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La titrisation fait (très) timidement sa réapparition dans les banques

Open door

Entre réduction de bilan et contraintes de liquidités, les banques sont prises en tenaille ; la titrisation (securitization en anglais) pourrait du coup refaire surface pour leur faciliter la tâche. Cette technique permet en effet à une banque de transférer un ou plusieurs prêts dans le bilan d’autres investisseurs, qui en échange, achètent des titres de la banque, l’abreuvant ainsi en liquidités. Plusieurs milliards d’euros de prêts deviennent ainsi  titrisables, ce qui est plutôt de bon augure pour les professionnels de la titrisation.  « Aujourd’hui, si les profils recherchés par les banques peuvent être assez variés, le savoir-faire acquis reste valorisé et essentiel, s’appuyant sur une culture de risque crédit, une pratique de la structuration et une composante commerciale (business development) acquises en BFI dans les environnements de dettes : Debt Capital Market (DCM), financements structurés, etc. », relève Denis Marcadet, président et fondateur du cabinet Vendôme Associés.

Sans surprise, les Etats-Unis demeurent la zone la plus active en opérations de titrisation, même si les fluctuations de marchés de capitaux et les incertitudes réglementaires ont rendu difficile le maintien des établissements financiers sur cette ligne de métier. Selon les dernières données publiées par Dealogic, JPMorgan est arrivée en 2012 en tête du marché US avec 32,75 milliards de dollars d’opérations asset-backed securities (ABS), suivie de Barclays, BoA-Merrill Lynch, Citigroup, Wells Fargo et Deutsche Bank. A noter que des banques françaises comme BNP Paribas et Credit Agricole, désireuses de reconquérir le marché un temps délaissé de la titrisation de crédits, ont opéré ces derniers mois un certain nombre de recrutements clés de banquiers seniors aux Etats-Unis (Reuters).

En Europe, et notamment dans l’Hexagone, certaines banques ont déjà pris les devants à l’image du Crédit Foncier qui a déjà titrisé un milliard d’euros de prêts en 2012, logés dans le bilan de la Banque Postale, et compte titriser pour 2 milliards d’euros de prêts en 2013, soit 20% de ses ressources annuelles sur les marchés. Son directeur général, Bruno Deletré, anticipe le développement de ce mode de financement (La Tribune.fr). Autre établissement français actif en matière de titrisation : Natixis, qui en décembre dernier a lancé une titrisation de créances commerciales affacturées pour 1,15 milliard d’euros. Une opération originale qui a suscité l’intérêt des investisseurs et pourrait donner des idées aux autres banques. Mais sur le front de l’emploi, cela ne se traduit pas par de nouvelles embauches. Tout au plus la filiale de BPCE recherche actuellement un stagiaire assistant structureur au sein de son équipe Front-Office Titrisation et Crédits/Solutions Structurées.

« La titrisation a beaucoup souffert et ces dernières années nombreux sont les professionnels qui nous ont sollicité suite à une forte réduction des effectifs dans leurs équipes, nous confie Jérôme Hacquard, associé du cabinet de chasse de têtes Singer & Hamilton et associés. Aujourd’hui, les banques n’ont pas encore émis le besoin de reconstituer leurs équipes. Mais le fait de faire appel à des stagiaires est souvent le signe d’un redémarrage potentiel : les banques recrutent ensuite les stagiaires avant d’aller chercher des seniors chez la concurrence. Sauf que cette fois-ci, si recrutements il y a, les banques favoriseront les mobilités internes aux recrutements externes ».

Ne pas reproduire les erreurs du passé

« Si elle n’a pas disparue, l’activité titrisation est restée en veille avec des équipes extrêmement allégées. Dans le contexte actuel de recherche de sources alternatives de financement elle reprend tout son sens. Il s’agit d’une activité de spécialistes qui ne peut aujourd’hui, au regard des errements qui ont conduit aux USA à la crise des subprimes, ne se déployer que dans un cadre réglementaire strict », explique Denis Marcadet, qui ajoute que les commissions générées par la titrisation seront moins importantes que jadis, où les banques, notamment aux Etats-Unis, se sont mises à titriser tout ce qu’elles pouvaient.

« L’une des raisons de la crise de 2008 est la titrisation sur titrisation. C’est à dire que les petits génies de la finance avaient inventé des produits financiers adossés à d’autres produits financiers eux-mêmes adossés, notamment, à des crédits hypothécaires. Lorsqu’un maillon de la chaîne s’est effondré, tout le reste s’est effondré », rappelle Pascal de Lima, enseignant en économie à Sciences-po Paris et spécialiste de la finance (France 24).

En matière d’abus, les Etats-Unis font plutôt figure d’exception. « En France, on n’a jamais fait de mauvaise titrisation et elle est plus que jamais nécessaire pour prendre le relais du système bancaire (…) En outre, les textes en vigueur dissuadent fortement les banques de diffuser des titrisations de mauvaise qualité car elles sont obligées d’en garder une partie à leur bilan », note Gérard Rameix, président de l’Autorité des marchés financiers (La Tribune.fr).

Des initiatives prometteuses

« Il y a six mois, le mot titrisation semblait encore banni sine die. Le sujet est évoqué aujourd’hui et l’on pourrait observer une relance de la titrisation dès 2013 grâce à plusieurs évolutions majeures. Il y a eu quelques opérations fin 2012, mais pour que la titrisation devienne un vrai moteur de financement de l’économie, il faut trouver des moyens pour qu’elle soit moins pénalisante en fonds propres pour les banques. L’accès à ce marché est vital pour de nombreuses entreprises et plusieurs initiatives sont en cours », relève Carol Sirou, présidente Standard & Poor’s France (Magazine Décideurs).

Par exemple, le projet Prime Collateralised Securities vise à promouvoir un standard de titrisation suffisamment transparent pour comprendre la nature des prêts et encourager le régulateur à faire en sorte que les opérations qui ont ce label puissent disposer d’un traitement réglementaire moins pénalisant. L’engagement mutuel des parties, opérateurs et régulateurs, est une condition sine qua non à la reprise d’un marché de la titrisation comme véhicule de financement suffisamment liquide et profond.

En France, la place de Paris s’apprête à lancer d’ici à l’été 2013 un véhicule de refinancement des banques. Un groupe de place développe « actuellement des mécanismes de titrisation innovants et sûrs qui devraient permettre aux banques de mieux exploiter le gisement de créances privées qui figurent à leur bilan et de renforcer leurs capacités de financement », a indiqué le mois dernier Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France (Les Echos.fr). Reste à savoir si ces initiatives seront suffisantes pour redonner à la titrisation ses lettres de noblesse…

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