☰ Menu eFinancialCareers

La Suisse veut empêcher ses traders sur commodities de lorgner sur Singapour

Genève, une destination pourtant prisée par les Français

Genève, une destination pourtant prisée par les Français

La Suisse est leader en matière de commerce sur les matières premières et compte bien le rester. Pour cela, le pays n’entend pas durcir la réglementation qui entoure ce secteur qui contribue à hauteur d’environ 3,5 % de son PIB. Voilà les principaux messages que la Confédération Suisse a voulu faire passer à travers la publication hier d’un rapport exhaustif sur le sujet.

Plus de 10.000 professionnels en Suisse

Ce rapport a pris la forme d’un exercice d’autopromotion, plutôt réussie. On y apprend que le négoce des matières premières remonte au 18e siècle en Suisse, devenu depuis l’un des centres les plus importants du négoce des matières premières.

Chiffres à l’appui : quelques 500 entreprises et plus de 10.000 professionnels, principalement basés à Genève (8.000 employés) et à Zoug et dans une moindre mesure à Lugano. Y sont installés les géants mondiaux Vitol, Glencore International et Trafigura ou encore Mercuria, Gunvor, Litasco, Cargill ou Louis Dreyfus, qui a annoncé hier des bénéfices nets pour 2012 encore jamais atteints dans son passé, soit $1.1 milliards (Reuters).

Ce joyau suisse est cependant menacé par la concurrence internationale, Singapour en tête.  Selon une enquête de l’administration suisse menée auprès d’entreprises suisses de matières premières, et mentionné par le rapport, Singapour occupe, pour ce qui est de l’attrait global de la place économique, la deuxième place derrière la Suisse. « Les professionnels suisses estiment toutefois qu’au cours des cinq ans à venir la Suisse perdra quelque peu de son attrait au profit de Singapour, qui la relèguera au deuxième rang », explique les auteurs du rapport.

D’autres places financières comme Dubaï, et Hong Kong font également de plus en plus de l’ombre à l’industrie des matières premières suisse, sans oublier les acteurs historiques que sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.

Fiscalité singapourienne imbattable

La Suisse a donc besoin de garder un environnement juridique, économique et fiscal attrayant pour garder ses traders sur commodities sur Genève.

Comme le montre le graphique ci-dessous, la Suisse peine en effet à concurrencer ses nouveaux compétiteurs en matière de fiscalité. Les employés hautement qualifiés sont ainsi taxés au moins deux fois plus en Suisse qu’à Singapour et Honk-Kong. Un professionnel célibataire percevant 100K euros de revenu est taxé à 11,3% à Singapour, 16,1% à Hong-Kong, et 36,4% à Genève, selon l’indice de fiscalité 2011 du cabinet Bakbasel.

indice-fiscalité

Le rapport insiste sur le fait qu’il n’y a pas de tendance générale à la délocalisation. Pourtant, le vent semble avoir bien tourné en faveur des places asiatiques. Le dernier classement des Global Financial Centres (GFCI 13), publié cette semaine, place Genève en 7ème position (qui a néanmoins gagné deux places par rapport à l’édition 2012) mais derrière Singapour et Hong-Kong, classées respectivement 4e et 3e places financières dans le monde.

L’exemple chypriote

La Suisse est bousculée par les places émergentes y compris sur le trading sur le pétrole où elle occupait jusqu’alors le leadership. Les traders sur pétrole qui avaient élu domicile à Chypre – aujourd’hui à la recherche d’une place financière plus accueillante – seraient ainsi davantage tentés par Singapour que par Genève. Si l’on en croit Javier Blas, journaliste du FT spécialiste des matières premières, Mercuria, Gunvor, Vitol (dont le siège est en Suisse) mais aussi Island Oil et Trafigura, toutes présentes à Chypre, envisageraient d’installer une partie de leurs équipes en Asie. 

L’enjeu est d’autant plus crucial pour la Suisse que l’industrie des matières premières  fait également travailler ses banquiers – UBS et Credit Suisse, les établissements français installés à Genève (BNP Paribas et Credit Agricole) tout comme un certain nombre de banques cantonales. Ces banques financent les activités des sociétés de commerce des matières financières à hauteur de 70 à 80 %. Une aubaine pour le secteur bancaire suisse à l’heure où la banque privée helvétique est déstabilisée par les affaires et la poussée réglementaire en faveur d’une plus grande transparence.

Risque de réputation

La pression politique et médiatique commence d’ailleurs à se faire également ressentir dans le secteur des commodities. Le risque de réputation n’est pas écarté par la Suisse du fait que le secteur est de plus en plus pointé du doigt pour son opacité et les très fortes rémunérations de ses traders. La réaction de l’administration suisse se montre cependant plutôt défensive in fine. Parmi les 17 recommandations faites dans le rapport de l’administration aucune mesure véritablement contraignante n’a été proposée.

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici