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Comment une carrière en banque peut ravager votre corps et votre mental

Après quelques années devant son écran (Photo credit: RichardAlan)

Après quelques années devant son écran (Photo credit: RichardAlan)

L’abstinence des lendemains de fêtes a gentiment laissé place au retour des petits plaisirs que l’on s’accorde au quotidien. Ces écarts peuvent prendre diverses formes : substances illicites, alcool, caféine, nocturnes au bureau… Quels que soient vos vices, soyez vigilants !

Plusieurs études et autres gourous de l’anti-stress ont classé les carrières en banque d’investissement comme parmi les plus stressantes qu’il soit. Et les employés d’en payer un lourd tribut, à la fois mentalement et physiquement. “51% des hommes qui travaillent à la City, âgés de plus de 40 ans, souffrent de dysfonctions érectiles”, explique Tim Bean, qui se décrit comme un “spécialiste de la longévité” et coach pour célébrités. D’où sort cette statistique ? “Il y a de nombreuses études sur le sujet”, assure Tim Bean, qui a travaillé avec des banquiers de Lloyds, entre autres. “Et le langage du corps dans une salle remplie de banquiers à chaque fois que j’en parle ne trompe pas.”

Mauvaises habitudes

Les banquiers boivent trop de café et d’alcool, selon lui. Or ces deux substances tendent à détruire la production de testostérone et peut causer des problèmes d’impuissance, prévient-il. Les banquiers qui abusent de la caféine peuvent développer ce qu’il appelle des « moobs ». “La caféine prive les hommes de leur masculinité”, dit-il. “Ils prennent du poids, et la graisse produit ses propres œstrogènes, c’est un cycle vicieux qui se met en place. Au final, la “ménopause masculine”, mesurable traditionnellement à la quarantaine avec une baisse de la testostérone, intervient beaucoup plus tôt pour ces hommes”.

Pour certains banquiers, la dépendance à la caféine est le moindre de leurs soucis. Don Serratt, ancien banquier et fondateur de Lifeworks Community, un centre de traitement et de réhabilitation pour toxicomanes, constate un pic des demandes de traitement chaque début d’année. Parmi ces patients, nombreux sont des banquiers, la plupart âgés entre 25 et 45 ans. “Ils viennent ici principalement pour soigner leur dépendance à la cocaïne, mais on voit aussi des problèmes liés à la prise médicamenteuse notamment les benzodiazépines, prescrits pour l’anxiété, dont on devient très vite dépendant”.

Don Serratt constate que les banquiers, futés, arrivent à se faire prescrire de grandes quantités de benzodiazépine par différents médecins pour répondre à leur addiction croissante. “La plupart des gens dans ce secteur sont des personnalités dotés d’une forte ambition et d’une grande motivation, sans forcément qu’ils soient capables d’appréhender leurs propres limites,” ajoute-t-il.

La prépondérance de ce type de personnalités ne constitue pas l’unique explication. Une importante étude publiée l’an passée par Alexandra Michel, une ancienne  “associate” en banque d’investissement reconvertie en professeur en management et en organisation à l’Université de Californie, montre que les jeunes banquiers ont tendance à pousser leur corps à bout alors que leur socialisation professionnelle implique de longues heures de travail et un environnement particulièrement compétitif.

Ce témoignage d’un directeur en banque d’investissement, recueillie par la chercheuse, est parlant : « Il n’y a pas besoin de managers. Nos systèmes permettent aux gens de se contrôler eux-mêmes, parfois sans qu’ils s’en rendent compte. Nous donnons des feedbacks aux employés sur la façon dont ils performent, et cela suffit. Pas besoin de leur fixer des objectifs. Ils sont en compétition avec eux-mêmes ».

Le cycle infernal des excès imposés au corps

Alexandra Michel a étudié dans deux divisions de deux banques d’investissement (l’une comprenant des banquiers d’affaires, l’autre des vendeurs et des traders). Elle a mené des centaines d’entretiens et est finalement arrivée à la conclusion que les banquiers passent par un cycle d’excès physiques avant de jeter l’éponge ou de reprendre le contrôle.

De la première à la troisième année (Abuse: Sur cette première période de la carrière des banquiers, la chercheuse a découvert que ces derniers ont tendance à  maltraité leurs corps. Ils travaillent dur sans prêter attention aux signes d’épuisement, aux troubles de l’alimentation, à la chute des cheveux… Pourvu que le boulot soit fait. Alexandra Michel s’est entretenue avec une banquière qui était tombée en allant à une réunion, se cassant la jambe en deux endroits. Bien que la jambe changea de couleur et fut douloureuse, la banquière a ignoré les symptômes jusqu’à ce que sa réunion soit terminée.

Quatre à six ans d’expérience (Breakdown: Après 4 ans passés en banque, la chercheuse constate que les corps des banquiers commencent à montrer des signes de résistance. “Les banquiers développent des tics embarrassants, comme se ronger les ongles, se gratter le nez, ou se tripoter les cheveux”, remarque-t-elle, ajoutant que, dans le même temps, ils “dépensent leur argent, font la fête et consomment de la pornographie comme des moyens pour lutter contre la fatigue, pour garder le contrôle, ou s’évader”. À ce stade, cependant, les effets liés aux excès des années précédentes commencent à se faire ressentir. “C’est un combat permanent. Mon corps résiste et je trouve un moyen de contourner la contrainte”, a confié un banquier à Alexandra Michel.

Six ans et plus (Care and attention) : Les banquiers passés par cette phase d’alerte sont bien obligés de commencer à prendre la mesure des limités que leur impose leur corps et à prendre soin d’eux-mêmes, avance la chercheuse. Fait intéressant, elle note que cette prise de conscience agirait plus efficacement sur les banquiers qui sont restés six ans ou plus dans la même entreprise : “Les banquiers ont besoin de jouer le jeu social avant de pouvoir prendre de la distance”.

«Le cerveau du banquier, un organe du corps parmi d’autres !”

Conformément aux conclusions d’Alexandra Michel, Tim Bean affirme que beaucoup de banquiers rencontrés ont tendance à ne pas tenir compte de leur bien-être physique. “L’accent est mis sur ​​les capacités intellectuels, or le cerveau n’est qu’un organe parmi d’autres”, commente-t-il.

Don Serratt remarque que les banquiers qui viennent à lui pour des problèmes de toxicomanie ont généralement des problèmes sous-jacents qu’il s’agit de traiter. Et de préciser : “Ce peut être la dépression, l’anxiété, le stress ou tout simplement une qualité de vie médiocre – un grand nombre de ces personnes travaillent un million d’heures par semaine !”

(Texte traduit par Julia Lemarchand)

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