Les opportunités créées par l'industrialisation des back-offices

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La crise a laissé des traces. Les banques vont devoir inventer un modèle plus performant dans la gestion de leurs activités , explique Patrice Hua, associé chez Eurogroup Consulting qui a réalisé une étude prospective sur la rationalisation des back-offices. On y apprend notamment que la mise en place d' usines pourrait, en fonction des établissements, générer entre 15 % à 30 % de baisse des coûts de main-d'ceuvre grâce à l'externalisation.

Cela signifie-t-il que ceux qui travaillent aujourd'hui dans ces back-offices bancaires perdront demain leur emploi ? Il ne faut pas tomber dans un scénario catastrophe : il y aura certes un peu de "casse" en termes d'effectifs mais il faudra sans doute compter avec l'émergence de nouveaux profils plus organisateurs, coordinateurs et davantage orientés vers le service client, explique Chantal Deschamps, spécialiste des activités support des banques chez Vendôme Associés. À une population de stricts opérationnels seront associés des profils un peu plus seniors chargés de contrôler le business et mieux maîtriser les risques. Eux-mêmes seront issus de l'opérationnel, leurs connaissances des produits, expertise de gestion, maîtrise des process et systèmes sous jacents étant des atouts imparables .

Des chantiers à long terme pour la BFI

Au-delà des problématiques de plan de charge, c'est aussi une opportunité, voire une saine gestion d'élargir la vision globale des projets avec l'apport de regards extérieurs, au niveau de l'assistance à la maîtrise d'ouvrage ou de la maîtrise d'ceuvre déléguée , rappelle Bernard Coulombeaux, ancien DRH d'une grande banque internationale à Paris et coauteur d'une étude intitulée Les métiers de back / middle office de la BFI et les métiers titres publiée par l'Observatoire des métiers de la banque.

On l'aura compris, l'industrialisation des back-offices sera une aubaine pour des fonctions comme consultant interne en organisation ou attaché du contrôle des risques opérationnels, sans oublier les prestataires informatiques dont les missions se sont raréfiées durant la crise du fait du gel d'un grand nombre de projets. Encore faudra-t-il faire preuve de patience. Si en banque de détail, l'ordre de marche est déjà bien avancé, le mouvement amorcé pour les métiers titres, il faudra attendre encore un peu pour que la BFI suive le même chemin , poursuit Chantal Deschamps.

Les back-offices bancaires restent à peu près à périmètre constant. Il n'y a pas de refonte de systèmes en profondeur, ces activités générant beaucoup de volume étant peu contributrices aux résultats, explique Antoine Darcet, cofondateur et président du cabinet de consultants Nexeo spécialisé en informatique financière. À plus long terme, l'industrialisation des back-offices devrait permettre d'ouvrir des chantiers gigantesques, à l'image de ce qui se fait dans l'assurance . Avec à la clé des opportunités pour les consultants MOA, MOE, ou PMO (Project management office).

Tous les secteurs ne sont pas concernés

En banque de détail, des activités comme la gestion des crédits ou la tenue de compte restent ultrasensibles. Données clients confidentielles, référentiel(s) propre(s) à chaque établissement, crédits individualisés par essence, technicité et complexité de traitement rendent difficiles les solutions de sous-traitance, de partenariats inter-banques, à l'exception peut être de certains types de crédit traités en "masse", voire le crédit revolving , précise Chantal Deschamps.

C'est la raison pour laquelle les back-offices des banques françaises sont encore globalement peu concentrés, freinés à la fois par la structure (mutualistes) et par les aspects sociaux, note Eurogroup Consulting. L'étape suivante devrait consister à engager des mutualisations entre concurrents, voire sous-traiter complètement le back-office . Mais là encore, il convient d'être patient : sur ces métiers, les banques ne se lanceront pas dans une sous-traitance complète de leur back-office avant au moins dix ans.

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