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TTF : 12.000 emplois directement menacés dans la gestion française

La taxe européenne sur les transactions financières accusée de mettre le feu à la gestion française

La taxe européenne sur les transactions financières accusée de mettre le feu à la gestion française

Le monde français de la gestion d’actifs s’est dressé comme un seul homme contre la taxe européenne sur les transactions financières (TTF), dont l’application est prévue pour janvier 2014. Une perspective qui menace des milliers d’emplois en France et fait peser un peu plus le risque des délocalisations.

L’Association française de gestion (AFG) chiffre à 6 milliards d’euros le coût de la TTF  chaque année pour les gérants français, quasiment la moitié du coût estimé par l’EFEMA (Europen fund and asset management association) à l’échelle européenne (13 milliards).

15% des revenus de la gestion française menacés de s’envoler ailleurs

La France a donc beaucoup à perdre dans cette histoire, font valoir six grandes fédérations et associations professionnelles françaises (Fédération bancaire française, Fédération française des sociétés d’assurance, Paris Europlace…) dans un courrier adressé récemment au Ministre français de l’Economie Pierre Moscovici et dont Le Monde a publié hier plusieurs extraits.

Aujourd’hui, 350 milliards d’euros sont gérés par les gérants français pour le compte de clients étrangers, soit 15% en moyenne de leur activité, nous a confié l’AFG. « Ce sont donc potentiellement 15% des 83.000 emplois générés directement et surtout indirectement par les 600 entreprises du secteur en France qui sont directement menacés », craint Carlos Pardo, directeur des affaires économiques à l’AFG.

La France handicapée face à la GB, l’Irlande et le Lux

L’industrie française de la gestion se situe au 1er rang européen avec 2.600 milliards d’euros sous gestion, selon l’AFG, et l’une de ses principales concurrentes directes, la Grande-Bretagne, ne figure pas parmi les onze Etats membres de l’EU, qui ont choisi d’adhérer à la proposition de directive réalisée par Bruxelles mi-février.

Pour Carlos Pardo, « l’équité concurrentielle n’est pas respectée ». C’est particulièrement vrai pour le secteur des fonds monétaires, à qui les observateurs prédisent la mort en France si la TTF européenne était appliquée. Ce secteur devra supporter les deux-tiers des 6 milliards d’impact chiffrés par l’AFG en France. « Environ 90% de ce marché en Europe est contrôlé à égalité entre la France, l’Irlande et le Luxembourg. Or, ces deux pays n’appliqueront pas la taxe », précise Carlos Pardo.

TTF : la goutte d’eau dans un environnement déjà assombri

Pour les gérants français, la TTF est une goutte d’eau dans un vase rempli… à ras bord. « Cette taxe assombrit davantage le paysage de la gestion française, déjà affectée par les nouvelles contraintes réglementaires, le pression fiscale et un environnement économique dégradé, s’inquiète Thibault de Saint Priest, vice-président du club des gérants d’actifs à Paris et associé gérant d’ACOFI. Tout ceci conduit naturellement les sociétés à mener des réflexions sur le maintien des équipes, sur d’éventuels transferts ou développements d’équipes à l’étranger. »

« C’est toute une génération de talents qui devrait rejoindre les secteurs de l’industrie financière non soumis à la taxe ou partir s’exercer à l’étranger sous la pression commerciale des clients », affirme, de son côté, l’AFG dans un récent communiqué.

Les contours de la TTF ne sont cependant pas encore clairement dessinés. Selon la dernière proposition de directive, la taxe consistera à prélever à hauteur de 0,1% le montant des transactions en actions et en obligations et de 0,01% sur les produits dérivés échangés.

Des montants qui peuvent paraître dérisoires au grand public mais qui « peuvent représenter jusqu’à 20 fois le niveau de nos marges », témoigne Dominique Ceolin, président d’ABC Arbitrage, société spécialisée en arbitrages boursiers, avec 80 salariés basés à Paris. Du côté des banques, Natixis a fait ses calculs et la charge annuelle de la TTF européenne dépasserait son chiffre d’affaires ( 7 versus 6 milliards d’euros).

En outre, les acteurs français de la gestion sont déjà les seuls en Europe à subir une taxe sur les transactions financières, adoptée unilatéralement par la France en août dernier. Pour ABC Arbitrage, cette TTF française a déjà entrainé un manque à gagner d’un million d’euros.

La TTF, “destructrice de valeur ajoutée”

La TTF européenne, au même titre que la taxe française, est « politiquement intelligente, mais économiquement idiote », juge Dominique Ceolin. « Il s’agit d’un prélèvement pré-bénéfices : cette taxe empêche un bénéfice de se réaliser. En cela, elle est destructrice de valeur ajoutée. C’est donc un leurre puisque elle n’aidera pas les Etats à se renflouer, sans parler de l’effet destructeur sur notre activité alors qu’en France nous sommes déjà surtaxés notamment sur les salaires », plaide Dominique Ceolin.

Partir, se développer à l’étranger… ? ABC arbitrage souhaite l’éviter. « Nos actionnaires et nos clients s’inquiètent ouvertement que l’on soit 100% basé à Paris, ils considèrent que c’est un facteur de risque pour eux et nous avons la responsabilité de répondre à leurs inquiétudes », explique néanmoins Dominique Ceolin, qui avait déjà dénoncé les risques d’une pression fiscale trop forte sur les entreprises financières.

Déjà d’autres sociétés, à l’instar de Carmignac et d’Exane, ont fait cette démarche de délocalisation partielle de leur personnel, respectivement vers le Luxembourg et Londres.

commentaires (1)

Comments
  1. Ca ne fera que 12 000 chômeurs de +…quand on en a déjà plusieurs millions, ce n’est qu’une goutte d’eau ! encore un excellent calcul de ce super gouvernement féru en économie : les gérants sont des gens qui gagnent plutôt bien leur vie, donc indemnités de chômage seront élevées, et in fine nous auront une baisse de la collecte d’impôts. et quand il n’y aura plus personne pour payer les impôts délirants afin de financer la mégalomanie de M. HOLLANDE et de son gouvernement, on supprimera enfin toutes les allocations CMU, familiales, qui n’attirent pas forcément des travailleurs dans notre pays, puis le service public et les fonctionnaires. Mais ce n’est pas grave notre image de pays des droits de l’homme et de la liberté est préservé, n’est ce pas le principal ???? Bravo ! une boulette de + .
    Ceci étant si tout ça nous permet d’aller vivre à Luxembourg…Chouette avec grand plaisir. Qualité de vie exceptionnelle.

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