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2013, année de tous les dangers ou année de reconquête pour les banques françaises ?

banques françaises

Les banques françaises rongent leur frein. À l’aube de 2013, la nouvelle loi bancaire, tout juste présentée par le gouvernement français, constitue le principal ingrédient du nouveau cocktail réglementaire avec des contraintes inédites en Europe (séparation des activités dites « spéculatives » et des activités utiles à l’économie, interdiction des activités de trading de dérivés de matières premières agricoles et du trading à haute fréquence), tandis que les menaces liées à une croissance économique en berne et à une crise de l’euro toujours vivace peinent à s’estomper.

Face à ces défis,  les banques françaises ont-elles les moyens de survivre et de rebondir ?

Une consolidation à grands pas et des suppressions de postes comme  toile de fond

De l’aveu même des banquiers, le nombre d’acteurs dans le secteur est appelé à fondre au cours des prochaines années au regard des exigences en capital et en liquidité sans cesse renforcées. “Seules 5 ou 6 banques universelles survivront”, prédisait en novembre 2012 Anshu Jain, co-directeur de Deutsche Bank (Bloomberg). Ces propos font écho aux résultats de l’étude du cabinet Roland Berger, publiée le même mois, et qui prévoit qu’un tiers des banques mondiales mettront fin à leurs ambitions internationales, avec en bout de course moins d’une dizaine d’acteurs avec une réelle présente globale, et 40.000 nouvelles suppressions de postes à la clé. Ainsi UBS fut la première grande banque européenne, fin octobre, à s’être retirée du jeu certes lucratif mais aussi gourmand en capitaux propres que sont les activités FICC.

Qu’en est-il des grandes banques françaises ? BNP Paribas, Société Générale, Credit agricole et Natixis, filiale du groupe BPCE, ont toutes déjà fortement réduit la voilure et n’ont pas réchappé aux plans sociaux. Après Paris, les places financières les plus affectées par les vagues de suppressions de postes annoncées fin 2011-début 2012 sont Londres, New York, Singapour et Hongkong. À elles quatre, les banques françaises cotées totalisent quelque 5.600 suppressions de postes dans le monde (dont 2.200 environ en France) principalement dans les activités de banque de financement et d’investissement. C’est peu au regard des 10.000 nouveaux licenciements annoncés par la seule UBS fin octobre ou des 11.000 nouvelles coupes prévues par l’américaine Citigroup début décembre.

Néanmoins, cette cure d’amaigrissement devrait se poursuivre, un peu partout. Selon le baromètre des banques européennes d’Ernst & Young du 10 décembre, 41% des banques présentes en France (à nuancer néanmoins avec la catégorie banques françaises) prévoient d’engager de nouvelles coupes des effectifs au cours du premier semestre 2013.

Retrait géographique, cession d’activités… Les françaises perdent du terrain

Ainsi, Credit Agricole CIB pourrait annoncer un nouveau plan social début 2013, selon une information publiée le 13 décembre par Dow Jones. La banque verte, qui a officialisé la cession de sa filiale de courtage Cheuvreux à Kepler au mois de décembre, s’est retirée de 21 des 53 pays dans lesquels elle était présente.

Natixis et CACIB figurent parmi les banques qui ont opéré les replis les plus notables des activités de marchés. Natixis a décidé purement et simplement de se retirer d’activités comme le brokerage commodities, le shipping, ou encore le real estate en Asie et en Australie quand Credit agricole annonçait un arrêt complet des activités Global Equity & Commodity Derivatives.

Plus généralement, face aux problèmes de liquidité accentués par la crise grecque à l’été 2011, toutes les banques françaises ont du se désengager d’une grande partie des activités de financements en dollars. Une note de Morgan Stanley du 20 novembre 2012 sur les perspectives 2013 des banques européennes relevait à cet égard que « les banques françaises, acteurs parmi les plus influents [dans les financements en dollars sur les matières premières ou les prêts syndiqués par exemple], ont engagé un retrait parmi les plus prononcés » dans le secteur, à l’instar de BNP Paribas qui a cédé à Wells Fargo ses activités de financement de l’énergie aux États-Unis début 2012.

