☰ Menu eFinancialCareers

La France, un “paradis” pour financiers au chômage

argent reçu

À travers la planète, la France apparaît comme l’un des pays les plus protecteurs en matière de droit du travail et les plus généreux en termes d’indemnités de licenciement. C’est aussi dans l’Hexagone que les financiers au chômage sont les plus chouchoutés (et de loin !) par leur système d’allocations chômage, devant les banquiers suisses. 

Les banquiers licenciés à Londres, à New-York – pire à Singapour ou au Moyen-Orient – n’ont pas d’autre choix que de retrouver un emploi, et vite.

La preuve avec ce petit exercice comparatif.

La City, dernière place financière occidentale où vous voudriez tomber au chômage

L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) est en mesure de calculer l’indemnisation des chomeurs sur la base du pourcentage de leur dernier salaire, selon les pays où ils se trouvent.

Voici les résultats obtenus* dans le cas d’un banquier gagnant 150% du revenu moyen national (moyenne des revenus des travaileurs du pays, donnée jugée plus pertinente en raison des variations des niveaux de vie). Ce qui correspond approximativement à €52K en France, $68k aux Etats-Unis, et £51 au Royaume-Uni.

  • Quand ce banquier est célibataire, sans enfant, voilà le pourcentage de son salaire qui lui sera reversé par les différents Etats (sur une période référente de 12 mois) :

1 – Suisse : 73% du dernier salaire

2 – France : 69%

3 – Allemagne : 62%

4 – Luxembourg : 64%

5 – Etats-Unis : 34%

6 – Irlande : 29%

7 – Australie : 16%

8 – Royaume-Uni : 9%

  • Le financier est maintenant marié, son conjoint travaille, le couple a deux enfants et la famille peut prétendre à des allocations sociales et de logement le cas échéant :

1 – Suisse : 87% du dernier salaire

2 – Allemagne : 83%

3 – France et Luxembourg : 78%

4 – Etats-Unis  et Irlande : 58%

5 – Australie : 49%

6 – Royaume-Uni : 47%

Les banquiers d’investissement de la City et les professionnels de l’industrie des fonds en Irlande n’ont donc plus qu’à croiser les doigts à la lecture de ces chiffres… Le Royaume-Uni et l’Irlande ont en effet mis en place des régimes particulièrement peu favorables aux financiers puisque tous les chômeurs, quel que soit leur dernier emploi et leur dernière rémunération, perçoivent un montant fixe, calculé par l’Etat sur un pourcentage du salaire moyen dans le pays (10% du salaire moyen pour le Royaume-Uni et 32% en Irlande). Un célibataire de plus de 25 ans touchera maximum 71 livres par semaine au Royaume-Uni et €188 en Irlande. Les banquiers flambeurs se mordront les doigts de ne pas avoir rempli leur bas de laine.

La France, le pays le plus avantageux pour les chômeurs de longue durée…

« Les diverses études présentent souvent la Suisse, l’Allemagne et la France comme parmi les pays les plus généreux en matière de prestations chômage », commente Spencer Wilson, en charge des questions d’emploi au service de presse du siège de l’OCDE, à Paris.

Pour de nombreux experts, le cas de la Suisse et de l’Allemagne  s’expliquent par leur très faible taux de chômage. La Suisse a affiché un taux de chômage exemplaire de 2,9% en 2012, le taux d’actifs sans emploi en Allemagne est descendu à 6,8% pour atteindre le plus bas niveau depuis 22 ans. Quand, dans le même temps, ce chiffre dépasse les… 10% en France !

Les banquiers licenciés à Paris ont néanmoins une raison de se rassurer : l’Etat français subviendra à leurs besoins plus longtemps que n’importe quel autre pays. La durée maximum des indemnités chômage y est la plus élevée au monde : jusqu’à 24 mois de versements, devant la Suisse (18 mois), l’Allemagne, l‘Irlande, et le Luxembourg (12 mois chacun).

L’Etat britannique se montre, là-encore, le moins dépensier puisque les prestations chômage ne sont plus versées au bout de 6 mois. Même scénario pour les professionnels qui perdent leur emploi aux Etats-Unis, où la plupart des Etats limitent la durée de versement à 26 semaines. Suite à la crise financière, les allocations chômages ont été étendues au-delà de 26 semaines. L’an passé, le maximum de 99 semaines a été abaissé à 73 semaines. Seuls 9 Etats appliquent ce maximum, selon le Huffington Post. Les Etats du  New Jersey et de New York ont abandonné leur “Extended Benefits program” respectivement mi-2012 et fin 2012.

