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11 septembre 2001… Réflexions d’un survivant

Cela fait 14 ans que les avions se sont écrasés et ont bouleversé à jamais le paysage du sud de Manhattan; 14 ans depuis que deux avions de ligne remplis de passagers ont été transformés en armes de destruction massive par une petite armée de terroristes et se sont crashés dans les tours Nord et Sud du World Trade Center. Cette attaque du 11 septembre 2001 a réalisé ce qu’un camion piégé avait échoué à accomplir huit ans plus tôt, détruisant ceux que certains désignaient comme le symbole architectural du capitalisme libéral.

Chaque personne travaillant dans les marchés financiers se souvient sans doute où elle était ce jour-là. Pour ma part, je m’en souviens comme si c’était hier. Je marchais allègrement à travers la Plaza Trade Center sur le chemin de mon travail quand, à 8h45, j’ai entendu une explosion au-dessus de ma tête. J’ai aussitôt pensé qu’il y avait eu une autre bombe.

J’ai regardé et vu une boule de feu et de fumée noire sortir d’un énorme trou d’environ 80 étages sur le côté nord de la Tour Nord. Comme chaque matin, je marchais vers le pont sur West Street qui relie les deux tours jumelles du World Trade Center, où je travaillais comme vice-président de Broadcast Services et président de Merrill Lynch Television.

Je n’aurais jamais dû aller travailler ce matin-là. Et des années plus tard, les images et les sentiments de cette journée restent gravés dans mon esprit et n’ont cessé de me hanter depuis. Permettez-moi de partager quelques-uns d’entre eux.

Tandis que je regardais la boule de feu et de fumée noire s’échapper du côté de la tour, il m’a semblé qu’il valait mieux déguerpir. Des morceaux de débris en flammes pleuvaient autour de moi. J’ai rebroussé chemin vers une foule debout sous l’auvent d’un des buildings les plus petits du centre commercial.

C’est là que je me suis retrouvé à côté d’une femme d’âge moyen qui sanglotait silencieusement tout en regardant au loin. Avant que je puisse lui demander ce qui n’allait pas, j’ai suivi son regard vers le trou béant qui avait défiguré le 86ème étage du building.

Debout, dans l’ouverture flamboyante, se trouvait un homme en costume. Il était en train d’ajuster sa cravate. Et puis il se pencha en avant et tomba de l’enfer béant. Il a atterri non loin de là où nous nous trouvions.

L’image de cet homme fixant sa cravate, pesant ses options et décidant ensuite de faire face à une chute fatale plutôt qu’une mort par le feu est aussi claire aujourd’hui qu’elle l’était il y a une décennie. Quelle sorte d’enfer était derrière lui dans ce trou loqueteux pour le convaincre que mourir suite à une chute de 86 étages était la meilleure alternative ? Que pouvait-il penser ? Ceci est mon dernier voyage donc je dois être présentable ?

J’avais besoin de donner un sens à ce que j’avais vu, de rationaliser ce qui aurait pu le motiver à redresser sa cravate pour être présentable quand il est entré dans l’au-delà. Au fond de moi-même, j’étais frigorifié, incapable de bouger, jusqu’à ce qu’un autre morceau de débris fumant vienne atterrir à quelques mètres de nous et me ramène à la réalité.

J’ai consulté ma montre et vu qu’il était presque neuf heures. J’allais être en retard au travail et j’ai commencé à marcher de nouveau vers West Street et le World Trade Center. Sur le chemin, j’ai arrêté un policier et lui ai demandé s’il connaissait la cause de l’explosion. Il a répondu qu’il avait entendu dire qu’un petit avion avait accidentellement heurté la Tour Nord et m’a ordonné d’accélérer mon pas car la zone allait devenir dangereuse.

En raison de la chute des débris, la Tour Nord a été fermée. Alors je suis allé jusqu’au niveau de Vesey Street. Je marchais vers la rue West, en gardant mes yeux sur la tour enflammée, essentiellement préoccupé par le moindre déplacement d’air et me demandant comment je pourrais faire face à cela. Partout, les gens étaient stupéfaits, hébétés, en pleurs et en état de choc. J’avais l’impression de me déplacer à travers une foule de zombies à qui l’on venait juste de sucer le sang.

Un jet volant à basse altitude

J’ai juste continué à marcher, en espérant arriver sain et sauf jusqu’au bureau alors que je voyais voler un avion 747 à basse altitude au-dessus de la rivière Hudson. Il avait l’air de voler très bas et cela semblait étrange. L’avion volait au-dessus du port de New York, vers la Statue de la Liberté, puis s’est incliné sur la gauche et a fait demi-tour…

C’est alors que l’incroyable s’est produit. L’avion s’est stabilisé puis a volé à droite dans la Tour Sud du WTC, déchirant le côté du bâtiment comme une tronçonneuse débite puis envoie dans l’air d’énormes morceaux de verre et de maçonnerie.

Ce n’était pas un accident. Deux avions, cela signifiait que nous étions attaqués. J’ai commencé à chercher un abri, ainsi que d’autres avions dans le ciel.