En Asie, même scénario : Les banques européennes, dont les françaises, ont réduit leurs crédits en direction de la région d’environ 30% entre mi-2008 et mi-2012, selon le dernier rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux (BRI), publié le 10 décembre. Ce retrait a profité essentiellement aux acteurs locaux.

Des problèmes demeurent, mais le pire semble passé

« Les banques françaises ont réalisé des plans de désendettement significatifs pour rapidement adapter leur modèle aux nouvelles contraintes de Bâle III », résume Alain Branchey, analyste responsable de la notation des banques françaises chez Fitch Ratings à Paris, qui rappelle que la banque de financement et d’investissement n’est pas le principal métier des établissements français.

En effet, les bénéfices proviennent désormais avant tout de l’activité retail en France et à l’étranger. Chez BNP Paribas, le résultat net part du groupe pour la banque de détail pour les 9 premiers mois de l’année (5 milliards d’euros) est plus de deux fois plus élevé que celui de la BFI (2,3 milliards d’euros), qui représente à peine un quart des bénéfices du groupe avant impôts. Chez SocGen, les réseaux constituent 42% du résultat net part du groupe après impôts contre 35% pour la BFI.

Cette claire orientation n’est pas exempte de risques dans un contexte de faible croissance économique européenne. Le cabinet Roland Berger indiquait début décembre que face à l’érosion de la rentabilité de la banque de détail en France, les établissements français devraient théoriquement réduire le nombre d’agences de l’ordre de 2 à 4% par an.

« Les banques françaises ont certes renforcé leur bilan, réduit leurs risques pondérés, et augmenté leur liquidité assez rapidement. Cela ne signifie pas pour autant que les problèmes ont disparu. Ils sont cependant moins aigus qu’à la fin 2011 », poursuit Alain Branchey.

En effet, 2011 avait été qualifié par l’AFP d’« annus horribilis » pour les banques françaises, prises en étau entre la crise grecque et des conditions de marchés apocalyptiques, sans oublier une accélération du calendrier européen réglementaire à l’été 2011. Malgré ces chocs, les quatre banques françaises cotées étaient parvenues à dégager ensemble un bénéfice net de 8,5 milliards d’euros (contre 14,7 milliards en 2010).

Valoriser ses savoir-faire…

« L’impact des adaptations stratégiques se traduit pour le moment surtout par une réduction des profits plutôt qu’en perte de fonds de commerce », relativise Elisabeth Grandin, directeur institutions financières chez S&P. Sur les trois premiers trimestres de 2012, les quatre banques françaises cotées affichent un bénéfice net de 5,5 milliards environ, avec cependant de grandes disparités entre un BNP engrangeant sur les neufs premiers mois de l’année 6 milliards et un Credit Agricole accusant une perte de 2,5 milliards (principalement en raison d’impacts comptables d’opérations exceptionnelles liées à la cession d’Emporiki en Grèce ou encore de CA Cheuvreux).

« Les banques françaises ont certes perdu des parts de marché dans les activités de financement en dollars, ressource dont le coût s’est accru. Cependant, des banques comme BNP Paribas ou Société Générale gardent des positions de premier plan dans certains métiers de la BFI (dérivés actions, fixed income, financements structurés) », explique Elisabeth Grandin de S&P.

Chez les françaises comme chez leurs concurrentes, les plans de deleveraging ont eu pour effet pervers de peser sur les revenus, rognés par un volume d’activités réduites. Aujourd’hui, les deux plus grandes banques françaises, BNP Paribas et Credit Agricole sont promptes à reconquérir les marchés un temps délaissés. Le marché américain en est un bon exemple. Les deux grands groupes français ont opéré un certain nombre de recrutements clés de banquiers seniors ces derniers mois aux États-Unis. Ces recrutements ciblés à haute-valeur ajoutée traduisent la volonté de se renforcer à nouveau dans des secteurs comme le fixed income, la banque privée, la titrisation de crédits ou encore les dérivés actions (Reuters).

