Pourquoi les salaires dans la banque à Paris ne pourront jamais rivaliser avec ceux de Londres ?

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A Londres, les banques ont déjà concocté de nouveaux contrats demandant à leur personnel de s’installer en Europe (principalement à Paris) dans le sillage du Brexit. « Les gens concernés se voient proposer de nouvelles conditions de rémunération, inférieures aux salaires britanniques », rappelle Dan Begbie-Clench, associé du cabinet d'avocats londonien Doyle Clayton.

Les chasseurs de têtes affirment que les salaires à Paris sont généralement inférieurs de 30% (ou plus) à ceux de Londres. Par conséquent, ceux qui déménagent avec une réduction de salaire de 20% gagneront toujours plus que leurs homologues ayant toujours travaillé pour la banque à Paris.

Ce qui, côté français, risque de créer des frustrations. Chez BNP Paribas par exemple, le personnel local se plaindrait d'un système de paiement à deux niveaux. Un chasseur de têtes français affirme que BNP augmente déjà en conséquence les salaires de certains de ses employés parisiens.

Un effet Brexit, vraiment ?

« Certains établissements, à Paris, ont déjà revu leur politique de rémunération à la hausse en conséquence », confirme Denis Marcadet, président fondateur de Vendôme Associé. Cela dit, que ce soit dans la vente ou le trading, « les banques françaises demeurent nettement moins généreuses que leurs concurrentes anglo-saxonnes, à l'exception peut-être de la SocGen », fait remarquer un autre recruteur parisien ayant souhaité conserver l'anonymat.

D’autres recruteurs se montrent plus dubitatifs. « Je ne constate pas d'effet Brexit sur les recrutements ni les rémunérations dans les métiers de la banque d'investissement en France pour l’instant », indique Odile Couvert, dirigeante et fondatrice d'Amadeo Executive Search. « Il y a un certain attentisme, notamment de la part des grandes banques américaines, quant aux développements du Brexit qui, comme je ne suis pas la seule à le penser, sera finalement peut-être retardé ».

Ce qui n'empêche pas certains banquiers de rêver un peu, à l'instar de cet analyste quantitatif junior dans une banque d'investissement à Paris qui s'estime mal payé. D'après lui, « le Brexit fera venir ici à Paris des banques d'investissement étrangères qui, vraisemblablement, apprécient les personnes dotées de compétences quantitatives, contrairement aux banques françaises, et sont prêtes à y mettre le prix ».

Des banques françaises au régime sec ?

 « Si augmentation de salaires il y a, celles-ci se font au cas par cas, via des montages créatifs sur les hauts salaires, avec des bonus différés par exemple », nous confie un autre chasseur de têtes parisien. « Pas question pour autant d’harmoniser les grilles de salaires : une augmentation générale pourrait déstabiliser toute l'organisation interne de la banque ».

Niveau bonus, l’heure n’est pas vraiment la mieux choisie pour négocier. BNP Paribas pourrait ainsi distribuer des bonus en baisse (voir zéro bonus) à de nombreux traders de sa division global markets après avoir enregistré des pertes de trading et fermé certaines activités, ont récemment déclaré à l’agence Bloomberg des sources ayant souhaité garder l’anonymat car les discussions sur les salaires demeurent privées. D’après eux, « une majorité des membres du personnel travaillant dans le trading de taux et de crédits ne pourraient recevoir aucun bonus discrétionnaire ».

SocGen envisage également de réduire considérablement le pool de bonus de ses traders pour la deuxième année consécutive. Les bonus vont probablement baisser de près de 25%, à l'instar du niveau de réduction d'il y a un an. Les conditions de marché difficiles au quatrième trimestre obligeront au moins la banque à réduire le pool de 10%, indiquent ces mêmes sources.

La tendance est au « lissage » des bonus

 « Les bonus dans les banques françaises étant versés fin mars, les enveloppes de bonus n'ont pas encore été déterminées », précise Odile Couvert. « Cela dit, depuis la crise financière de 2008, les bonus ont baissé et depuis plusieurs années, la tendance est au "lissage" des bonus ».

Autrement dit, la bonne performance globale d'une banque n'est plus synonyme de bonus élevés. Idem pour ceux qui travaillent dans des divisions (ex : dérivés, crédit...) ayant bien performé du fait notamment de bonus lissés par produits. A cela vient s'ajouter la réglementation européenne qui plafonne les montants des bonus garantis.

« Finie donc l'époque où les bonus pouvaient représenter 300% du salaire fixe. Aujourd'hui, ils n'excèdent pas 20-50% de ce montant », relève Odile Couvert. « La différentiation au niveau des bonus étant moindre, les meilleurs candidats ont tout intérêt à négocier un salaire fixe élevé dès leur embauche ».

D’autres ‘incentives’ que les bonus…

 A défaut de verser des salaires et des bonus compétitifs par rapport à Londres, les banques françaises tentent de trouver une parade via notamment des avantages en nature. BNP Paribas aurait apparemment tenté d’atténuer cette réduction de salaire avec des conditions de réinstallation généreuses. Pas dit néanmoins que cela suffise à convaincre les banquiers de la City à rogner sur leur rémunération.

« On nous demande d'accepter des salaires inférieurs à ceux que nous obtenons actuellement et une protection de l'emploi moins importante que celle des autres personnes en France », déclare l'un d'eux. Vient s’ajouter à cela des problèmes fiscaux liés à la délocalisation. Tout en saluant les incitations de la place financière de Paris (ex : régime fiscal des impatriés) qui permettent un certain rééquilibrage, un chasseur de têtes parisien s’inquiète du « manque de visibilité dans le contexte de la crise des gilets jaunes et notamment concernant la suppression de l’ISF ».

Enfin, dans la plupart des cas, les banquiers de la City ne disposent que de quelques jours pour signer, voire même aucun délai. « Si par exemple un professionnel de la finance senior gagne l’équivalent de 180k€ à Londres, il aura plutôt tendance à aller chez la concurrence à Londres plutôt que d'accepter un job à 100k€ à Paris », relève un recruteur parisien. Le match de l’attractivité de la place de Paris est donc encore loin d’être gagné.

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