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La papesse de la chasse de têtes parisienne part s’installer à Londres

Diane Segalen

La vie des chasseurs parisiens en finance n’a pas été un long fleuve tranquille ces dernières années. Le sérieux de la crise financière leur a même compliqué à ce point la donne que ces derniers – à l’instar de leurs clients – voient de plus en plus leur avenir à l’étranger.

Ainsi, Diane Segalen, co-fondatrice il y a dix-huit mois à Paris de Segalen+Associés, aux côtés de Violaine Amigues, vient d’annoncer l’ouverture d’une antenne à Londres, avec des bureaux situés au cœur de la City, près du métro Bank. Celle qui est connue dans le secteur financier « comme le loup blanc », disait d’elle Les Echos au moment du lancement de son cabinet, veut donc étendre sa marque Outre-manche.

« Ce projet ne fait qu’entériner une situation de fait, explique Diane Segalen, qui s’installera cet été dans la capitale britannique. L’ensemble des services financiers en France sont frappés par des plans sociaux ou un gel des recrutements depuis plus d’un an. Nos clients français en banque ou dans la gestion qui cherchent des relais de croissance recrutent essentiellement à Londres ».

Un tournant après 20 ans de chasse à Paris

Après 20 ans passés dans le métier à Paris, le projet londonien s’est logiquement concrétisé alors que l’ex-présidente de CTPartners prenait au moins une fois par semaine l’Eurostar depuis septembre dernier. Depuis lors, la moitié du chiffre d’affaires de sa société vient de clients basés à l’étranger. Les recrutements pour des postes à Paris sont moindres pour ce cabinet, qui accompagne les entreprises dans la recherche de hauts dirigeants et d’administrateurs dans les secteurs de la banque d’affaires, la gestion, le private equity, les family offices et les fonds d’investissements. Dans le corporate, les comités de direction sont encore en France.

« Nous ne recherchons pas plus de volume mais des missions plus internationales, plus qualitatives pour lesquelles il faut se montrer plus créatif. Pour cela, Londres est un passage obligé », confie Violaine Amigues, associé fondateur. Segalen+Associés, composé de 4 personnes, prévoit le recrutement d’un consultant expérimenté à Londres début 2014 pour accompagner le développement du cabinet Outre-manche.

Suivre  les besoins des clients français

Les développements des recruteurs indépendants français à l’étranger ne sont pas récents mais se sont intensifiés avec la crise à l’image d’une migration croissante des activités bancaires et de gestion Outre-manche, vers le Luxembourg ou encore la Suisse. Exane et Carmignac ayant été les exemples récemment les plus médiatisés. Une globalisation du business en finance va forcément de pair avec une globalisation du pool des candidats, dont Londres en est la meilleure ambassadrice.

« Pour survivre, les cabinets n’ont pas d’autres solutions que d’élargir le scope de leurs activités, et/ou devenir global ou à tout le moins véritablement européen. Or 80% des décisions sont prises à Londres, y compris dans les banques d’investissement françaises … », observe à son tour l’autre femme qui compte dans la chasse de têtes parisienne Odile Couvert, co-fondatrice du cabinet Amadeo Executive Search, qui réalise la moitié de son chiffres d’affaires à l’étranger. Le cabinet créé en 2006 à Paris a ouvert dans la foulée un bureau à Londres, qui compte aujourd’hui 5 employés anglo-saxons, un autre à Genève en 2009, et bientôt également une antenne à Luxembourg.

Suivre les besoins des clients n’est pas l’unique motivation qui préside à cette migration, les contraintes personnelles et la fiscalité sont des facteurs au moins aussi importants, concède Odile Couvert. Il n’empêche, ce choix n’est pas aisé et oblige souvent à des grands écarts. « Je voyage constamment entre les différents bureaux et pour le compte de mes clients. C’est très usant ! », reconnaît cette chasseuse, ancienne Vice-Présidente de la Practice Finance d’AT Kearney à Paris et formée comme Diane Segalen chez Heidrick & Struggles pendant une dizaine d’années.

Pari risqué ?

Londres, enfin, n’est pas l’eldorado auquel certains croient. Un bon nombre de chasseurs s’y sont aventurés avec un succès limité et préfèrent opérer uniquement depuis Paris en se contentant d’allers-retours réguliers.

Aussi pour Eric Singer, associé fondateur du cabinet Singer & Hamilton, aller à un Londres constitue aujourd’hui « un leurre ». « Le marché est peut-être trois à quatre fois plus important que celui de Paris, mais les concurrents y sont aussi très développés et le gel des embauches y est également la règle. Ce qui compte ce n’est pas la présence, mais le profil international des consultants », relève ce dirigeant, qui a fait le choix d’être présent à Londres et à Genève avant la crise, respectivement depuis 15 et 10 ans. Le cabinet ne compte que deux consultants dans chacune de ces places financières contre une dizaine à Paris mais réalise pour autant plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger.

Le phénomène en dit long sur l’évolution du marché du recrutement en finance en France. Les candidats en finance qui peinent à trouver un poste à Paris recevront peut-être cette information comme un lot de consolation. Les recruteurs sont logés à la même enseigne qu’eux : l’international est devenu un exercice imposé, mais les voies du succès, elles, restent impénétrables…

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