…plutôt que de vouloir tout faire, partout

« Les banques françaises n’ont pas besoin d’être leaders partout ni sur toutes les lignes de produits. Elles cherchent avant tout à répondre aux besoins des clients et à améliorer leur rentabilité, ainsi qu’à renforcer la mise en œuvre de leur nouveau modèle “originate to distribute“. Pour cela, elles peuvent s’appuyer en priorité sur leurs activités phare et leurs fonds de commerce les plus rentables », suggère Alain Branchey de l’agence Fitch. À titre d’exemple, BNP Paribas maintient sa position de numéro un des émissions obligataires en euro quand Société Générale reste leader mondial du marché des dérivés actions. Cette réputation acquise de longue date permet aussi de continuer à attirer des talents.

« Pour avoir travailler au cours des 5 dernières années sur des mandats pour des banques françaises a Paris, Londres et New York – nous n’avons jamais eu de difficulté a attirer de bons candidats, assure Jérémie Lempkowicz, qui dirige le bureau new-yorkais du cabinet de chasseurs de têtes Watson Ford. La grosse différence avec la plupart des tier1 américaines/européennes réside dans le fait que les banques françaises se développent de manière beaucoup moins agressive que leurs concurrentes européennes, américaines ou asiatiques »

Gagner des points de rentabilité coûte que coûte

La priorité pour les banques françaises est d’améliorer leur rentabilité, répètent à l’envi les analystes. Le challenge est de taille au regard d’une prévision de croissance faible, une profitabilité opérationnelle sous pression, une poursuite des plans de désendettement, et une nouvelle législation bancaire en France, prédit Fitch dans sa dernière note sur le secteur bancaire français publié mi-décembre. Conséquence : les banques françaises récoltent toutes une perspective 2013 négative, à l’exception notable de BNP Paribas dont la note reste stable.

Pour Pierre Chédeville, analyste du secteur bancaire chez CM-CIC Securities, deux principaux risques continuent de peser toujours lourdement sur les banques françaises : « une hausse du coût du risque global en cas de nouvelle dégradation de l’économie et parallèlement le risque institutionnel et politique toujours vivace dans la zone euro et susceptible de renchérir le coût de refinancement ». Il cite notamment à cet égard le cas de l’Italie particulièrement sous surveillance depuis la récente annonce de la démission de Mario Monti de la présidence italienne.

Après avoir tourné la douloureuse page grecque, voilà que les banques françaises font face à de nouveaux démons. Comme le montre ce tableau (ci-dessous) réalisé par Fitch, la dette souveraine italienne constitue une nouvelle menace de taille pour BNP Paribas et Credit Agricole.

Eurozone

Une nouvelle réforme bancaire en France finalement plutôt bien accueillie

Aucun des analystes contactés ne semble en revanche s’inquiéter outre mesure de la nouvelle réforme bancaire présentée le 19 décembre par le gouvernement français et qui sera discutée en début d’année au Parlement.

Le projet propose principalement d’isoler les activités de marché les plus risquées dans des filiales sans pour autant empêcher les banques de jouer le rôle de teneur de marché (« market making »). Parallèlement, il interdit les banques de procéder à certaines activités spéculatives sur leurs capitaux propres comme le trading à haute fréquence et les opérations sur les marchés des dérivés de certaines matières premières. Les banques françaises ont surtout réussi ici à préserver leur modèle de banque universelle.

« À ce stade, on a évité, semble-t-il, le pire. Le pire aurait été une application dogmatique des principes du Glass Steagall Act américain de 1933 qui, on oublie trop souvent de le dire, a fait de l’industrie bancaire américaine l’une des plus archaïques du monde », rassure Olivier Pastré, professeur d’économie à l’université Paris-VIII sur le site du Cercle des économistes.

« Ce sera probablement une nouvelle épine dans le pied des banques françaises, mais on ne leur coupe non plus pas une jambe », résume un analyste parisien. Bref, les problèmes des banques françaises ne sont pas insurmontables. Leur savoir-faire et leur gestion jugée prudente pourraient leur permettre de jouer encore un moment leur partition…

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