☰ Menu eFinancialCareers

Gestion alternative : formation exigée ?

S’il était auparavant primordial d’avoir de l’expérience afin de pouvoir entrer dans le monde séduisant et risqué de la gestion alternative, les choses sont sur le point de changer : vous allez peut-être bientôt devoir montrer patte blanche grâce à une formation ou à une certification professionnelle.

Longtemps réservée à une minorité de spécialistes, la gestion alternative suscite depuis quelques années un très large engouement : selon des estimations du Financial News, si les actifs gérés par les hedge funds représentaient au niveau mondial près de 400 millions de dollars en 2000, ces mêmes actifs atteignaient près de 1,1 trillion de dollars en 2004.

On a ainsi assisté ces dernières années à un exode massif de gérants de fonds traditionnels vers l’univers de la gestion alternative. Pourtant, si l’on observe les performances des nouveaux acteurs de ce domaine qui, souvent se sont formés sur le tas, il devient évident qu’on ne s’improvise pas gérant de hedge fund: en 2003, plus de 300 hedge funds auraient fermé leurs portes en raison de mauvais résultats et d’après une étude réalisée par Capco, près de 54% des fonds alternatifs ayant fait faillite aux Etats-Unis présentaient des dysfonctionnements opérationnels qui auraient été facilement identifiables. Francois-Serge Lhabitant, auteur spécialiste de la gestion alternative et professeur à l’EDHEC, affirmait ainsi qu’ en moyenne, les nouveaux gérants alternatifs sont moyens.

C’est sans doute en raison de cet engouement pour la gestion alternative aux résultats inégaux et de la nécessité de reconnaissance du domaine que se sont multipliés les cours axés autour de la gestion alternative au sein des écoles de commerce ainsi que les séminaires et autres formations réservés aux professionnels. Les hedge funds suscitent l’intérêt de nombreuses écoles de commerce qui ont intégré la gestion alternative dans leur cursus de formation parmi lesquelles l’INSEAD qui propose plusieurs électifs, HEC qui prévoit de dédier un cours aux hedge funds, ESSEC, l’EDHEC qui dispense plusieurs formations généralistes et spécialistes abordant ce domaine…

Norme de spécialisation

Les professionnels à la recherche de repères ont également éprouvé la nécessité de mettre en place une norme permettant de distinguer les spécialistes de la gestion alternative. C’est chose faite : the Chartered Alternative Investment Analyst Association fondée en 2002 a crée le titre d’analyste certifié en investissement alternatif (CAIA), premier standard professionnel de l’industrie qui certifie la maîtrise des outils et concepts essentiels à la pratique de la gestion alternative.

La formation est divisée en deux niveaux : le premier, sanctionné par un QCM, traite des marchés financiers traditionnels et de la théorie du portefeuille et couvre les bases de chacune des grandes classes alternatives. Il aborde les questions des méthodes d’évaluation et de gestion d’actifs, le management du risque et l’évaluation de performance dans les domaines de l’immobilier, du private equity, des marchés à terme des matières premières, et des hedge funds. Le deuxième niveau est dédié à l’approfondissement des techniques de gestion des investissements alternatifs et aux dernières avancées de la recherche appliquée.

L’école de commerce EDHEC basée à Nice et à Lille est, depuis un an, partenaire de cette formation et offre une préparation aux examens nécessaires à la certification CAIA : en auto-apprentissage, grâce à des résumés des ouvrages de référence du programme et des logiciels de simulation d’examens, ou à travers l’organisation de séminaires de révision à Londres, Genève et Paris.

Quel est le profil des candidats à la certification CAIA ? Pour Frédéric Ducoulombier, directeur de la formation continue en investissement alternatif et professeur associé au sein de l’EDHEC, on rencontre à la fois des candidats d’une trentaine d’années qui utilisent CAIA afin de donner un coup de pouce à leur carrière et des professionnels chevronnés, directeur de la gestion alternative, gérants de fonds ou directeurs d’entreprise de conseil dans le domaine de l’alternatif qui ont envie d’approfondir leurs connaissances et de formaliser ce qu’ils ont appris au cours de leur carrière. En général, les candidats sont surtout des gérants de hedge funds ou de fonds de fonds, des consultants en allocation d’actifs, des conseillers clientèles dans l’alternatif et des responsables de recherche. Nous trouvons aussi des avocats spécialisés et espérons également développer la participation des spécialistes de l’immobilier et du capital risque et investissement. Parmi les sociétés qui ont déjà inscrit des candidats aux formations dispensées par l’EDHEC se retrouvent des entreprises comme EIM, Alteram, PSolve, Natexis, ou Crédit Agricole Indosuez.

Pour Frédéric Ducoulombier, l’intérêt de cette certification est double : d’abord pour le titulaire de CAIA de pouvoir démontrer au sein de l’entreprise qu’il a acquis des bases solides en investissement alternatif ; ensuite, de permettre aux spécialistes de développer et d’approfondir leurs connaissances dans ce domaine.

La plupart des spécialistes en gestion alternative sont issus de la finance traditionnelle ou se sont formés sur le tas et n’ont pas eu la chance de passer par une formation spécialisée. Grâce à la préparation pour la certification CAIA, les professionnels peuvent structurer leurs connaissances et développer une vision d’ensemble de l’industrie, découvrir de nouvelles techniques de gestion dans leur spécialité ou acquérir des connaissances sur d’autres segments de marché que le leur nous explique-t-il.

L’ambition de cette formation est donc de créer un label de qualité dans le domaine de la gestion alternative similaire à la qualification CFA, véritable standard dans l’analyse financière dont elle pourrait devenir un complément ou la qualification PRM et FRM destinés aux Risk Managers. 2 300 personnes travaillant dans plus de 700 institutions financières se sont déjà inscrites dans le programme CAIA et une augmentation de 100% du nombre de candidats par rapport à 2004 est déjà prévue pour 2005.

Il est probable que cette formation ne demeure pas éternellement le seul standard en matière d’investissement alternatif compte tenu de la forte demande et de l’exemple du domaine de l’analyse financière où la qualification CIIA tente de concurrencer la certification CFA. Quelle que soit la qualification ou la formation que vous choisirez, ces certifications joueront un rôle de plus en plus important. Certains professionnels affirment même qu’elles devraient, comme pour les experts-comptables, devenir obligatoires. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici