Paris dans l’impasse tandis que les banques se préparent à affronter une forte pression à la hausse sur les salaires

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Paris est dans l’impasse, et pas seulement du fait des gilets jaunes manifestant dans les rues. Alors que les banques transfèrent du personnel de Londres vers la capitale française en raison du Brexit, les employés des banques françaises prennent connaissance de leurs packages de rémunérations et en tirent la conclusion qu'ils pourraient être mieux lotis ailleurs.

« J'aimerais savoir ce que je peux obtenir de ces autres banques », déclare un trader senior dans une banque française à La Défense. « Deutsche Bank et Credit Suisse sont déjà connus pour bien mieux payer à Paris. Quant aux banques américaines, elles semblent prêtes à mettre la main au portefeuille pour attirer les talents. Les banques françaises attendent de voir ce qui va se passer mais sont inquiètes car les banques U.S. ont la réputation de bien payer ».

Comme nous l’avions signalé plus tôt cette semaine, Bank of America demande aux quelques 200 employés de front office qui s’installent à Paris d’accepter la conversion en euros de leur salaire en livre sterling, et de réajuster leurs nouveaux salaires libellés en euros pour les faire correspondre au marché local.

Malgré tout, les chasseurs de têtes parisiens affirment que les banques internationales paient beaucoup plus que les locales « Les banques françaises comme Natixis, BNP Paribas CIB, CA CIB et SG CIB ont toujours moins bien payé que les prix du marché des banques d’investissement internationales et des boutiques », déclare sous couvert d’anonymat un chasseur de têtes spécialisé dans le corporate finance. « Chez Lazard, par exemple, vous toucherez près de 160k€ en tant que vice-président », explique-t-il. « Au Crédit Agricole, ce sera plus proche de 110k€-120 k€ ».

Ne voulant pas passer à côté d’une opportunité, les chasseurs de têtes qui se concentraient auparavant sur Londres réorientent désormais leur attention vers la capitale française. Des enseignes comme Credit Suisse et Deutsche Bank feraient partie des gros payeurs à Paris. Comme nous l'avons indiqué, Credit Suisse verserait à certains de ses managing directors basés à Paris un salaire de 400 k€. En comparaison, un chasseur de têtes londonien affirme que la rémunération des directors (un grade en dessous) dans les banques françaises à Paris a tendance à être plafonnée à environ 150k€.

Pour les banques françaises, cela présente un vrai danger. Alors que Bank of America, J.P. Morgan, Goldman Sachs et d’autres ciblent Paris pour leurs opérations dans l’UE après le Brexit, leurs concurrentes françaises constituent un vivier d’employés locaux à prix réduits dans le cas où leurs employés londoniens refuseraient de venir. Un chasseur de tête londonien travaillant avec des banques françaises a déclaré qu’elles en étaient pleinement conscientes et se demandaient quoi faire.

La réponse évidente est d'augmenter les salaires. Cependant, des banques françaises telles que BNP Paribas et SocGen sont en train de réduire leurs coûts et ne voudront pas les augmenter sous la forme d’un salaire de base plus élevé. Malgré tout, un chasseur de têtes parisien a déclaré que BNP avait augmenté les salaires des associates de première année jusqu’à 100 k€ l’an dernier afin de parer à la concurrence internationale. BNP Paribas n’a pas souhaité commenter.

Le meilleur espoir des banques françaises serait peut-être de concourir sur la base d'un style de vie et d'un rythme de travail différents. Le classement des heures de travail des banques réalisé par Wall Street Oasis montre que les banquiers de SocGen travaillent environ neuf heures de moins par semaine que ceux de Bank of America Merrill Lynch.

Claude Calmon, un chasseur de têtes spécialisé sur la France au sein du cabinet de chasse Dartmouth Partners, a indiqué que les banques d’investissement françaises avaient une culture différente. « Elles sont étroitement liées aux banques corporate françaises, dont elles tirent une grande partie de leurs affaires. La configuration est différente pour la plupart des banques américaines et cela signifie que les employés des BFI françaises acceptent des salaires moins élevés en contrepartie d’une stabilité accrue ».

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