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OPINION : Conseils aux audacieux tentés par l’aventure de l’entreprenariat

Je ne me suis pas levé un jour en me disant “tiens, demain je vais lancer ma propre affaire”. S’il n’y a pas de hasard, je ne crois pas non plus au destin, ou plutôt je suis convaincu qu’on peut le provoquer. Pour cela, il faut que soient réunies quelques conditions.

La bourse a toujours été une passion, depuis l’adolescence. J’ai eu la chance d’en faire mon métier. Cela a commencé par la gestion de portefeuille chez un agent de change puis pendant 15 ans j’ai exercé des activités complémentaires tels qu’analyste financier, vendeur actions auprès d’institutionnels, spécialiste de corporate, puis directeur général de société de bourse.

Sur le papier, j’étais prêt à revenir à la gestion et, dans ma tête, à voler de mes propres ailes… Deux points d’interrogation subsistaient : allais-je être capable de réussir dans une fonction d’entrepreneur indépendant que je n’avais jamais expérimenté, et aurais-je la capacité à collecter de l’argent au démarrage de mon activité ?

Ces questions, tous les entrepreneurs doivent se la poser bien sûr. Les réponses sont difficiles à apporter. Et les écueils fréquents à en croire les statistiques : si les naissances de sociétés de gestion sont nombreuses, il existe également beaucoup de projets qui échouent. J’espère qu’avec mon vécu je pourrais à travers ces quelques conseils éviter aux aspirants entrepreneurs quelques erreurs ou, en tout cas, les préparer au mieux à l’aventure passionnante de l’entreprenariat.

1) La passion, ingrédient de base

Mon métier de gérant est avant tout une passion, ce qui me semble être une condition préalable à tout projet d’entreprenariat.

Les ressorts et les moteurs sont différents selon les personnes, mais je suis persuadé que tous les entrepreneurs partagent une sorte de ferveur pour leur travail. Ils réalisent au quotidien un projet qui leur tient véritablement à cceur.

Seul un professionnel passionné peut d’ailleurs convaincre de potentiels investisseurs. D’ailleurs pour le prouver, quel meilleur argument avancer que d’investir dans ses propres fonds ? Au-delà, on fait ainsi preuve de cohérence avec son projet et de transparence vis-à-vis des investisseurs.

2) Un projet, ça se mûrit

C’est après plus de vingt années d’expérience dans les métiers de la vente et de l’analyse, à 45 ans, que je me suis lancé dans la grande aventure de l’entreprenariat. Ce n’est pas un hasard.

Un solide parcours professionnel est essentiel à la fois sur le plan technique mais aussi mental notamment pour pouvoir provoquer l’appétit (mais aussi le goût) des potentiels investisseurs que vous trouverez en premier lieu au sein de votre réseau. Or celui-ci est de plus en plus fourni à mesure que vous avancez dans votre carrière.

Aussi, pour que le cocktail entreprenariat-gestion soit savoureux, il faut y avoir réfléchi longtemps. Pour ma part, il m’a fallu 5 ans pour le projet mûrisse. Se lancer sur un coup de tête équivaut à démultiplier la prise de risque et donc les échecs.

3) Savoir s’entourer

Quand le projet se dessine, il est important de discuter et de convaincre ses proches pour obtenir leur soutien. Ensuite, au fur et à mesure que les plans se concrétisent, il devient crucial de savoir s’entourer des bons professionnels.

Être complémentaire c’est bien, se connaître sur le plan humain est encore mieux. Ce sont souvent des problèmes d’actionnariat qui font capoter les projets d’entreprenariat. S’associer revient, d’une certaine manière à se marier avec des personnes avec qui il va falloir vivre pour le meilleur et pour le pire tous le développement d’une entreprise dans un optique long terme

4) Bien dans sa tête et la tête sur les épaules

Monter sa société revient en définitive à se lancer dans l’inconnu, et ce même si on prépare bien son projet en prenant le maximum de précautions. Il faut avant tout être bien dans sa tête de sorte à toujours être conscient des risques encourus, sans pour autant se focaliser constamment dessus. Sinon on finit par ne pas sauter le pas ou faire capoter le projet. Une bonne dose d’optimisme constitue, dans le même temps, le fuel nécessaire à la création d’entreprise.

