Les financiers ont-ils de bonnes raisons de s’inquiéter de la victoire de François Hollande ?

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François Hollande

Credit : Eric Cabanis

Comment le monde de la finance, qualifié "d’ennemi sans visage" par le nouveau président de la république François Hollande lors de son meeting du Bourget, va-t-il réagir à cette victoire ? "Le 7 mai, la France sera attaquée !", répond Marc Fiorentino, ex-trader et patron de Monfinancier.com. "La Finance, à qui il a déclaré la guerre, va se venger. Et ce sera d’une simplicité enfantine. Les taux français vont s’envoler. Les fonds spéculatifs, unis, vendront la dette française à découvert. Sans pitié. Et même avec un certain plaisir. On montera jusqu’à 4,5% sur les taux à 10 ans français. L’euro sera sous pression". Le lancement mi-avril par Eurex, filiale du groupe allemand Deutsche Börse, d’un nouveau contrat à terme permettant de parier à la hausse comme à la baisse sur les obligations françaises, semble corroborer cette thèse.

"Dans les faits, les marchés financiers sont dans l’ensemble peu réceptifs à l’issue de l’élection présidentielle, rétorque Christopher Demrik, rédacteur en chef du site Forex.fr spécialisé sur le marché des changes.Marc Fiorentino, ainsi que d’autres gourous médiatiques de la place parisienne, semblent oublier un peu trop facilement que les marchés n’ont pas de couleur politique. Ils réagissent en fonction du climat économique et des perspectives de croissance. Droite et gauche, ce sont deux notions peu communes dans les salles de marché". En attendant de savoir qui a raison, la journée du lundi 7 mai a très mal démarré sur les marchés (l’instabilité politique en Grèce n’y est pas étrangère).

Vers la fin des spécialistes LBO ?

Au delà de l’évolution des cours de Bourse, certains professionnels de la finance ont de bonnes raisons de s’inquiéter de la victoire de François Hollande. A commencer par les spécialistes LBO, dans le viseur du nouveau président de la République puisque ce dernier a indiqué lors de sa campagne que le législateur devra revenir sur la procédure des LBO. L’une des mesures-phares de son programme résiderait dans la réduction de la déductibilité des intérêts des emprunts contractés par une entreprise - ou un fonds - pour en acquérir une autre. Or cette déductibilité constitue un pilier de la rentabilité des fonds de LBO (La Tribune).

S’ils perdent leur emploi, les principaux concernés auront toujours la possibilité de travailler sur d’autres segments comme le capital développement ou bien offrir leurs services à l’étranger où la demande est bien là. Lors d’une récente conférence portant sur les opportunités d’investissement dans le private equity, la société de gestion suisse Unigestion a ainsi indiqué qu’elle souhaitait privilégier les investissements dans les LBO de taille moyenne.

Mais les spécialistes des opérations à effet de levier ne sont pas les seuls à être inquiets. eFinancialCareers.fr a réalisé un sondage en ligne demandant aux professionnels de la finance s’ils envisageaient de quitter la France dans le cas où François Hollande serait élu président. Près de 4 répondants sur 10 ont affirmé qu’ils seraient prêts à partir tandis qu’un peu moins d’un quart préfèrent attendre de le voir à l’œuvre avant de prendre une décision. Ceci dit, les banquiers français n’auront peut-être pas d’autre choix que de suivre leur clientèle fortunée qui, elle aussi, semble avoir des envies d’ailleurs et n’a parfois pas attendu le 6 mai 2012 pour s’exiler…

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