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Pourquoi les CFO français sont incroyablement populaires à l’étranger

Avenir doré pour les CFO français à l'étranger?

Avenir doré pour les CFO français à l'étranger?

Le marché de l’emploi hexagonal semble devenu trop étroit pour les directeurs financiers français dont l’appétit pour une carrière internationale s’est fortement aiguisé ces dernières années. Marquée par une croissance de 20% par rapport à 2011, l’embauche des DAF (directeurs administratifs et financiers) français s’est distinguée l’an passé par « une envolée de leur carrière hors de nos frontières (Amérique du Sud, Inde, Russie, Corée) », révèle la dernière Salary Survey de Robert Walters, publiée le mois dernier. 

À l’image de Bertrand Badre, qui a quitté ses fonctions de directeur financier à la Société Générale en décembre dernier et vient d’endosser les responsabilités de CFO (Chief Financial Officer) au sein de la banque mondiale, les “Frenchies” sont en train de se faire une vraie place sur la scène internationale.

Coralie Rachet, directrice associée de Robert Walters à Paris observe une « tendance de fond, en progression ces dernières années ». Ainsi, 30% des recrutements de DAF réalisés aujourd’hui par le cabinet à Paris se font à l’étranger, contre 15 à 20% il y a quelques années.

Des expertises valorisées

Pourquoi les directeurs financiers français ont-ils ainsi augmenté leur cote de popularité à l’étranger ? « Le niveau de technicité des DAF français est apprécié. Tout comme leur forte culture controlling (pilotage business, sens analytique) et leur culture cash », explique cette experte en recrutement de profils financiers.

Johann Van Nieuwenhuyse, directeur senior chez Michael Page à Paris confirme que les Français présentent une « palette de compétences bien plus large que leurs collègues d’Europe du Sud ou de l’Est, par exemple ». Alors que ces derniers se concentrent sur le contrôle financier principalement, les professionnels français vont davantage savoir maîtriser la trésorerie, la consolidation, les risques, les aspects statutaires, fiscaux et légaux notamment, explique-t-il.

L’appel des zones émergentes

Ils peuvent aussi apparaître comme « mieux armés techniquement » en comparaison aux CFO anglo-saxons,  souvent issus du monde de la banque d’investissement, des M&A ou du corporate finance. Face à ces derniers, qui sont généralement tournés dans le cadre de leur expatriation vers les pays du Commonwealth ou les pays anglophones, les Français on su proposer leurs compétences là où les vrais besoins se font sentir, à savoir les pays émergents.

« Nous observons une pénurie d’experts en local. Les groupes sont souvent déçus par les candidats locaux dans les filiales car à l’international, les DAF ont une culture plus comptable et moins riche au niveau du controlling », constate Coralie Rachet de Robert Walters. Ainsi on retrouve beaucoup de Français en Chine, en Russie, ou encore en Europe de l’Est. Au-delà, d’autres marchés moins matures semblent aujourd’hui faire la part belle aux Français, selon les cabinets de recrutements interrogés.  C’est le cas de la Malaisie, de la Thailande, de la Corée ou encore du Chili et de la Colombie.

Lionel Guérin, CFO de Sanofi-Aventis à Varsovie en Pologne, a su repérer cette brèche à la fin des années 90, quand tout juste diplômé de l’EDHEC, il cherche une opportunité dans un pays émergent et part effectuer sa coopération auprès de l’Ambassade de France en Pologne. Il y apprend la langue et s’imprègne de la culture. De retour en France, il est recruté par Saint-Gobain, qui très rapidement lui propose de repartir…en  Pologne.  Il accepte et passe huit ans dans la région à différents postes de CFO. Après une parenthèse aux Etats-Unis où il suit un MBA à la Sloan School du MIT, Lionel Guérin rejoint le groupe Sanofi, une nouvelle fois en en Pologne. L’expérience accumulée dans la région intéresse tout particulièrement le groupe français à la recherche d’un profil immédiatement opérationnel dans un environnement émergent difficile. Il dirige actuellement une équipe de 70 personnes, ses résponsabilités incluant la Finance, les Achats, la Supply Chain, les Systèmes d’Information et l’Administration. « Le marché est favorable pour les directeurs financiers français dans les pays émergents », confirme ce professionnel maîtrisant parfaitement le Polonais en plus de l’Anglais et de l’Allemand.