… et pour les plus hauts salaires (avec la Suisse) !

Une fois encore la France se démarque en matière de plafond, puisque les financiers les mieux payés pourront atteindre une indemnité maximum de 79.488 euros par an. De fait, « le régime français n’est quasiment pas dégressif, comme c’est le cas dans les pays d’Europe du Nord, pourtant perçus comme généreux », note Spencer Wilson. Dans la plupart des pays en effet le taux de remplacement du salaire diminue alors que la dernière rémunération, prise pour référence, augmente.

La Suisse talonne la France en matière de plafond puisqu’elle est en mesure d’offrir à ses chômeurs jusqu’à 88.200 CHF (71.551 euros) par an. Suivent ensuite, d’assez loin, le Luxembourg (39.584 euros) et l’Allemagne (38.880 euros). Le plafond est de 18.824 dollars aux Etats-Unis et de 12.808 dollars australiens (10.261 euros), pourtant considéré avec son New Start Allowance comme le système d’indemnisation le plus clément d’Asie-pacifique.

« La France présente un système d’assurance chômage complètement hors-norme à la fois en termes de plafond et de durée d’indemnisation. Avec un déficit cumulé de plus de 18 milliards d’euros attendu pour fin 2013, la viabilité de ce système est cependant plus que jamais posée », commente David Jonin, avocat associé au sein du cabinet Gide Loyrette Nouel à Paris, et spécialiste du droit social.

Au-delà du cas français, ce spécialiste du droit social estime qu’il y a un « océan entre les systèmes européens et le reste du monde ».

Les financiers des places financières asiatiques appelés à économiser en cas de coup dur !

Si vous pensiez que les Etats-Unis et l’Australie avaient des régimes de solidarité peu attrayants, vous n’avez encore rien vu. Les financiers perdant leur emploi en Asie ou au Moyen-Orient sont encore bien moins bien lotis. Mieux vaut pour eux avoir mis quelques sous de côté, ce qui ne devrait cependant pas causer de problème quand, par exemple, le taux d’imposition des salaires à Singapour n’excède pas 20%. Cet Etat ultra-capitaliste limite les rares prestations proposées aux personnes les plus démunies. Avec un taux de chômage à 1,4% les banquiers licenciés ne devraient cependant pas devoir à se serrer la ceinture trop longtemps.

Si vous envisagez de vous expatrier à Hong Kong, soyez sûr de votre coup car à moins d’être résident depuis au moins de 7 ans, rien ne vous sera offert en cas de perte de votre emploi. En outre, dans le secteur financier, les résidents de longue durée sont loin de pouvoir prétendre à quelconque aide du gouvernement. Le « Social Welfare Department »  limite en effet son accès aux personnes dont le patrimoine est inférieur à HK$25k (2.482 euros).

Pays du Golfe : priorité aux nationaux !

Les professionnels qui ont élu domicile dans une des places financières du Golfe auront, quant à eux, la mauvaise surprise d’apprendre à la suite d’un éventuel licenciement qu’ils ne sont tout bonnement pas éligibles aux allocations chômage, si tant est qu’elles existent.

Une exception : « Bahreïn est le seul pays membre du Conseil de coopération du Golfe du CCG dont le système des allocations chômage s’applique également aux non-nationaux », relève Sara Khoja, avocate associée au sein du cabinet d’avocats Clyde & Co, à Dubaï. Les indemnisations y sont plafonnées à 500 Dinar de Bahreïn (BHD) mensuel, soit 1.022 euros, pendant 6 mois maximum. Et pour y avoir droit dans le secteur privé, encore faut-il avoir souscrit à une caisse d’assurance vers laquelle le salarié, son employeur et l’Etat abonde mutuellement à hauteur de 1% du salaire de l’employé. Avec 3,7 % de chômage, Barheïn figure parmi les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) affichant les taux de personnes sans emploi les plus bas.

