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OPINION : « Les traders doivent-ils être malhonnêtes pour réussir ? »

Sandy Campart

Boris Picano-Nacci, ex-trader pour compte propre des Caisses d’épargne, comparaît actuellement pour abus de confiance. Pris dans la tourmente de l’automne 2008 (faillite de Lehman Brothers, sauvetage de Dexia, plan d’aide à destination des banques…), ce salarié a fait perdre à son employeur 750 millions d’euros en prenant des positions sur des produits complexes manifestement mal maitrisés par le contrôle des risques de l’établissement. Pour autant, l’ordonnance de renvoi réfute l’hypothèse de toute intention malveillante de la part du trader. Ce dernier pourrait donc avoir été tout simplement victime, dans un contexte de très forte instabilité, du syndrome de l’aversion à la perte.

60 % des financiers commettraient un délit d’initié s’ils ne risquaient pas de sanctions

Ce phénomène, bien connu des chercheurs en finance comportementale, traduit le sentiment de responsabilité, de honte des traders lorsqu’ils essuient des pertes élevées. Cette aversion à la perte les pousse à prendre des positions exceptionnelles, à enfreindre les règles qu’ils s’imposent ou qui leur sont imposées en temps normal.

La violation des règles n’est pas taboue au sein d’une communauté financière qui érige au rang de stars les traders qui réalisent les meilleures performances. L’étude du cabinet Labaton Sucharow est à ce titre riche d’enseignements : presqu’un quart des cadres dirigeants du secteur financier interrogés se disent convaincus que les professionnels des salles de marchés peuvent être conduits à mettre en œuvre des pratiques illégales ou contraires à l’éthique pour atteindre leurs objectifs. 60 % des répondants affirment même qu’ils commettraient un délit d’initié s’ils ne risquaient pas de sanctions. Enfin, 30 % des répondants jugent que leur système de rémunération variable les incite à violer la loi ou les principes éthiques.

La faute aux systèmes de rémunération mais surtout au marketing des produits

Les systèmes de rémunération des intervenants sur les marchés financiers doivent être repensés, les services de contrôle des risques doivent pouvoir exercer plus rigoureusement leurs compétences mais surtout le marketing des produits de placement financier doit être questionné. Beaucoup de professionnels vendent à leurs clients leur capacité à surperformer le marché – à obtenir une rentabilité supérieure à celle d’un indice de référence – ou à dégager une performance absolue – sans mention à un indice de référence. Pourtant, les études universitaires menées depuis plusieurs décennies ont toujours réfuté l’existence de surperformances persistantes.

Les intervenants sur les marchés financiers analysent rationnellement les informations qui leur sont transmises et ont accès le plus souvent à la même information au même moment. Même si un investisseur a des capacités analytiques supérieures aux autres, il n’est gagnant qu’à partir du moment où la communauté financière partage sa stratégie d’investissement. Sinon, le mouvement de cours souhaité n’a pas lieu.

Alors comment un investisseur peut-il justifier sa plus-value par rapport à une gestion visant simplement à répliquer la performance d’un indice de référence ? La chance mais elle ne dure jamais, l’utilisation d’informations privilégiées ou la manipulation des cours mais ces pratiques sont délictueuses.

Sandy Campart est  directeur de l’IUP Banque Finance Assurance de l’IAE de Caen. Ses domaines de recherche : efficience des marchés, économie de l’innovation…

commentaires (2)

Comments
  1. la réponse est dans la question, et le simple fait qu’on se la pose est révélateur. Dans tous les domaines, on aime ce qui brille, et tous ceux dont les errances ont été découvertes, étaient souvent cités en exemple peu de temps auparavant, et chargés de transmettre leurs “bonnes pratiques”!!!, pressons nous d’en rire, avant d’avoir à en pleurer. Mais que font les hiérarchies, controles de ceci et de celà, on a finalement ce qu’on mérite! tant que ça brille………..

  2. Ha ha, c fort: si le delit d’initié n’est plus un delit pourquoi s’en priver? 60% veut dire que la profession s’achemine vers la vertu.

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