont parmi les plus importants : un rapport de 1 à 209 chez Crédit Suisse, 1:170 chez UBS et 1:130 chez Julius Bär. Mais le ratio dépend fortement de la méthode de calcul et des années considérées. En 2009, Brady Dougan, directeur général de Crédit Suisse, avait touché 90 millions de francs suisses de rémunération, dont 70 en actions, gagnant ainsi au total 1.812 fois plus que son employé le moins payé.

LIRE AUSSI

Les clichés sur les banquiers suisses ont la vie dure

Les employés d’UBS France “sous le choc”

Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d’Unia, résume ainsi les polémiques à l’origine de la vague de régulation initiée par l’initiative Minder discutée dès 2008 : « Certains cas ont beaucoup choqué : Brady Dougan pour le secteur financier, Daniel Vasella chez Novartis. Des scandales ont éclaté à l’annonce des montants des parachutes dorés de ces managers. Tous secteurs confondus, les écarts de salaires ont sérieusement grimpé en vingt ans, pour devenir aujourd’hui intolérables. »

Les grands groupes dans la ligne de mire

La nouvelle initiative 1:12 vise d’abord les grands groupes. « Plus de 95 % des entreprises suisses respectent déjà un tel ratio », assume Filippo Rivola, vice-secrétaire central des Juso (Jeunesses socialistes).

Les banques sont furieuses. Dans son dernier Outlook Suisse trimestriel publié le 2 juillet, UBS plaide contre l’avalanche réglementaire liée au marché de l’emploi suisse. « Plusieurs projets de régulation (…) peuvent compromettre fortement la compétitivité de notre économie dans ce domaine. Parmi ces initiatives et projets de lois, il y a notamment l’initiative 1:12 », dénonce  Daniel Kalt, économiste en chef chez UBS, dans sa note.

Des milliers de banquiers impactés

Si elle était votée, cette nouvelle réglementation forcerait à réévaluer plus de 5.000 salaires rien que chez Swisscom, d’après Carsten Schloter, CEO de l’opérateur téléphonique.

Les conséquences seraient particulièrement ravageuses dans le secteur financier, où les hauts salaires sont plus fréquents. Selon les études d’Unia et de Travail.Suisse, le salaire annuel brut le plus bas dans les principales banques du pays avoisine les 50K francs suisses par an (environ 40k euros). Le salaire maximal permis par l’initiative 1:12 serait donc de 600K francs suisses brut annuels, soit environ 482K euros.

Les rapports de rémunération 2012 des grandes banques suisses permettent de donner un ordre de grandeur du nombre des salariés concernés. En plus des onze membres de son comité exécutif, UBS identifie au sommet de sa hiérarchie salariale 501 “Key risk takers” ou “Hightly paid employees”, qui totalisent 790 millions de francs suisses de rémunérations. Crédit Suisse isole pour sa part 523 “Material risk takers and controllers”, payés 1 milliard 282 millions de francs suisses à eux tous. Pour ces deux catégories, le salaire moyen se situe déjà au-dessus du seuil qui serait imposé par l’initiative. Et les salariés touchés de manière indirecte seraient à l’évidence plusieurs milliers par groupe.

Limites et contournement

Olivier Godechot, sociologue spécialiste des salles de marchés, confirme ces ordres de grandeur : « Les dirigeants ne sont pas les seuls concernés. Les traders et les vendeurs gagnent rarement plus d’un million d’euros ; par contre, pour les chefs d’équipe et les chefs de salle, c’est plus fréquent. » Il a observé le même emballement des salaires depuis la fin des années 1990, dans les grandes banques françaises, comme la Société Générale ou BNP-Paribas.

Ce chercheur interroge cependant l’efficacité d’une telle mesure, a priori contournable. « Les grands groupes pourraient être tentés de faire une holding par catégorie d’employés, suggère-t-il. Et si seuls les salaires sont plafonnés, les entreprises vont s’adapter facilement, en versant d’avantage de stock-options et d’actions gratuites aux salariés concernés. »

Exode annoncé ?

Les groupes basés en Suisse seront-ils tentés par un redéploiement à l’étranger ? Ivan Glasenberg, CEO de Glencore, a brandi en mai la menace de la délocalisation. Pour Olivier Godechot, « c’est peu crédible : ils ne vont pas déplacer plusieurs centaines d’employés pour quelques personnes concernées ».

Il n’empêche, depuis le début de la crise et la vague de régulations, 39 banques étrangères sont sorties des radars de l’Association des banques étrangères en Suisse. Et le quotidien britannique The Independant de titrer cette semaine sur « l’exode bancaire ».

Les options de repli pour les banquiers basés en Suisse se réduisent toutefois comme peau de chagrin alors que l’Europe s’apprête à mettre en place le plafonnement des bonus des banquiers (via la directive CRD4). Quant à la City, elle semble perdre soudainement de son attrait depuis que le gouvernement britannique s’est prononcé lundi en faveur de bonus différés jusqu’à 10 ans.

ET AUSSI

La Suisse veut empêcher ses traders sur commodities de lorgner sur Singapour

Les family offices sont en plein essor en Suisse : Comment faire une carrière dans l’industrie du secret ?

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici