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Des banquiers prennent une leçon d’éthique chez les bénédictins

L’industrie bancaire entre actuellement dans une phase d’auto-flagellation, du type de celles qu’on s’inflige après avoir volé dans la caisse. Il s’agit de se faire pardonner de nombreux péchés, réels et imaginaires, comme la manipulation des recommandations des analystes financiers ou les récentes pratiques frauduleuses des gérants de fonds.

Les amendes et les démissions en sont à l’origine. Mais l’industrie doit prendre conscience de ses mauvais agissements et être sanctionnée en conséquence. Le retour en force de l’éthique est un pas dans ce sens.

Les sites Internet des banques affichent clairement leur engagement éthique. BNP Paribas annonce, suite aux scandales d’Enron et de WorldCom, sa volonté de se conformer aux procédures d’éthique demandées. L’une des principales demandes concerne la création d’une fonction dédiée à la mise en place de principes éthiques Ethics and Compliance . Toutes les divisions emploient à présent des officiers chargés de faire respecter l’éthique .

Le site de Goldman Sachs explique : Nous ne cherchons pas à obtenir des avantages concurrentiels par des pratiques commerciales illégales ou contraires à l’éthique. Tout employé ou manager doit faire son possible pour se comporter de manière juste avec les clients de l’entreprise, les prestataires de services, les fournisseurs, les concurrents et les employés.

Le problème est que personne ne sait comment définir l’éthique, ni comment la mettre en pratique. Pour y remédier, les banques envoient leurs cadres dans des séminaires. Le premier de ces séminaires a eu lieu le mois dernier au monastère bénédictin de Worth, dans la campagne vallonnée du Sussex, au Sud de Londres.

Les valeurs des bénédictins, édictées par la Règle de St Benoît autour de l’an 530, peuvent faire fuir le capitaliste moyen. Elles privilégient la pauvreté, l’humilité, et l’obéissance.

Cela n’a pas découragé l’abbé de Worth, le Père Christopher Jamison, qui a organisé, conjointement avec Roger Steare, coach pour cadres à Londres, un séminaire d’une journée consacré au bien-être éthique des cadres en entreprise .

Un groupe de banquiers est arrivé au premier séminaire avec curiosité et un profond scepticisme. Interrogé par le Père Christopher, qui lui demandait ce qu’il attendait du séminaire, l’un d’eux a répondu : En réalité, je ne sais pas .

Cependant, les craintes que le séminaire se résume à des exhortations à être aimables avec les autres ont rapidement été dissipées. L’abbé Christopher a habilement présenté dix-neuf concepts éthiques développés par des penseurs comme Jeremy Bentham ou John Stuart Mill. Il a évoqué d’un ton cinglant la faiblesse de l’utilitarisme, qui consiste à maximiser le bien-être pour un maximum de gens et a également souligné que l’économiste Milton Friedman ne savait pas de quoi il parlait.

Il est difficile de dire ce que les participants ont retenu de tout cela, mais tous semblaient impressionnés. L’abbé avait toute notre attention.

Il a insisté avec Roger Steare sur le fait que toute entreprise pour fonctionner doit respecter une certaine éthique compréhensible par tous les employés et suscitant leur adhésion. Dans le cas contraire, ils risquent de s’égarer et de se sentir malheureux au détriment de l’entreprise.

Ainsi, l’éthique a un impact pratique. Ce séminaire a présenté la justice, la prudence et le souci pour autrui comme les 3 valeurs essentielles – issues de la tradition classique et chrétienne – dignes de figurer parmi les valeurs éthiques d’une société.

Les participants ont dû résoudre un cas pratique. Un gestionnaire de portefeuille, à la tête d’un fonds refusant d’investir dans le secteur du tabac ou de l’alcool, a été surpris par les médias en train de fumer et de boire. Les investisseurs étaient révoltés et ont menacé de se retirer. Quelle devrait être l’attitude de son conseil d’administration ?

Dans le cadre des principes éthiques proposés les participants se sont lancés dans un débat animé pour savoir si le gestionnaire de portefeuille avait mal agi, et comment traiter chacun avec équité, tout en assurant la survie de l’entreprise. Nous avons couvert de nombreux sujets et nous pensions que nos efforts méritaient au moins un B+, mais M. Steare nous a reprochés d’être passés à côté de la plupart des questions éthiques qui étaient en jeu. Nous avions peut-être besoin d’un séminaire supplémentaire.

Un autre dilemme, soulevé de manière informelle par un des participants, a produit un résultat intéressant. Deux participants ont soutenu qu’ils ne profiteraient jamais d’un moment d’inattention d’un concurrent pour lire un document confidentiel. Deux autres participants (dont moi-même) ont affirmé qu’ils n’hésiteraient pas à le faire.

Ce cas suggère que pour chaque entreprise correspondent des valeurs éthiques différentes. Une entreprise pourrait théoriquement adopter des valeurs comme la brutalité, la malhonnêteté et le mépris absolu de la loi. Elle pourrait soumettre ses employés à des tests psychométriques et leur faire suivre des séminaires pour savoir s’ils adhèrent à ses principes et les renvoyer dans le cas contraire.

Ceci constituerait un cadre éthique recevable, bien qu’évidemment très éloigné des enseignements du séminaire où le chemin vers la prospérité pour une entreprise passe par des relations justes avec les autres.

Le séminaire a également souligné le danger de considérer l’éthique comme un simple devoir à accomplir. Au contraire, le Père Christopher explique: Les règles vous disent comment agir, alors que l’éthique vous dit comment penser avant d’agir. Sans base éthique, une entreprise fonctionnant uniquement avec des règles s’effondrerait.

Entre les différentes sessions du séminaire, les participants se sont promenés dans la campagne environnante, ont écouté des moines chanter des psaumes et profité d’un jardin reposant propice à la contemplation. Certains se sont plaints de problèmes internes à leur entreprise, comme les salaires exorbitants de leurs dirigeants pour des performances pourtant médiocres et les changements soudains et déroutants de management. Ces questions semblent tomber à point dans le cadre d’un séminaire d’éthique.

Les participants sont d’accord pour dire que le séminaire a été profitable et stimulant intellectuellement. Savoir si cela va changer quelque chose reste à voir. Il y a peut être un risque de voir cette participation à des séminaires éthiques se systématiser, pour se réduire à un exercice de devoir accompli, ce qui serait contraire aux enseignements de ce séminaire.

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