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Une interview avec le roi des quants

Nous avons demandé à Overlord Paul Wilmott, le maître à penser de la finance quantitative, ce que l’avenir réservait aux quants suite à la crise financière. Leurs compétences sont-elles encore nécessaires ? Et s’ils ne pouvaient pas les mettre au service du secteur financier, où pourraient-ils les proposer ?

1. Étant donné que les produits structurés exotiques n’ont plus le vent en poupe, les candidats qui aspirent à devenir quant doivent-ils faire une croix sur ce métier ?

Il y aura toujours un besoin de quants. Vous ne pouvez pas retourner en arrière vers une sorte d’âge des ténèbres pré-quant : le génie scientifique est sorti de la bouteille.

N’oubliez pas que les gens ont la mémoire extraordinairement courte : je pense que nous allons revenir à l’ancien statu quo beaucoup plus rapidement que certains ne le pensent. Je suis même prêt à parier qu’il y aura un retour à des instruments exotiques au cours des mois et des années à venir, et donc un besoin de quants encore plus grand. Les choses vont vite revenir à la normale comme c’était le cas avant la crise.

Notez que je ne dis pas que c’est une bonne chose : cette crise a été dévastatrice, tant pour la recherche économique que quantitative. Il existe pourtant de bons modèles de gestion des risques et autour d’eux des techniques d’évaluation – il en a été ainsi pendant des décennies – mais les gens s’en tiennent à ce qu’ils connaissent.

Actuellement, les quants se réunissent et regardent comment mieux faire de la modélisation et de la gestion des risques, mais il n’y aura malheureusement pas de changements de paradigme.

2. Où les banques d’investissement auront-elles besoin de quants à l’avenir ?

Le trading algorithmique est un gros utilisateur de compétences quants.

Les techniques quantitatives sont également utilisées dans des activités qualitatives telles que les M & A. Il est ainsi possible de bâtir des modèles qui évaluent deux sociétés chacune de leur côté puis une fois fusionnées. Cela met en lumière des éléments comme par exemple les avantages des économies d’échelle, ou bien les inconvénients d’un changement de marque. Une fois que les banques ont compris ce que les mathématiques pouvaient apporter, il leur est difficile de revenir en arrière.

3. Dans quelles disciplines les quants devraient-ils se spécialiser pour augmenter leur chance d’être embauchés dans les services financiers ?

Cultiver le bon sens. Et surtout garder à l’esprit que tout ne repose pas sur les mathématiques.

4. Vous avez conçu et dirigez le Certificate in Quantitative Finance : est-ce une alternative à une maîtrise ou un doctorat en mathématiques ?

À mon avis, oui. Je ne suis pas un grand fan de toutes ces maîtrises ou doctorats qui sont axés sur les mathématiques financières. J’ai l’impression qu’ils ont transformé la finance mathématique en une branche très abstraite de la théorie des probabilités, et ont évincé tous les physiciens, les théoriciens du chaos, les mathématiciens et les ingénieurs appliqués qui avaient quelque chose d’équivalent – sinon de plus – à apporter. Et vous avez vu où cela nous a conduit.

Le CQF permet de créer des quants solides mais aussi dégourdis. Il enseigne les théories de la modélisation, mais également le fait que ces modèles sont faillibles. À chaque étape, nous mettons en garde nos étudiants des dangers d’avoir une trop grande confiance en eux. Cela nécessite d’avoir une approche pragmatique et d’utiliser les maths adéquats pour le travail. Contrairement à la plupart des formations de Masters en finance, nous ne compliquons pas les choses inutilement. Nous ne sommes pas pour un nivellement des mathématiques vers le bas, mais nous enseignons un degré salvateur de scepticisme.

Chaque fois que je tombe sur un quant qui a fait une maîtrise ou un doctorat focalisé sur le volet financier, j’ai des hauts le cceur. On leur a enseigné un nombre très restreint d’outils mathématiques, et ils sont sortis en pensant que c’était tout. Tel n’est pas le cas. Le CQF enseigne un éventail beaucoup plus large de mathématiques que celui que vous pouvez aborder dans le programme d’une maîtrise, et nombreuses sont les banques qui préfèrent embaucher quelqu’un avec une qualification plutôt qu’une maîtrise ou un doctorat en finance.

5. La plupart des étudiants du CQF travaillent-ils déjà dans la finance ?

Oui, et cette formation est payée par leurs employeurs. Nous avons un grand soutien des banques et des hedge funds. Ceux que nous voyons le moins sur le CQF sont les régulateurs, ce qui semble curieux, étant donné qu’ils devraient en savoir au moins autant que les personnes qu’ils réglementent.

6. Avez-vous remarqué une baisse du nombre d’étudiants au CQF depuis le début de la crise financière ?

Au contraire, les chiffres sont en hausse de 30 % par rapport à six mois plus tôt avant la crise.

7. Si vous n’étiez pas spécialisé en finance, dans quelle industrie souhaiteriez-vous personnellement travailler sur les cinq prochaines années pour mettre en pratique votre expertise quantitative ?

Personnellement, j’ai suivi une longue formation en sciences physiques et travaillé sur un tas de problématiques différentes avant de devenir ingénieur financier. Le changement climatique offre une discipline intéressante pour les mathématiciens appliqués.
Je pense que l’économie et autres sciences sociales sont désespérément hermétiques à la recherche d’un certain bon sens que pourraient leur procurer les mathématiciens appliqués. Pourquoi sommes-nous encore à débattre des mérites du communisme sur le capitalisme, ou de différentes écoles de théorie économique ? Ce genre de chose aurait dû être réglé il y a bien des années.

commentaires (3)

Comments
  1. le bon sens c’est une blague ? c’est une chose totalement absente des banques francaises
    le fait que les banques preferent engager un gars avec une obscure qualification plutot qu’un doctorat demontre que la chose est prise au serieux dans les banques. no comment ! je crois que justement des scientifiques auraient beaucoup, de choses a apporter . Perso je suis quant et viens d’un environnement scientifique (master of science)
    deja la Var est hyper basique (il a fallu 1990 pour decouvrir que la statistique existait chez JPmorgan apparemment) et mesuree sur un an dans la plupart des cas (Var historique) ou basee sur loi normale (MC et parametrique)
    en risque de credit, les quelques modeles proposes sont basiques egalement et reposent sur des distributions stats classiques (gamma etc)
    quant aux regulateurs ils y connaissent que dalle, ils savent meme pas ce qu’est une Var

  2. quant aux regulateurs ils y connaissent que dalle, ils savent meme pas ce qu’est une Var

    ça c’est clair et net

  3. les regulateurs sont en general des profs avec un doctorat en finance poussee (plus quant side)….je pense kils sy connaissent un peu kan meme…c juste la finance est tres instable et poser des regles/lois sur kkchose dinstable finit par se casser la gueule

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