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Ce qu’il faut retenir de l’ouvrage de Greg Smith sur son ancien employeur Goldman Sachs

Greg Smith

Aujourd’hui est un grand jour pour Greg Smith, cet ancien directeur de Goldman Sachs, qui avait bruyamment claqué la porte de son employeur en mars dernier, en publiant sa lettre de démission dans le NY Times.

Son ouvrage Why I left Goldman Sachs, pour lequel il a bénéficié d’une avance d’1,5 million de dollars d’un éditeur, vient de paraître. Tout au long des 252 pages, l’auteur de 34 ans ne se contente pas d’affirmer qu’il est bon joueur de ping-pong et de rappeler que chez Goldman on a coutume de donner aux clients le sobriquet de « Muppets » (crétins). Il balance.

Il va sans dire que Greg Smith a été largement discrédité. La semaine passée, une enquête interne réalisée par la banque sur cet ex-employé a contribué à diffuser un portrait peu flatteur de celui-ci (NewsBanques). Après tout, il n’était que VP, ayant peu accès aux informations qui comptent vraiment. Greg Smith de surcroit appartenait « à la moitié des employés du groupe les moins performants » et dont les notes « baissaient » ces dernières années.

Cet ancien employé de la firme pendant 12 ans dénonce une culture d’entreprise « toxique » privilégiant systématiquement les profits de la banque au détriment de ceux de ses clients. Pendant toutes ces années, cependant il donne à ses collègues les meilleures appréciations possibles à l’issue de leur évaluation, qu’il s’agisse de leurs qualités relationnelles avec la clientèle ou de leur leadership. Il n’a même jamais soumis une évaluation stipulant « commentaires non sollicités », ce que Goldman encourage les employés mécontents à faire pour montrer leur insatisfaction de manière constructive.

Plus accablant, son ambition à toutes épreuves à gagner 1 million de dollars annuellement lorsqu’il touchait 500k dollars. Dans une interview d’Anderson Cooper dans l’émission 60 minutes interview, il reconnaît cet appétit tout en assurant qu’il aurait quitté Goldman de toute manière.

Aussi, des doutes pèsent sur la véracité de certains incidents auxquels Greg Smith fait allusion dans son livre. Par exemple, il n’y aurait pas eu de stagiaire fille quittant en courant et en pleurs la salle de réunion, selon un stagiaire de la même promotion que Smith.

Malgré ces réserves, le livre se lit très bien. Il rend bien compte de l’effritement de la culture Goldman, du moins s’il on se place du point de vue de l’auteur. Il offre d’intéressants éclairages sur le processus d’accession au statut d’employé de la firme et ce qu’implique vouloir y rester.

Nous avons extrait les passages les plus intéressants (les citations retenues sont en version originale, la version française* sera disponible chez les libraires mercredi). À vous de vous faire votre opinion.

Les statistiques de Greg Smith sur les embauches et les licenciements chez Goldman Sachs

– Pour lui, moins de 40% des stagiaires travaillant sur les métiers de vente et de trading se verront proposer un contrat d’embauche.

– Seule 1 candidat à un stage d’été ou à un premier emploi sur 45 recevrait une offre d’emploi.

– Seulement 50% des analystes avec deux ans d’expérience dans la vente ou le trading seraient promus en troisième année.

– Chaque année, Goldman promeut environ 1.000 Vice President. Dans le même temps, elle en licencie 1.000 à 2.000 annuellement.

Les conseils de Greg Smith sur ce qui fait un bon vendeur et un bon trader

–  « A typical salesperson was friendly, outgoing, a little bit schmoozy, able to keep calm in tight situations, to juggle a lot of balls at the same time. A salesperson had to be someone who was happy talking to people the whole day. »

–  « Traders were more introverted. They sat at their desks managing stocks….Trading was a more quantitative role: you had to be quick, decisive, aggressive. »

–  Etre un bon vendeur repose en partie sur le fait de laisser des bons messages vocaux. Ces deniers ont besoin de tenir en 90s maximum et mettre en lumière les 4 ou 5 faits de la journée.

Comment Greg Smith se place au-dessus de la mêlée

– Lorsqu’il était analyste junior, Greg Smith affirme qu’il est arrivé avec l’idée d’écrire un simple email de 5 lignes juste avant la publication des résultats financiers. Email qui était envoyé à l’ensemble des traders et des vendeurs de son étage et qui fut très bien reçu.

– Au cours de sa première année à Londres, Smith affirme avoir contribué à une hausse de 35% du business et il aurait développé le nombre de clients actifs de 80%. Il dit avoir surperformé ses pairs de 10% sur son bonus et avoir été informé par de multiples associés qu’il serait promu au rang de Managing Director dans les 2 ans.

Greg Smith sur la déliquescence de la culture Goldman

–  Pour lui, une étape majeure a été franchie en 2002 quand Goldman commence à se débarrasser de l’ancienne garde – les associés d’avant l’introduction en bourse. Ces vieux de la vieille sont alors remplacés par une nouvelle race de leaders, plus bling-bling. Parallèlement la compagnie commence à embaucher des managers seniors venus de l’extérieur, ce qui ne se serait jamais passé avant.