Produits d’un système éducatif reconnu à l’international

Le système éducatif français, reconnu pour sa qualité à l’étranger, y est certainement pour quelque chose. Les écoles de commerce françaises, d’où sont issus la majeure partie des financiers français, sont traditionnellement très bien positionnées dans le classement du Financial Times. Beaucoup d’entre elles ont mis en place un cursus entièrement en Anglais et propose l’apprentissage d’une troisième langue comme le Mandarin, le Russe ou le Portugais, sans oublier l’année de césure à l’étranger devenue la norme. De ce fait, « les jeunes français sont plus souvent sensibilisés à l’ouverture internationale et à la culture business que leurs confrères étrangers scolarisés plus souvent à l’université ou ayant suivi des cursus purement d’expertise-comptable comme aux Etats-Unis avec le CPA (Certified Public Accountant) », note Johann Van Nieuwenhuyse chez Michael Page.

« Une importante partie des financiers français présentent aussi des profils ingénieurs et sont réputés pour leur rigueur dans tout ce qui a trait aux processus. Voilà pourquoi on les retrouve beaucoup dans les projets de re-enginering, de Centres de Services Partagés (CSP) ou d’outsourcing », constate à son tour Armand Angeli, président du Groupe Internationale de l’Association Nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion (DFCG), qui réunit 3.200 membres en France.

Un savoir-faire que ne démentira pas Caroline Castandet-Philippe, directrice du centre de services financiers partagés de Merck aux Etats-Unis. Cette professionnelle qui a débuté dans le groupe pharmaceutique allemand à Paris, puis en Allemagne pour y organiser la migration de tous les services financiers en Europe, est arrivée aux Etats-Unis il y a quatre ans pour déployer le second “shared services centre” mondial de Merck pour le continent américain. « Les Français sont généralement très compétents sur l’analyse de chiffres, en matière de normes IFRS et également sur le transfert de compétences dans les logiciels ERP (Enterprise resource planning). En revanche, j’ai beaucoup appris des Américains en matière de contrôle interne et de management », témoigne cette directrice financière, basée près de Boston, pour qui la dimension multiculturelle compte tout autant pour ce type de poste que la maîtrise technique.

L’international, une nécessité pour les financiers français pour au moins 3 raisons

À l’image des financiers français, la DFCG s’est largement tournée vers l’international ces dernières années. Armand Angeli est ainsi également président pour la région EMEA de l’International Association of Financial Executives Institutes (IAFEI) et dirige l’Institut Francophone des Professions Financières (IFPF), qui développe des liens avec des associations locales au Maghreb et en Afrique noire notamment.

« Un départ à l’étranger est devenu incontournable pour les directeurs financiers français, faute de quoi leur évolution professionnelle risque d’être sérieusement freinée», commente Armand Angeli. Ce président d’association évoque aussi la conjoncture  économique morose en France et les opportunités professionnelles limitées ainsi que les raisons fiscales qui poussent certains, notamment dans le secteur bancaire, à quitter la France.

Aussi on ne s’étonnera guère de constater qu’un 1 DAF français sur 2 (46%) envisage désormais une implantation à l’international, selon les chiffres de la dernière étude internationale de Michael Page, publiée en novembre dernier. Les directeurs financiers français sont aussi plus en mesure d’acter cette mobilité car ils sont plus jeunes que la moyenne internationale. Ainsi 70% des sondés français sont devenus DAF entre 30 et 40 ans, alors qu’en Amérique du Nord – où l’âge pour devenir CFO est le plus avancé – 50% des CFO interrogés le sont devenus après 50 ans.

Un « je ne sais quoi » en plus ?

Autre facteur qui joue en faveur des Français : « Le tissu des entreprises en France est constitué d’un grand nombre de grandes entreprises internationales, comparé par exemple à l’économie allemande davantage orientée vers les PME (petites et moyennes entreprises) », relève Johann Van Nieuwenhuyse chez Michael Page. Ce qui donne les moyens aux Français de partir à l’étranger d’abord via des entreprises françaises pour la grande majorité d’entre eux, notamment dans l’industrie du luxe, de la construction ou de la pharmacie à l’instar de Lionel Guérin.

Pour ce dernier, les Français doivent en partie leur succès à l’étranger car ils «présentent un mélange culturel intéressant, qui associe la rigueur cartésienne, l’ardeur à la tâche – qualités transmises notamment grâce au système éducatif français et que l’on retrouve aussi chez les Allemands et les Nordiques – avec une certaine aisance dans la communication, qualité propre aux Européens du Sud ou aux Anglo-saxons ».

En matière de business, les Européens en général et les Français en particulier possèdent une « bonne vision stratégique du fait probablement de leur formation plus théorique », complète Caroline Castandet-Philippe. Quand les Américains, eux, « sont très doués pour la mise en place rapide de projets, ils peuvent abattre des montagnes», poursuit-elle.

Quelques handicaps encore à lever

La spécificité culturelle et comportementale des Français ne fait pas toujours recette à l’étranger, cela dit. Lorsque plusieurs candidats sont en compétition dans une entreprise internationale pour un poste de direction financière apatride, « les Français sont rarement préférés parce qu’ils sont moins internationaux dans l’esprit et dans la maîtrise des langues que leurs confrères étrangers. Mais également du fait de l’arrogance prêtée aux Français. Dotés d’une intelligence des situations qui les amène à critiquer, à remettre en question et à challenger, ils passent pour des empêcheurs de tourner en rond, ce qui ne facilite pas leur intégration aux autres cultures », considère Coralie Rachet de Robert Walters.

Les Français ont donc encore beaucoup à apprendre de leurs expériences hors de France. Cependant, une fois qu’ils s’installent et développent leurs compétences à l’étranger, il ne fait aucun doute qu’ils savent se faire apprécier et se montrer fidèles en retour. Au point d’avoir du mal à envisager un retour dans leur pays. « J’appartiens maintenant à plusieurs pays, et je ne suis plus sûre de vouloir rentrer en France », confie Caroline Castandet-Philippe, tentée par un séjour plus long aux Etats-Unis ou par une autre expatriation en Europe, en Angleterre par exemple. Et de conclure : «Lorsque l’on goûte à l’expatriation, on y prend goût. Il faut reconnaitre qu’il y a un côté addictif ! »

commentaires (3)

Comments
  1. C’est fou comme on est les meilleurs. J’attends just de voir un artice du même genre sur Efinancialcareers.us avant de trop y croire…

  2. Franchement il y en a un peu marre de notre franchouillardise de bas étage. J’ai la chance de cotoyer des gens d’une dizaine de nationalités, tous très compétents, et marre de cet esprit, cette mentalité qui croit encore qu’on est les meilleurs au monde et que tout le monde vient en France s’arracher nos cerveaux tellement on est enviés.

    Pourquoi ne pas vivre tranquillement, sereinement, sans se poser trop de questions ? La discrétion ne fait pas de mal.

    Il n’y a qu’en France que j’arrive encore à lire ce genre d’articles. A t on des doutes sur nos qualités pour chaque fois devoir ressortir un article qui prétend qu’on est les meilleurs de l’univers et que la terre ne tournerait pas sans nous ?

    Beaucoup de mes compatriotes se prennent trop la tête pour reprendre une expression populaire. Bon sang sortez un peu plus, vivez le monde, voyagez, et arrêtez de vous prendre la tête indéfiniment. Arrêtez d’être tout le temps derrirèe votre écran à pianoter sur vos claviers sans savoir ce qu’est la vie.

    J’ai des tas d’amis de toutes nationalités et il n’y a vraiment mais vraiment vraiment qu’avec les français que je vois cette mentalité pourrie, je dis bien pourrie.

    Non nous ne sommes pas les meilleurs au monde et non la terre entière ne nous envie pas ce que nous sommes. On est ce qu’on est, avec nos qualités et nos défauts. Et savoir garder son clapet fermé devrait aussi faire partie de l’éducation de beaucoup de mes compatriotes.

    Merci Londres, là bas j’arrive à les éviter…

  3. Je confirme, un certain nombre de CFO francais se debrouillent tres bien au Bresil et en Argentine… Que cela dure!

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