Je ne l’ai pas tout de suite réalisé, mais un nuage de débris détachés de la Tour Sud venait droit vers nous. J’ai crié : Attention ! Attention ! Stupéfaits, les gens qui m’entouraient m’ont regardé comme si j’étais fou alors que je les exhortais à s’enfuir et trouver un abri, celui-ci n’étant plus sûr. J’ai couru jusqu’à épuisement et j’ai ensuite regardé en arrière. À ce moment-là, les deux tours avaient de grosses entailles latérales d’où s’échappaient des boules de feu et de fumée noire.

J’avais l’impression d’être de retour au Vietnam, en plein milieu d’une fusillade, en train de me demander de quelle direction viendrait la prochaine salve de l’ennemi. J’avais déjà fait des cauchemars de ce genre. Mais là, ce n’était pas un rêve : tout cela était réel. Dans mon quotidien au Vietnam, je n’avais rien connu d’aussi horrible. C’était pire que la guerre, c’était l’enfer et le monde était en flammes.

J’ai essayé d’appeler le bureau, mais personne n’a décroché le téléphone. Je pensais qu’ils devaient avoir évacué l’immeuble. De toute façon, il n’y avait plus aucun moyen d’arriver au World Trade Center. La police déplaçait des foules de personnes hors de ce périmètre. J’ai tenté d’appeler à la maison mais il n’y avait plus aucun service de téléphonie mobile. Je ne pouvais pas prévenir mes proches sur le fait que j’étais encore en vie.

Finalement, je suis retourné vers Broadway, dans la 66e Avenue, où Merrill Lynch Television avait un bureau satellite. La télévision était allumée et tout le monde regardait la couverture en direct de l’attentat contre les tours jumelles. Je les ai rejoints, et nous avons vu la Tour Sud s’effondrer, suivie quelques minutes plus tard par la Tour Nord.

Quelques heures plus tard, j’ai réussi à joindre par téléphone ma femme qui était affolée et je lui ai dit que j’allais bien.

Cependant, dans les jours qui ont suivi, j’ai réalisé que je n’allais vraiment pas bien. Émotionnellement et psychologiquement, j’étais tourmenté par la culpabilité et les images horribles qui ne partiraient pas. Je me sentais coupable d’avoir survécu alors que tant de gens autour de moi étaient morts.

Ma société a perdu trois personnes ce jour-là. Je connaissais l’une d’elles et me suis rendu à son oraison funèbre. C’était un jeune homme d’environ 25 ans qui travaillait dans notre département. Il s’apprêtait à se marier, et avait toute la vie devant lui. Dans le bureau, c’était le petit nouveau.

Au Vietnam, c’était toujours le petit nouveau qui partait, le petit nouveau qui ne savait pas ô combien le terrain était dangereux. Ce jour-là, le petit nouveau ne savait pas qu’il pouvait se faire tuer juste en prenant son petit-déjeuner dans le mauvais restaurant, 100 étages au-dessus de Manhattan.

Pendant des mois après l’attaque, à chaque fois que je fermais les yeux, je pouvais voir la boule de feu sur ma tête et l’homme d’affaires redressant sa cravate puis son corps tomber à terre.

Deux mois après le 11 septembre 2001, Merrill Lynch nous a autorisés à revenir vers nos bureaux dans le quartier du World Trade Center. C’était bien trop tôt. Les cendres des tours brûlaient encore. L’air avait l’odeur de la mort et de la décomposition. Nos bureaux étaient encore couverts de poussière, et il y avait des particules dans l’air. Alors que j’étais assis dans mon fauteuil, j’ai eu le sentiment d’être entouré de fantômes.

Il y a 14 ans de cela, je traversais la Trade Center Plazza, où jadis un globe géant en métal étincelait au milieu d’une fontaine d’eau, où les enfants jouaient et les touristes s’arrêtaient et prenaient des photos. La place n’est plus là. Pendant de nombreuses années, il y avait juste un trou géant qui nous rappelait les vies innocentes et courageuses qui avaient été effacées dans la journée. C’était comme une plaie ouverte qui ne cicatrise pas, un trou dans le cceur d’une ville en deuil.

Aujourd’hui, un nouveau gratte-ciel moderne est érigé à sa place, servant à la fois à commémorer les esprits de près de 2.700 âmes qui y résident et à montrer au monde que la vie et le commerce continuent, dans un monde capitaliste libéral, même s’il doit actuellement faire face à des difficultés économiques.

Fred Yager a été enrôlé au Vietnam comme correspondant de guerre où il travaillait en tant que journaliste pour l’US Navy. Il est aussi un ancien rédacteur de l’Associated Press, CBS News et Fox Television. Le 11 septembre 2001, Fred était directeur de Global Broadcast Services et président de Merrill Lynch Television. Il est à présent rédacteur en chef de eFinancialCareers North America et auteur de plusieurs livres d’actualité et de fiction.

Note de l’éditeur Il s’agit là d’une version actualisée d’un essai que l’auteur a écrit pour le cinquième anniversaire du 11 septembre 2001 et publié dans ConsumerAffairs.com.

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