– Dans le passé, Goldman jugeait ses employés à part égale sur leur performance commerciale (est-ce qu’ils apportent du business ?) et sur leur capacité à porter la culture d’entreprise (est-ce qu’ils promeuvent la collaboration, le travail en équipe, les valeurs de la société ?).

– Avec le changement de culture, Goldman a eu tendance à relativiser les valeurs liées à la promotion de la culture d’entreprise pour ne promouvoir les personnes que sur la base de leur performance commerciale. L’influence de ces nouveaux MD a perverti les valeurs propres à la société (« People who had risen to leadership positions during the crisis, elevated for their ability to bring in cash rather than to lead, now consolidated their power »).

– D’après les dires de son mentor, Gary Cohn était au courant et inquiet des problèmes que posait la promotion de ces nouveaux MD. Goldman a fait l’erreur de promouvoir beaucoup de personnes capables de vendre des glaçons dans le désert du Sahara.

– Lloyd Blanfein a modifié la culture de Goldman en faveur des traders au détriment des clients qui ne représentent plus que des « contreparties » et non des personnes à qui l’on apporte un conseil.

– Autre signe que la culture originelle de la société a été pervertie : un partner aurait declaré : « If I have to choose between my reputation and my P&L, I choose my profit and loss, because I can ultimately recover my reputation »

– Alors que la banque traversait la crise, Greg Smith affirme que les associés n’ont pas fait preuve de beaucoup de leadership, trop concentrés qu’ils étaient à suivre l’évolution du cours de l’action de la banque pour connaître ses répercussions sur leur fortune personnelle.

Greg Smith sur la culture particulièrement corrosive du bureau londonien de Goldman

–  Pour Smith, Londres c’était le « wild west ». Il parle d’une culture corrosive. C’est dans les bureaux londoniens de la banque qu’il a entendu pour la première fois l’expression « muppets » à l’endroit des clients. Jamais à NY on parlerait ainsi des clients, sinon au risque d’avoir de gros soucis.

– Selon l’auteur, Goldman reconnaît qu’il y a des problèmes à Londres. Un associé lui aurait dit : « The leaders in London aren’t generally client guys like we are in New York. They’re focused on getting clients to do things, not asking clients what they need ».

Comment percer dans l’univers Goldman, par Greg Smith

–  Il vous faut des mentors (Smith en avait plusieurs) pour vous dire exactement ce qui se passe – c’est la seule façon de comprendre la politique de la société et d’y avoir une place.

–  Il y a un phénomène chez Goldman que l’on appelle « le rire de l’associé ». « This occurred when the trading floor was dead quiet and suddenly you heard some kiss-ass VP erupting into fits of laughter and slapping his knee in response to some joke the person by his desk was telling. The longevity and high pitch of his laugh would tell you the person by his desk was a partner ».

Greg Smith sur la mobilité interne chez Goldman

–  Si tu veux progresser en interne, être ami avec les RH aide. À la fin de sa deuxième année, le groupe de Greg Smith a été démantelé mais il a été sauvé par un email envoyé par une RH signalant un poste sur le desk Futures Execution.

– Même en interne, la mobilité n’empêche pas le très fastidieux processus d’entretiens. Pour être promu sur un poste à Londres, Greg Smith a dû passer 19 entretiens en l’espace de 2 jours.

Le mouvement caractéristique de Gary Cohn (sa signature), selon Greg Smith

– « It didn’t matter if the person he was talking to was make or female, he [Gary Cohn] would walk up to the salesman or saleswoman, hike up one leg, plant his foot on the person’s desk, his thigh close to the employee’s face, and ask how markets were doing »

Greg Smith sur les interviews farfelus de Goldman

–  Un associé senior aurait monté un faux entretien et dupé ainsi d’autres associés en embauchant un comédien pour jouer le rôle d’un candidat particulièrement prometteur.

–  L’acteur a endossé le costume d’un complet timbré mégalo, interrompant ses interlocuteurs, mettant les pieds sur le bureau ou encore lorsqu’interrogé sur ses motivations, il assura vouloir 2 hélicos, un en bas et un en haut des pistes de ski.

– Quand on a demandé au comédien s’il avait des questions au sujet de la banque, il a répliqué : « I have a lot of mental health problems. How’s the firm’s psychiatric coverage? »

Les prévisions de Greg Smith sur l’avenir de l’industrie

– Doug Miller, un MD, aurait déclaré : « All these guys in finance, making two million a year….We’ll be lucky if we can find something for $80k a year. I’m going to tell my children to go into the sciences »

*Pourquoi j’ai quitté Goldman Sachs (JC Lattes, 402 p., 20 euros) est publié mercredi 24 octobre en France.

commentaires (2)

Comments
  1. ” I have a lot of mental health problems. How’s the firm’s psychiatric coverage? »”——>excellent, moi associé, j’aurais beaucoup rit de cette réponse du faux candidat

  2. Du vrai et de l’exagéré, mais serais curieux de le lire comme un roman. De ce que j’ai vu de GS, la partie sur la politique interne est la plus convaincante: GS est très politique.

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