5) Ne pas hésiter à faire appel à des prestataires

Beaucoup d’entrepreneurs veulent tout faire seul, soit pour faire des économies (c’est un mauvais calcul !), soit parce qu’ils ont du mal à confier leur bébé . Je crois au contraire qu’il faut faire confiance et déléguer à des tiers, en particulier pour l’aide à la constitution du dossier de demande d’agrément auprès de l’AMF.

Et n’oubliez pas d’être rigoureux quant à la sélection de vos partenaires pour tous les aspects liés au contrôle, dépositaire/valorisateur… Demandez des avis sur les prestations pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

6) Aborder la demande d’agrément de manière positive !

Avant toutes choses, comme indiqué plus haut, afin de mettre toutes les chances de son côté, il est conseillé de se faire assister par une société experte, qui connaît le formalisme inhérent à l’AMF, cela coûte environ 15keuros. Son expérience et la mienne (en l’occurrence pour la création de ma seconde société de gestion) ont énormément aidé : nous avons obtenu l’agrément en deux mois seulement, un temps record !

C’est un peu comme passer son permis de conduire, autrement dit l’épreuve est intimidante mais essentielle pour avancer ! La constitution de ce dossier, vu souvent comme un parcours du combattant, est avant tout structurant pour la société et les gérants eux mêmes, il permet en effet de se poser les bonnes questions et de tout passer en revue (outils, processus de contrôle, communication…). Rien ne doit être laissé de côté. Il est aussi garant du sérieux et du professionnalisme de la société en création, auprès de l’épargnant.

7) Se soucier du timing, sans devenir obsessionnel !

Lorsque vous montez votre société, vous ne maîtrisez pas tout, en particulier l’évolution de la conjoncture économique. Lorsque le projet mûrit, il convient évidemment d’y prêter la plus grande attention et éventuellement d’adapter vos plans autant que possible au contexte.

Cela dit, l’avenir n’est pas écrit dans le marbre. Nous avons par exemple créé notre première société de gestion juste avant le krach, on nous donnait vaincus par les marchés. Raté, nous avons surmonté et ceci est devenu un argument en notre faveur pour illustrer notre solidité même dans les périodes les plus volatiles.


Didier Demeestère est président-fondateur de Talence Gestion, gérant OPCVM, doté de 25 ans d’expérience dans la finance de marché. Avant de se lancer dans l’entreprenariat avec Amplegest, créée en 2007, puis avec Talence Gestion en 2010, Didier Demeestère a été directeur général de la société de bourse Gilbert Dupont (filiale du groupe Crédit du Nord) pendant 12 ans, où il a réalisé plusieurs dizaines d’introductions en bourse.

commentaires (3)

Comments
  1. Bonjour, très intéressant, j’ai moi même créé une société de gestion financière et après 6 ans j’ai perdu mes clients.

    Si cela peut aider, le retour à un statut de salarié est ensuite très très problématique.

    Jean

  2. Bonjour article tres instructif , le seul point qui me “chiffone” un peu c’est le murissement du projet sur 5 ans!! ça me semble typique de la mentalité française: il faut avoir plus de 40 ans, plus de 20 ans d’experiences, prendre une éternité, vaciller, douter, pour se lancer. je trouve que le parcours professionel, et l’experience sont tres important, determinant meme, c’est pour ça qu’il ne faut pas se précipiter mais tout de meme!!!

    je connais personnelement des gerants de hedge fund (à UK et Lux pas en France : ) qui ont la trentaines et qui se sont lancer avec 10 ans d’experience et ont monter leur affaire vec les meilleurs partenaire du secteur en moins d’un an c’est juste une question de volonté et d’energie. En plus à 30 ans on encaisse mieux les chocs qu’à 40 ou 50.

    Sinon sincere fellicitation à M. Demeestere pour le lancement de sa SGP, mais il ya bcp de talents entrepreuneurs en France et qui voient la constitution de leur affaire comme etant insurmontable alors que ça ne l’est pas du tout, Il faut juste bein reflechir, se lancer, et avoir la niaque!!

    @++

  3. c’est un peu comme Steve Jobs. A quarainte cinq ans il a commence a caresser un projet, il a fait murir pendant cinq ans, pui il a fait ses recherhes autour de lui. Lorsque tout etait pret, il a fallu rendre la vie.
    C tellement ringard ces formules.

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