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Vivre dangereusement : journal d’un spécialiste ABS (2e épisode)

Un fixe ne permet pas de vivre décemment, assure un professionnel ABS* sous couvert d’anonymat. Pire, on ne pourrait plus compter sur son bonus.

La semaine dernière, je parlais à des prêteurs subprime, aujourd’hui, je me retrouve à craindre de rejoindre moi-même le rang des victimes du subprime… Avec un ratio LTV (loan-to-value, prêt sur valeur) de 50 %, je peux me targuer d’être un cas subprime un peu atypique. Reste que mon salaire fixe sert principalement à payer les factures et les intérêts de mon crédit. Depuis que j’ai contracté ce dernier (auprès de la Northern Rock, comble de l’ironie !), il y a eu plusieurs augmentations de taux de la BoE (Bank of England) et les conséquences commencent à se faire sentir. Mon crédit hypothécaire reviendra à son taux de base l’été prochain. Et je crains alors qu’après avoir payé mon crédit à la fin du mois, il ne me reste seulement que 200 livres (300 euros) pour faire vivre ma famille.

Pour ajouter un peu à mon angoisse, les dernières rumeurs annoncent que les bonus devraient être largement versés sous forme d’actions, si tant est qu’ils soient versés un jour !
Cette fâcheuse situation dans laquelle je me trouve fait écho au marché ABS, dont le principal défi est précisément de refinancer le risque. Certains des prêts négociés avec des <i<spreads bas devront bientôt être refinancés avec des credit spreads et des swap spreads plus élevés. La combinaison des deux pouvant affecter une grande partie des opérations cashflow-poor [N.D.L.R. : concernant les faibles revenus].

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant que je me réjouisse de la récente annonce d’une baisse des taux. De plus, j’ai reçu un coup de fil d’un chasseur de têtes. Dernièrement, c’est plutôt moi qui les appelais… En tant que spécialiste ABS, je n’ai plus seulement besoin d’un nouveau plan B – c’est-à-dire changer d’équipe en interne, plan qui a été largement compromis par le credit crunch – mais également d’un plan C. Malheureusement, le job qui m’a été proposé était assureur monoligne [N.D.L.R. : assureur chargé de garantir des crédits contre le risque de défaut].

Certes, ce n’est vraiment pas le moment de faire le difficile. Mais en dépit du fait que je ne retrouverais pas le côté excitant à travailler dans une banque, j’ai un sérieux doute quant aux perspectives que ce secteur peut offrir. Cela dit, mon quotidien se résume aujourd’hui à surfer sur le web et l’avenir n’est pas rose pour mon activité. Reste cette interrogation : à quoi bon quitter un monde incertain si c’est pour en rejoindre un autre peut-être plus incertain encore ?

Les investisseurs ont les yeux rivés sur les monolignes, et nous devrions en faire de même, parce que s’ils disparaissaient, cela retarderait encore la reprise des marchés. Ce qui s’est passé avec CIFG (1) est plutôt bon signe, même si la recapitalisation dont elle a récemment bénéficié (1,5 milliard de dollars) lui permet de devenir plus sûre qu’une banque. Maintenant, avec le marché obligataire qui, lui aussi, montre des signes de faiblesse sans précédent, même mes collègues du covered bond pensent que ces acteurs sont à risque.

Au fait, j’ai appris que le big boss de notre activité allait bientôt nous rendre visite. Je m’impatiente !

* Asset-Backed Security : dans le cadre d’opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d’acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.

(1) CIFG, une ancienne filiale de Natixis spécialisée dans le rehaussement de crédit, a été l’objet d’une recapitalisation. Natixis a finalisé début janvier la cession de sa filiale à ses deux principaux actionnaires, la Caisse nationale des Caisses d’Épargne (CNCE) et la Banque fédérale des Banques Populaires (BFBP).

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