OPINION : La banque, c'est pour les brutes

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En 26 ans de carrière dans les services financiers, j'ai eu plus que ma part de rencontres de dictateurs et de tyrans mais aussi de managers carrément immatures et manquant d'assurance. Beaucoup d'entre eux sont arrivés à ce niveau simplement grâce à leurs contacts ou à leur ancienneté, la politesse et la confiance n'étant pas des valeurs refuges !

Personnellement, je travaille pour vivre, mais beaucoup de mes collègues vivent pour travailler. Pensez-vous vraiment avoir besoin de nouer une étroite relation sociale et amicale avec votre manager pour vous assurer de recevoir la rémunération optimale ? Ou pouvez-vous garder votre indépendance et votre respectabilité intactes, et atteindre le sommet sur la seule base de votre performance et de vos compétences techniques ? Ou suis-je simplement quelqu'un d'aigri et cynique qui aurait passé trop de temps à La City ?

Je ne peux pas me plaindre. J'ai fait du mieux que j'ai pu. J'ai eu une carrière couronnée de succès, évité les postes de management, et gagné mes galons grâce à un bilan P&L positif. Toutefois, j'ai eu moins de succès pour éviter certains des terribles managers qui officient à La City. L'un d'entre eux, qui comptait parmi la collection de supérieurs ineptes, s'est comporté en vrai tyran. Il m'a exclu de toutes les discussions d'affaires et réunions de bureau, en dépit de ma réussite professionnelle. Je ne peux que supposer que c'est parce que je ne rentrais pas dans le moule du collègue idéal : je n'avais pas la bonne origine ethnique, ni ne partageais les centres d'intérêt de mes collègues.

La plupart des gens ont peur de porter plainte en interne lorsqu'ils sont étiquetés négativement. La crainte de perdre un bonus discrétionnaire y est pour beaucoup. C'est pourquoi nous nous retrouvons dans un monde où règne la loi de la jungle, une culture perverse et néfaste dans laquelle la plupart des brimades et coups bas prospèrent. Faut-il espérer s'en sortir avec un minimum de dignité, ou bien avons-nous vendu notre âme au plus offrant en échange d'une vie de luxe, d'écoles privées, d'une assurance-vie et de la possibilité de regarder les autres de la tête aux pieds ?

* L'auteur est un trader fixed income dans une banque européenne.

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