« La législation relative à l’assurance chômage dans le Golfe est en plein évolution. Le but principal des nouvelles lois – orientés vers les nationaux – est d’encourager l’emploi dans le secteur privé afin de réduire l’écart entre le taux d’activité dans le secteur public et celui dans le privé », précise cependant Sara Khoja. Comprenez : l’indemnisation des financiers expatriés au chômage est le cadet des soucis de ces économies, frappées doublement par la crise financière et les conséquences du Printemps arabe.

*Les statistiques de l’OCDE datent de 2010, qui sont les dernières données disponibles.

Cet article a été rédigé avec la collaboration de Paul Clarke et Simon Mortlock.

commentaires (3)

Comments
  1. Désolé mais je trouve le titre racoleur sous entendant que les français au chômage sont des “assistés profitant du système”

    Vous pourriez également faire un article sur certains français à l’étranger , critiquant notre système social (je ne le défend pas spécialement ici) , et revenant au pays toucher leur chômage…

  2. Le système d’assurance-chômage est, comme son nom l’indique, une assurance. Les assurés payent une cotisation, proportionnelle à leur revenu. Bien que les comptes des ASSEDIC soient intégrés dans les comptes de l’Etat, et les emprunts garantis par l’Etat, ils disposent bien de ressources indépendantes du produit des impôts et taxes. Il est par conséquent partiellement faux et trompeur d’écrire que :”l’Etat français subviendra à leurs besoins plus longtemps que n’importe quel autre pays.”

    Ce n’est pas l’Etat qui subvient, à la différence d’un revenu de remplacement qui n’est pas la contrepartie d’une cotisation préalable.

    En outre, les cadres cotisent davantage qu’ils ne touchent des ASSEDIC, et auraient de ce fait intérêt à faire sécession, ils seraient indemnisés davantage ou plus longtemps.

    De plus, je croyais que le plafond mensuel des ASSEDIC était de 57.4% du brut. D’où sort dès lors ce chiffre de 69% ?

    Par ailleurs, il serait bon de comparer ce qui est comparable. Au Royaume-Uni, les prestations de chômage sont faibles, mais il existe un mécanisme de prise en charge du loyer, ce qui peut être apprécié des familles nombreuses.

    Les financiers hors Europe ont des salaires souvent bien plus élevés, et un taux d’imposition moyen souvent inférieur, 15% à Hong-Kong, à comparer à nos 15.5% de CSG/CRDS.

    Bref il faudrait réussir à évaluer le prix de l’assurance-chômage par rapport aux prestations, et comparer les résultats entre pays. Bon courage car il s’agit d’options réelles dont les paramètres sont nombreux.

    Sans faire cela, le risque est grand de tirer les mêmes conclusions que le gouvernement, à savoir qu’il faut impérativement faire payer les riches et réduire à la fois la retraite et le chômage pour les cadres (surtout les vilains banquiers, seuls responsables de la crise). Ce qui constituerait une colossale manoeuvre de diversion car l’essentiel du déficit public est constitué du déficit de l’Etat, lui-même constitué pour la plus grande part de dépenses de personnel trop importantes.

    Au bilan, l’Etat veut faire payer son train de vie aux salariés du privé. Pas étonnant.

  3. J’oubliais le plus important.

    Vous mentionnez : « La France présente un système d’assurance chômage complètement hors-norme à la fois en termes de plafond et de durée d’indemnisation. Avec un déficit cumulé de plus de 18 milliards d’euros attendu pour fin 2013, la viabilité de ce système est cependant plus que jamais posée », commente David Jonin, avocat associé au sein du cabinet Gide Loyrette Nouel à Paris…

    Sur 10 ans à fin 2010, le régime des intermittents du spectacle représentait 9.1 milliards d’euros de déficit cumulé, et ce régime crée un déficit de 1 milliard d’euros par an (1.2 ces temps-ci). Ce qui nous conduirait à 12 milliards d’euros de déficit cumulé fin 2013 rien que pour le régime des intermittents du spectacle, sur les 18 pour l’ensemble du système d’assurance, soit de l’ordre de 72% du total.

    Il ne vous a pas échappé que le régime des intermittents a été accolé au régime général, afin de le sauver de la faillite. Et afin de couler le régime général d’assurance-chômage, qui ne fonctionnait pas si mal, et avait même des excédents lors de périodes de -relative- prospérité.

    Est-ce qu’une fois encore, les financiers vont être rendus responsables des pertes du régime particulier des intermittents ?

    La stratégie du bouc-émissaire devrait avoir des limites.

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici