OPINION : La Suisse ? Réfléchissez-y à deux fois avant d'y aller travailler

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À Londres, le grand débat autour des migrations alpines touche à sa fin. Selon les rumeurs, les dîners en ville ont été ces derniers moins envahis par des discussions sur l'opportunité ou non de s'installer en Suisse pour échapper au nouveau taux d'imposition relevé à 50 %, aux changements de règles des non-dom , aux restrictions sur les bonus, à l'hostilité généralisée du public à l'égard des financiers et à un gouvernement incertain.

Alors que la City fait face à un inévitable déclin, les banquiers seniors doivent-ils échanger Canary Wharf contre un refuge alpin ? À cette question, comme à toutes les autres qui vont dans la même direction, la réponse est NON.

Les recherches récemment menées par le cabinet Selby Jennings, spécialisé dans le recrutement en finance (et pour lequel je travaille), montrent que les hauts revenus touchent un salaire après impôt généralement deux fois plus élevé à Londres qu'à Genève, tandis que pour le middle management, les salaires sont environ 20 à 25 % plus élevés. Malgré une bonne performance dans la banque privée et les commodities, la Suisse n'a tout simplement pas les capacités de rivaliser avec des places financières comme New York ou Londres, où l'on trouve la majorité des packages de rémunération les plus élevés.

Dès lors, les craintes d'un exode massif semblent donc légèrement exagérées. Malgré des rapports détaillés de séminaires expliquant comment s'établir en Suisse, et les médias reprochant au gouvernement d'oblitérer l'avenir de la City en chassant ses plus gros contributeurs, aucune trace de l'existence d'une telle migration à l'horizon. En février, Channel 4 a même indiqué que d'après les chiffres de l'Office fédéral suisse des migrations, le nombre de citoyens britanniques travaillant dans les services financiers suisses avait baissé en 2009. Ce qui n'empêche pas le débat de faire rage.

Pourtant, les marchés de l'emploi sont d'une simplicité déroutante : la demande tire les rémunérations vers le haut, et l'offre les entraîne vers le bas. Ainsi, si un grand nombre de personnes physiques et morales décident par exemple de s'installer dans le canton suisse de Lucerne (où la taxation est avantageuse), les conséquences seront évidentes. Avec un tel afflux de talents, les salaires devraient baisser (ou dans le meilleur des cas se maintenir) tandis qu'à Londres, les salaires augmenteront, Big Smoke (le petit surnom de Londres) tenant à conserver son avance.

La City est tout simplement un marché trop actif pour être sérieusement affecté par des changements relativement mineurs. Le nouveau système d'imposition, la taxe bancaire et la campagne de dénigrement à l'encontre des banquiers, les bonus différés, les embouteillages, les loyers élevés et ainsi de suite sont autant d'ennuis, mais tout ce qu'ils apportent dans leur sillage est positif. Londres est certes embouteillée, sale et parfois brutale, mais nous l'aimons quand même.

Je me souviens de la réplique de Harry Lime, une crapule emblématique jouée par Orson Welles dans Le Troisième Homme sorti en 1949 : En Italie, pendant les trente ans de règne des Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, des crimes, du sang versé, mais cela a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu l'amour fraternel et cinq cents ans de démocratie et de paix... Et qu'est-ce que ça a donné ? La pendule à coucou...

Exactitude historique mise à part, Harry a vu juste. Je pense que nous ferions mieux de rester chez nous.

Adam Buck est managing director chez Selby Jennings.

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