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Taxe à 75%, le retour : « même pas peur » dans les milieux financiers français

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Les footballeurs ont volé la vedette aux financiers ces derniers jours dans la foulée de l’annonce d’une nouvelle mouture de la taxe à 75% pour les revenus supérieurs à un million d’euros. Désormais supportée par les employeurs, la taxe touchera bien les sportifs stars des clubs de foot comme tous les employés concernés en France, a tranché Matignon. Seulement, va-t-elle véritablement déstabiliser l’industrie financière française et ses banquiers stars ?

Un nombre “infinitésimale” de banquiers concernés

Selon Bercy, la nouvelle mesure annoncée par le Président Hollande jeudi soir dernier devrait concerner moins de 1.000 personnes et rapporter environ 500 millions d’euros par an. Cette version retoquée n’a pas fait réagir la Fédération Bancaire Française, qui nous a simplement confié partager la position du MEDEF (Mouvement des entreprises de France), dont la présidente Laurence Parisot a qualifié la nouvelle taxe de « marqueur anti-entreprises ».

« Cette annonce va affecter un nombre infinitésimale de personnes, y compris dans la finance, commente Philippe Perriot, consultant senior chez Towers Watson, à Paris. Certainement beaucoup moins de 500 professionnels de la finance en France prétendent à un salaire d’un million d’euros et plus, tous types de rémunérations confondues », précise-t-il. Pour lui, cette mesure affectera principalement une minorité de mandataires sociaux des grandes entreprises cotés au CAC40 et au SBF 120 et les cabinets d’avocats. Un chasseur évoque également le cas des cabinets de conseil en stratégie. Reste cependant à savoir si les associés de ces cabinets seront visés par cette réforme dans la mesure où beaucoup adoptent un statut de profession libérale, a priori exempté de cette future taxe.

Car le diable se cache bien dans les détails… La taxe s’appliquera-t-elle bien sur deux ans seulement, comme l’a laissé entendre le Président Hollande lors de son interview télévisée ?

Comment et à quelle type de rémunération la taxe s’appliquera-t-elle ? Concernera-t-elle ainsi la partie du bonus différé le cas échéant ? D’après Les Echos, la taxe à 75%, à l’instar de la taxe ponctuelle sur les bonus décidée en 2010, devrait s’appliquer sur l’ensemble de la rémunération. Mais le risque constitutionnel existe, précise le quotidien.

Les salariés les mieux rémunérés en banque sont déjà partis à Londres

« Plus personne dans les banques à Paris ne perçoit 1 million de rémunération sur une année, en raison des mécanismes de différés », constate Philippe Perriot.

De son côté Odile Couvert, co-fondatrice du cabinet Amadeo Search à Paris, nuance légèrement : « Une poignée de professionnels dans les grandes banques d’investissement françaises perçoivent une rémunération annuelle cash de plus d’un million d’euros. La plupart des patrons d’activités à Paris se situent entre 700.000 et 1 million d’euros à Paris », explique cette chasseuse de têtes. « La plupart des rémunérations des professionnels payés au-delà du million d’euros sont salariés à Londres et depuis longtemps ».

Même son de cloche de Philippe Perriot, pour qui l’arrivée de Hollande à la tête du pays n’a pas entraîné une hémorragie des équipes bancaires parisiennes, « déplacés à Londres bien avant la pression fiscale du nouveau gouvernement ». En outre, « partir à Londres signifie pour les employés qu’ils doivent passer sous contrat anglais, ce à quoi les professionnels réfléchissent à deux fois », explique le consultant.

Un climat de défiance vis-à-vis de la place financière

Quels seront les acteurs de la finance parisienne les plus affectés ? « A priori, peu de personnes sur Paris. Seuls quelques traders, banquiers M&A, gérants de fonds de private equity et quelques fondateurs de sociétés de gestion particulièrement performantes, ayant réussi le passage du milliard d’euros d’actifs sous gestion, et dont l’actionnariat est concentré et constitué par ses dirigeants », relève Renaud Pechoux, associé du cabinet Themis Executive à Paris.

Nous pensons à des acteurs comme Comgest et Carmignac, qui privilégient désormais l’étranger pour développer leur business et leurs recrutements, ou encore Mandarine Gestion.

« Même pour les personnes concernées, partir n’est pas une décision facile, seule une petite minorité sont prêts à changer de vie et emmener leur famille à Londres, Genève ou Luxembourg », relativise Renaud Pechoux.

Il n’empêche, cette mesure crée sans nul doute un climat de défiance vis-à-vis de l’industrie financière en France, s’accordent à dire l’ensemble des observateurs interrogés. Les banques sauront trouver des remparts contre la nouvelle fiscalité, jugent-ils. Ainsi Odile Couvert suggère que les « dual contracts » pourraient se développer. Ces contrats permettent à des professionnels très souvent en déplacement entre deux pays (la France et l’Angleterre par exemple) de percevoir une partie de leur rémunération en France et une autre partie à l’étranger, de manière tout à fait légale.

De même, un autre chasseur qui a souhaité gardé l’anonymat a constaté récemment que certains banquiers s’étaient vus proposer une embauche à Londres sous contrat anglais avec une relocalisation promise ensuite à Paris sous un statut de salarié détaché, un moyen de contourner le poids des charges sociales en France.

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